Julian avait choisi de partir s’installer dans une petite ville côtière de Bretagne, loin du poison de notre passé, pour recommencer sa vie sous un nouveau nom, soutenu par les psychologues et une assistance juridique indépendante.

Quant à nous, notre place n’était plus sur cette terre souillée par la trahison.

Grâce aux avocats suisses du fiduciaire de Clara, les formalités d’expatriation avaient été réglées avec une rapidité exemplaire. Nous partions pour un petit village du canton de Vaud, en Suisse, dans une maison en bois adossée aux montagnes où Clara avait passé ses plus beaux étés d’enfance. Un lieu pur, silencieux, loin de la rancœur et des convoitises de ceux qui s’étaient autoproclamés notre sang.

Rosie marchait à côté de moi sur la passerelle d’embarquement, tenant fermement ma main gauche de ses petits doigts chauds. Dans son autre main, elle serrait son lapin en peluche, dont l’oreille avait été soigneusement recousue avec du fil bleu par mes soins.

Sur sa joue, le bleu avait totalement disparu, ne laissant qu’une peau lisse et rosée par la brise matinale. Ses pas étaient légers, sautillants, rythmés par l’insouciance retrouvée que nous avions arrachée des griffes de la nuit.

Avant d’entrer dans la carlingue de l’avion, elle s’est arrêtée un instant et a levé la tête vers moi.

« Papa ? »

« Oui, mon cœur ? »

« On rentre à la maison ? »

J’ai regardé l’horizon infini qui s’ouvrait au-dessus des nuages, puis j’ai plongé mon regard dans ses yeux clairs, ces yeux qui portaient en eux l’amour inconditionnel et la promesse de tous les lendemains que nous allions bâtir ensemble.

« Oui, Rosie », ai-je répondu en souriant pour la première fois depuis des mois, avant de la soulever dans mes bras pour franchir la porte. « On rentre enfin à la maison. »