Paolo fit un signe de tête à Gianni et Matteo. « Gardez-les ici jusqu’à ce que les menottes soient fermées sur leurs poignets. Pas un mot de plus. »
Il recula à l’intérieur du salon avec Elise et referma lui-même les lourdes baies vitrées. Il tourna la clé dans la serrure, tirant les épais rideaux de velours d’un geste sec et définitif. D’un seul coup, la vue de la terrasse, les supplications muettes de Carmela et les cris de Talia furent effacés du sanctuaire familial.
Dans la pièce, le calme revint, seulement troublé par le crépitement d’une flamme dans la cheminée.
Paolo s’agenouilla devant Ava. La petite fille, âgée d’à peine quatre ans, le regardait avec des yeux ronds, pleins d’une innocence que la violence des adultes n’avait pas réussi à ternir.
« Papa est rentré ? » demanda-t-elle tout bas, tendant ses petites mains pour toucher la barbe naissante et les blessures superficielles sur le front de son père.
« Oui, mon ange », répondit Paolo, la voix brisée par l’émotion. « Papa est rentré pour toujours. Plus rien ne nous séparera. »
Il la prit dans ses bras et se releva, attirant Elise contre son flanc. Elise posa sa tête contre le torse de son mari, écoutant les battements réguliers et puissants de son cœur. Après des heures de terreur indicible, de deuil forcé et de menaces sordides, elle pouvait enfin respirer. Les larmes qui coulaient maintenant sur ses joues étaient des larmes de soulagement et de paix retrouvée.
Les bruits étouffés des portières de police qui claquent, les ordres hachés des officiers et les protestations vaines de Carmela et Talia parvinrent faiblement à travers les murs épais de la demeure, avant de s’estomper définitivement à mesure que les fourgons prenaient le chemin du commissariat central.
Paolo regarda la pièce autour de lui – les toiles de maîtres, les lustres en cristal, le faste d’un héritage qui avait failli lui coûter tout ce qui comptait réellement à ses yeux.
« Nous partons d’ici dès ce soir », dit Paolo doucement en embrassant les cheveux d’Elise. « Cette maison est empoisonnée par leurs souvenirs. Nous avons la villa sur le lac de Côme. Là-bas, nous recommencerons, loin des intrigues et du sang. Juste nous trois. »
Elise hocha la tête, un faible sourire éclairant enfin son visage épuisé. « Juste nous trois. »
Alors que les premières gouttes d’une pluie torrentielle commençaient à laver le marbre de la terrasse et les traces de sang de la trahison, Paolo Ventresca quitta le grand salon en tenant sa femme par la main et sa fille contre son cœur, laissant derrière lui les ruines d’une dynastie brisée pour bâtir enfin sa propre vérité.