— Attends-moi deux minutes. Je vais chercher les clés de la berline et je te ramène chez toi.
— Alexandro, tu as encore des invités dehors, tes associés…
— Julian s’occupe de tout. Et honnêtement, Clara, l’avis de ces gens m’importe bien peu ce soir. La seule chose qui compte, c’est que je te ramène chez toi en sécurité, et que demain matin, quand Sophie se réveillera, son père soit un homme dont elle n’ait pas à rougir.
Clara le fixa un instant, cherchant dans ses yeux l’arrogance d’autrefois. Elle n’y trouva que la simplicité lucide de l’homme qu’elle avait épousé jadis, dépouillé de ses masques et de ses illusions de grandeur.
— D’accord, murmura-t-elle simplement. Je veux bien que tu me ramènes.
Pendant qu’Alexandro montait chercher les clés dans ses appartements, Clara jeta un dernier regard autour d’elle. Cette cuisine splendide mais stérile, théâtre d’une humiliation manquée, ne lui faisait plus peur. Les murs imposants de la villa n’étaient plus des remparts d’exclusion, mais de simples pierres qui n’avaient de valeur que celle qu’on leur accordait.
En quittant la pièce pour rejoindre le perron, elle laissa derrière elle l’eau tiède de l’évier et les morceaux de porcelaine brisée. Elle marchait la tête haute, le dos droit, non pas parce qu’elle avait pris une revanche éclatante, mais parce qu’elle avait conservé son intégrité intacte là où d’autres s’étaient vendus pour des miroirs aux alouettes.
Dans la fraîcheur de la nuit méditerranéenne, la berline noire s’éloigna silencieusement sur la route côtière, laissant derrière elle les lumières superficielles de la villa pour s’enfoncer vers la ville basse, là où battait la vraie vie, celle qui ne s’achète pas avec du champagne et qui ne se brise pas sous le mépris des imposteurs.