Un déclic métallique retentit, brisant le silence du sous-sol. La lourde porte en acier s’entrouvrit de quelques millimètres.

À l’intérieur ne se trouvaient ni lingots d’or ni liasses de billets. Il y avait un épais registre relié de cuir noir, trois clés USB scellées dans des sachets antistatiques et une lettre portant le nom de Victoire, rédigée de la main tremblante de son père quelques jours avant sa disparition.

Victoire saisit précipitamment les documents et les fourra dans son sac à dos. Mais alors qu’elle se retournait pour rejoindre la fenêtre, la lumière crue du plafonnier s’alluma brutalement, l’aveuglant.

— Je savais bien que la petite chienne finirait par revenir flairer la tombe de son père.

Solène était debout au bas des marches de l’escalier en béton. Elle tenait à la main un pistolet automatique équipé d’un silencieux, braqué droit sur la poitrine de Victoire. Derrière elle, Raphaël apparut, le visage décomposé par la nervosité et l’alcool.

PARTIE 4 — LE RÈGLEMENT DE COMPTES
— Tu n’as jamais su quand t’arrêter, Victoire, cracha Raphaël en faisant un pas en avant. Tu aurais pu prendre ce chèque, quitter la France, élever ce gosse dans ton coin. Mais il a fallu que tu viennes fouiner ici.

Victoire recula doucement jusqu’à adosser son dos à la roche froide du mur. Elle cacha ses mains derrière elle, tentant de garder un visage impassible malgré la terreur qui lui tordait les entrailles.

— Vous l’avez tué, n’est-ce pas ? déclara Victoire d’une voix d’une stabilité surprenante. Mon père n’a pas eu une crise cardiaque. Vous l’avez empoisonné parce qu’il refusait de signer vos faux montages financiers.

Solène lâcha un rire bref et dénué d’humanité.
— Henri était un idéaliste stupide. Il pensait pouvoir utiliser notre réseau pour créer ses œuvres caritatives tout en fermant les yeux sur l’origine des fonds. Quand il a menacé d’aller voir le procureur financier avec ses petits registres, nous avons dû agir. Raphaël a géré la dose de digitaline dans son traitement pour la tension. Propre, net, indécelable pour des légistes de province.

Raphaël tressaillit à l’évocation du crime, son regard fuyant trahissant sa lâcheté profonde.
— Tais-toi, Solène ! Tu n’as pas besoin de lui raconter ça !
— De toute façon, elle ne sortira pas d’ici vivante, rétorqua Solène sans baisser son arme. Une intrusion nocturne qui tourne mal… Un tragique accident pour une femme enceinte instable qui s’est introduite sur une propriété privée. La police conclura à un drame passionnel et psychiatrique.

— Tu oublies un détail, Solène, intervint Victoire en levant doucement le menton.

— Ah oui ? Et lequel ?

— Je ne suis pas venue seule.Et je ne suis pas aussi naïve que vous le pensiez le soir où vous m’avez jetée par terre.

Au même instant, un bruit fracassant d’engins lourds retentit au-dessus de leurs têtes, suivi par le crissement aigu des sirènes de police qui déchirèrent la nuit de Fontainebleau. Des projecteurs haute intensité balayèrent les lucarnes du sous-sol, inondant la pièce d’une lumière bleue et blanche aveuglante.

— Ici la Police Nationale ! Posez vos armes et levez les mains ! Le bâtiment est entièrement encerclé !

Solène tourna la tête une demi-seconde vers la lucarne, déstabilisée par la soudaineté de l’intervention. C’était la seule opportunité que Victoire attendait.

Victoire saisit de sa main gauche un lourd extincteur à poudre accroché au mur et le percuta violemment contre le sol avant de projeter le jet corrosif et opaque directement au visage de Solène et Raphaël. Un nuage blanc et suffocant envahit instantanément le sous-sol.

Solène jura, tirant à l’aveugle. La balle ricochât sur la pierre dans un étincellement effrayant. Raphaël se mit à tousser frénétiquement, aveuglé par le produit chimique.

Victoire s’élança vers l’escalier, gravissant les marches quatre par quatre malgré la douleur abdominale qui la relançait. Elle défonça la porte de communication du rez-de-chaussée au moment même où les forces d’intervention de la BRI (Brigade de Recherche et d’Intervention) faisaient sauter la porte d’entrée principale dans un choc pyrotechnique assourdissant.

Des hommes armés et cagoulés s’infiltrèrent en trombe dans le vestibule.
— Au sol ! Au sol !
— Je suis la victime ! cria Victoire en se jetant à genoux, les mains visibles. Ils sont au sous-sol, ils sont armés !

Derrière elle, Marc Durand entra à la suite des policiers, le visage blême d’inquiétude. C’était lui qui, recevant le signal de géolocalisation émis par le téléphone prépayé de Victoire dès son entrée dans le périmètre, avait déclenché l’intervention d’urgence auprès du Parquet National Financier avec qui il était en contact secret depuis 48 heures.

Les sombres détonations des grenades assourdissantes retentirent dans la cave. Quelques secondes plus tard, Raphaël et Solène furent traînés dehors, menottés, le visage couvert de poudre blanche et d’humiliation.

PARTIE 5 — L’HÉRITAGE DE LA VÉRITÉ
Six mois plus tard.

Le soleil de mai inondait le grand parc public bordant le Palais de Justice de Paris. Les marronniers étaient en fleurs, et l’air sentait le printemps retrouvé.

Victoire était assise sur un banc de bois, vêtue d’une élégante robe blanche qui soulignait les rondeurs de sa grossesse avancée. À côté d’elle, Marc déposa deux tasses de café chaud et un dossier volumineux.

— Le jugement final est tombé ce matin, annonça Marc avec un sourire fatigué mais profondément soulagé.

Victoire prit une inspiration lente et profonde, savourant la douceur de la brise sur son visage.
— Dis-moi tout.

— Solène a écopé de vingt-deux ans de réclusion criminelle pour assassinat, extorsion en bande organisée et blanchiment d’argent. Les preuves contenues dans le registre de ton père et les enregistrements que tu as fournis ont permis de démanteler l’ensemble du réseau international. Quant à Raphaël…

Victoire serra légèrement les lèvres à l’entente de ce nom qui ne lui évoquait plus désormais qu’un souvenir lointain et amer.