Isabelle sourit.
« Ta maman a raison. »
Le garçon écarta les bras.
« Alors maintenant, on fait un câlin tous les trois ! »
Claire et Isabelle l’enlacèrent.
Pour la première fois, Étienne se retrouva entre sa mère et sa tante.
Et dans ce petit appartement, un cœur brisé depuis vingt-six ans commença véritablement à se réparer.
Cependant, une difficulté attendait encore la famille.
Quelques jours après ces retrouvailles, Claire reçut une lettre de son propriétaire.
L’immeuble allait être vendu et son bail arrivait bientôt à échéance.
Son propriétaire lui proposait de discuter d’un départ anticipé contre une compensation financière, sans remettre en cause les droits légaux dont elle disposait.
Mais Claire savait que trouver un nouveau logement avec ses revenus serait extrêmement difficile.
Elle n’en parla pas immédiatement à Isabelle.
Elle avait peur que sa sœur imagine pouvoir tout résoudre avec de l’argent.
Elle voulait préserver son indépendance.
Pendant plusieurs nuits, elle dormit mal.
Étienne remarqua son inquiétude.
Un soir, il la trouva assise dans la cuisine, les yeux rouges.
« Maman, pourquoi tu pleures ? »
Claire essuya rapidement ses joues.
« Je suis simplement fatiguée, mon cœur. »
Le garçon regarda la lettre sur la table.
Il ne comprenait pas tous les mots.
Mais il comprit qu’ils risquaient de devoir quitter leur appartement.
Le lendemain, il demanda à emprunter le téléphone d’une voisine.
Et il appela Isabelle.
« Tata Isabelle ? »
« Étienne ? »
Sa voix tremblait.
« Maman est triste. Je crois qu’on va perdre notre maison. »
Isabelle sentit son cœur se serrer.
« Ne t’inquiète pas, mon chéri. Je vais lui parler. »
« Tu peux l’aider ? »
Isabelle ferma les yeux.
Puis répondit :
« Je ferai tout ce que je peux, mais je veux surtout qu’elle sache qu’elle n’est plus seule. »
Partie 4 — La famille retrouvée
Lorsque Isabelle arriva chez Claire, sa sœur était assise à la table de cuisine.
La lettre du propriétaire reposait devant elle.
Claire leva les yeux.
« Étienne t’a appelée ? »
Isabelle acquiesça.
« Oui. »
Claire soupira.
« Je lui avais pourtant dit de ne pas s’inquiéter. »
Isabelle s’assit en face d’elle.
« Il t’aime. C’est normal qu’il s’inquiète. »
Claire détourna le regard.
« Je ne veux pas que tu penses que je suis revenue vers toi pour ton argent. »
Isabelle sentit une douleur lui traverser la poitrine.
« Claire, regarde-moi. »
Sa sœur releva les yeux.
« Tu n’es pas revenue vers moi. C’est Étienne qui nous a réunies. Et si nous sommes ensemble aujourd’hui, ce n’est pas à cause de ma fortune. »
Claire resta silencieuse.
Isabelle poursuivit :
« J’ai perdu vingt-six ans avec toi. Je ne veux pas perdre les années qui nous restent parce que nous avons peur de nous demander de l’aide. »
Claire sentit ses yeux s’humidifier.
« Je ne veux pas être un poids. »
Isabelle lui prit la main.
« Tu n’as jamais été un poids pour moi. »
Elle marqua une pause.
« Mais je comprends que tu veuilles rester indépendante. Alors parlons de ce que tu souhaites réellement. »
Claire réfléchit longuement.
Puis elle expliqua qu’elle voulait continuer à vivre près de l’école d’Étienne, retrouver un emploi plus stable et, si possible, recommencer à peindre.
Isabelle écouta attentivement.
Elle ne proposa pas immédiatement d’acheter un appartement.
Elle ne chercha pas à décider à la place de sa sœur.
Elle lui demanda simplement :
« Si tu pouvais recommencer une partie de ta vie, quel serait ton premier rêve ? »
Claire sourit tristement.
« Ouvrir un atelier d’art pour les enfants. »
Isabelle se souvenait parfaitement de ce rêve.
Claire en parlait déjà à quinze ans.
Elle voulait un endroit lumineux, rempli de couleurs, où les enfants pourraient dessiner sans avoir peur de se tromper.
« Tu y penses encore ? » demanda Isabelle.
Claire acquiesça.
« Parfois. »
« Alors pourquoi ne pas essayer ? »
Claire éclata d’un rire incrédule.
« Avec quel argent ? »
Isabelle réfléchit.
« Mon groupe possède plusieurs espaces commerciaux inutilisés. Nous cherchons justement à développer des projets culturels de proximité. »
Claire fronça les sourcils.
« Tu veux me donner un local ? »
« Non. Je voudrais te proposer de présenter un projet professionnel. Si cela t’intéresse, tu pourras travailler avec les responsables de notre programme culturel. »
Claire la regarda attentivement.
« Et si mon projet n’est pas bon ? »
Isabelle sourit.
« Alors nous essaierons de l’améliorer. Comme n’importe quel autre projet. »
Claire resta silencieuse.
Pour la première fois, sa sœur ne lui proposait pas simplement une aide financière.
Elle reconnaissait ses compétences.
Ses envies.
Sa capacité à construire quelque chose par elle-même.
Cette différence comptait énormément.
« J’aimerais essayer », murmura Claire.
Isabelle sourit.
« Alors essayons ensemble. »
Pendant les semaines suivantes, Claire prépara un dossier.
Elle dessina des plans, imagina des activités et élabora un programme destiné aux enfants de familles modestes.
Étienne l’aidait à choisir les couleurs.
Certains soirs, ils passaient des heures autour de la table de cuisine.
Claire retrouvait peu à peu le plaisir de créer.
Elle sortit ses anciens pinceaux.
Retrouva des carnets de croquis.
Et recommença à peindre.
Lorsqu’elle présenta son projet devant le comité culturel, elle était terriblement nerveuse.
Mais elle parla avec sincérité.
Elle expliqua qu’elle voulait offrir aux enfants un endroit où ils pourraient développer leur créativité, rencontrer d’autres jeunes et découvrir des activités artistiques accessibles.
Son projet fut accepté.
Elle obtint un contrat rémunéré pour organiser les premiers ateliers.
Quand elle reçut la nouvelle, Claire resta plusieurs secondes immobile devant son téléphone.
Puis elle appela Isabelle.
« Ils ont accepté ! »
Isabelle éclata de rire.
« Je le savais ! »
Claire pleurait.
« Je n’arrive pas à y croire. »
« Tu as travaillé pour ça, Claire. »
Sa sœur prit une inspiration.
« Merci de m’avoir laissé essayer par moi-même. »
Isabelle sentit les larmes lui monter aux yeux.