Elena le regarda, interrogative. « Quelle condition ? »
« J’ai cédé tous les territoires d’extorsion, les trafics de quais et les cercles de jeu à mon cousin Matteo. Dès aujourd’hui, mon nom n’est plus associé à la pègre active. Nous conservons les compagnies maritimes légitimes, l’immobilier et les fondations financières. J’ai passé vingt ans à construire un empire de fer et de sang pour survivre, Elena. Mais je refuse que mes enfants grandissent dans l’ombre de la violence qui a détruit mon père et failli détruire ma famille. »
Elena porta la main de Dominic à ses lèvres et l’embrassa tendrement, les yeux embués d’une émotion paisible. « Tu ferais ça ? Tout abandonner pour nous ? »
« Je n’abandonne rien, répondit Dominic en souriant avec une douceur qu’il n’avait jamais connue. Je récupère la seule chose qui a de la valeur sur cette terre. »
Au même moment, Sophia se leva du tapis. Elle marcha vers son père, tenant la poupée Clara à deux mains, exactement comme elle l’avait fait trois soirs plus tôt dans cette ruelle sombre et glaciale sous la tempête.
Elle s’arrêta devant Dominic, penchant la tête avec un petit sourire malicieux mais empli d’une affection désarmante.
« Monsieur Moretti… demanda-t-elle d’une petite voix claire, est-ce que tu veux toujours acheter ma poupée ? »
Dominic éclata d’un rire franc et chaleureux, un rire qui balaya en une seconde les années de silence et de solitude qui avaient pesé sur ce penthouse de verre.
Il se pencha, souleva Sophia d’un bras puissant et la serra contre lui avec une tendresse infinie, avant d’attirer Elena contre son épaule.
« Non, mon ange, murmura Dominic en embrassant les cheveux soyeux de sa fille. Cette poupée n’est plus à vendre. Elle a déjà payé la plus belle dette du monde : elle nous a réunis. »