Avant son départ, elle vérifia son manteau et remarqua la chaîne autour de son cou.

Le petit pendentif était sorti de son pull.

Elle le glissa doucement à l’intérieur.

« Fais attention à ton collier, Étienne. »

Le garçon leva les yeux.

« Pourquoi il est si important, maman ? »

Claire hésita.

Cette moitié de cœur représentait le dernier lien matériel qu’elle conservait avec sa sœur jumelle.

Elle l’avait confiée à Étienne lorsqu’il avait six ans, en lui expliquant qu’elle appartenait autrefois à deux petites filles très proches.

« Parce qu’il raconte une histoire de famille », répondit-elle.

Étienne toucha le pendentif.

« L’histoire de ta sœur ? »

Claire sourit tristement.

« Oui. »

« Tu crois qu’on la rencontrera un jour ? »

Le visage de Claire s’assombrit.

« Je ne sais pas, mon chéri. »

Étienne sembla réfléchir.

Puis il déclara :

« Moi, je crois que oui. »

Sa mère éclata doucement de rire.

« Tu es toujours optimiste. »

« C’est toi qui m’as appris à ne jamais perdre espoir. »

Claire l’embrassa.

« Alors garde cet espoir, mon cœur. »

Une heure plus tard, Étienne traversait le hall du Grand Hôtel Vendôme, serrant ses journaux contre sa poitrine.

Il était impressionné par l’élégance des lieux.

Il admirait les lustres, les bouquets de fleurs et les immenses fenêtres.

Il marchait en regardant autour de lui lorsqu’il heurta accidentellement une femme.

« Pardon, madame ! »

Quelques journaux glissèrent légèrement entre ses bras.

La femme se retourna.

C’était Isabelle Moreau.

Elle baissa les yeux vers l’enfant.

« Ce n’est rien. Tu ne t’es pas fait mal ? »

« Non, madame. Je suis désolé. »

En replaçant ses journaux, Étienne fit glisser son pendentif hors de son pull.

Le petit morceau d’or brilla dans la lumière.

Isabelle le remarqua immédiatement.

Son sourire disparut.

Elle fixa le bijou.

La gravure florale.

Le petit rubis.

Le contour irrégulier de la cassure.

Elle connaissait chaque détail.

« Où as-tu trouvé ça ? »

Étienne sembla surpris.

« C’est maman qui me l’a donné. »

Isabelle sentit son cœur s’accélérer.

Elle sortit lentement sa propre moitié de pendentif.

Puis, avec des doigts tremblants, elle rapprocha les deux morceaux.

Ils s’emboîtèrent parfaitement.

Deux pièces distinctes.

Deux chaînes différentes.

Mais un seul cœur reconstitué.

Étienne ouvrit de grands yeux.

« Oh ! C’est incroyable ! »

Il sourit.

« Maman dit que sa sœur jumelle a l’autre moitié. »

Isabelle devint livide.

Elle releva les yeux vers l’enfant.

Et murmura :

« Étienne… Je crois que je suis ta tante. »

Partie 2 — Vingt-six ans de silence
Étienne resta immobile pendant plusieurs secondes.

Puis un immense sourire éclaira son visage.

« Vous êtes ma tante ? Pour de vrai ? »

Isabelle sentit les larmes rouler sur ses joues.

« Je crois bien, mon petit. »

Le garçon contempla les deux moitiés du pendentif.

« Alors maman avait raison ! »

Isabelle sourit à travers ses larmes.

« Qu’est-ce qu’elle disait ? »

« Elle disait que les gens qui s’aiment peuvent se retrouver, même après très longtemps. »

Ces mots frappèrent Isabelle profondément.

Elle demanda au personnel de l’hôtel si Étienne pouvait s’asseoir quelques minutes dans un salon tranquille, sous la surveillance des employés, le temps qu’elle contacte sa mère.

Elle lui fit apporter un chocolat chaud.

Étienne hésita en découvrant la tasse élégante et les petits biscuits disposés sur une assiette.

« C’est cher, ici ? »

Isabelle sourit.

« Ne t’inquiète pas. »

Il baissa les yeux.

« Maman dit qu’il faut faire attention à l’argent. »

La femme d’affaires sentit sa poitrine se serrer.

« Elle a raison. »

Étienne prit une petite gorgée de chocolat.

Puis il demanda :

« Pourquoi vous ne venez jamais nous voir ? »

Isabelle baissa les yeux.

C’était une question simple.

Une question d’enfant.

Mais elle contenait vingt-six années de souffrance.

« Parce que ta maman et moi nous sommes perdues de vue. »

Étienne fronça les sourcils.

« Vous vous êtes disputées ? »

Isabelle acquiesça lentement.

« Oui. »

« Pour quelque chose de grave ? »

Elle réfléchit.

« À l’époque, nous pensions que c’était très grave. Aujourd’hui, je crois surtout que nous avons été trop fières pour nous écouter. »

Étienne la regarda sérieusement.

« Quand je me dispute avec mon copain Lucas, maman dit qu’il faut parler avant que la colère devienne trop grande. »

Isabelle sentit une nouvelle larme glisser sur sa joue.

« Ta maman est une femme très sage. »

Le garçon sourit.

« Je sais. »

Isabelle observa son visage.

Elle retrouvait chez lui certaines expressions de Claire lorsqu’elles étaient petites.

La même façon de froncer les sourcils.

Le même sourire innocent.

La même habitude de poser des questions directes.

Elle demanda doucement :

« Est-ce que ta maman va bien ? »

Étienne hésita.

« Elle travaille beaucoup. »

« Elle est heureuse ? »

Le garçon regarda ses mains.

« Des fois, oui. Mais elle est souvent fatiguée. »

Il ajouta :

« Elle dit qu’on ira à la mer quand on aura économisé assez d’argent. »

Isabelle resta silencieuse.

La mer.

Claire avait toujours adoré l’océan.

Lorsqu’elles étaient enfants, elles passaient leurs vacances en Bretagne, dans une maison appartenant à leurs grands-parents.

Elles construisaient des châteaux de sable, ramassaient des coquillages et passaient des heures à observer les vagues.

Claire disait qu’elle ouvrirait un atelier de peinture près de l’eau.

Isabelle disait qu’elle construirait un grand hôtel pour accueillir les voyageurs.

Elles riaient en imaginant leurs deux établissements côte à côte.

Puis la vie avait séparé leurs chemins.

Isabelle ferma les yeux.

Et les souvenirs revinrent.

Elle avait dix-huit ans lorsque tout avait basculé.

À cette époque, leur père, Henri Moreau, dirigeait une entreprise familiale prospère.

Il était strict, exigeant et très attaché à la réputation sociale de sa famille.

Isabelle admirait son père.

Elle voulait lui prouver qu’elle était capable de lui succéder.