« Non… Paolo, écoute-moi ! » supplia Carmela, brisant enfin son masque d’arrogance. Les larmes commençaient à couler, ruinant son maquillage soigné. « C’était ton père ! C’était la volonté de ton père que la fortune ne quitte jamais la lignée directe ! Elise allait tout dilapider, elle voulait t’emmener loin de nous, loin de l’empire ! Tu es mon sang, Paolo ! Mon premier-né ! »

« Ton sang ? » répliqua Paolo avec un rire glacial qui fit frissonner même les gardes du corps. « Tu n’as pas de sang dans les veines, Carmela. Tu n’as que du poison et une soif insatiable de contrôle. Mon père est mort il y a trois ans, et jusqu’à son dernier souffle, il a regretté de t’avoir laissé une quelconque influence sur nos affaires. »

Il se tourna vers Matteo. « Faites entrer l’avocat. »

La porte latérale du salon s’ouvrit. Maître Vianello, le conseiller juridique historique de la famille, entra d’un pas mesuré, une mallette en cuir à la main. Il évitait soigneusement de regarder Carmela et Talia, gardant les yeux fixés sur le parquet.

« Monsieur Ventresca », dit l’avocat d’une voix posée. « Tous les transferts d’urgence initiés ce matin ont été gelés dès que votre signalement vivant a été confirmé par les autorités portuaires. Les mandats de procuration présentés par Madame Carmela et Mademoiselle Talia reposaient sur un certificat de décès frauduleux délivré par un médecin corrompu de Reggio. La police financière a déjà perquisitionné son cabinet. »

Talia poussa un cri d’hystérie et se jeta vers Paolo, les ongles en avant, prête à lui lacérer le visage. « Espèce de monstre ! Tu nous détruis pour cette fille de rien ! On t’a tout donné ! C’est moi qui devais diriger la compagnie ! »

D’un mouvement rapide et précis, Paolo lui saisit le poignet, stoppant son élan avec une force implacable. Il la regarda droit dans les yeux, sans haine apparente, seulement avec un dégoût absolu.

« Tu n’as jamais rien dirigé de ta vie, Talia, à part tes propres caprices et tes dettes de jeu à Monte-Carlo. Tu pensais que j’ignorais les vingt millions d’euros que tu dois aux cartels de l’Est ? C’est pour ça que tu avais besoin de la succession d’Ava, n’est-ce pas ? Pour sauver ta peau. »

Il relâcha le poignet de sa sœur avec un geste de répulsion. Talia tomba à genoux, pleurant de rage et d’impuissance sur les dalles froides de la terrasse.

Elise s’était levée, tenant toujours Ava par la main. Elle s’avança jusqu’au seuil de la porte-fenêtre, se tenant aux côtés de Paolo. Son regard n’était plus celui de la victime effrayée qu’elles avaient persécutée pendant des heures. La certitude que son époux était vivant lui avait rendu toute sa force, toute sa dignité.

« Vous m’avez enfermée dans la cave avec ma fille », dit Elise d’une voix claire, chaque mot résonnant avec une force dévastatrice. « Vous m’avez menacée de m’envoyer dans un asile psychiatrique si je ne signais pas l’abandon de la tutelle d’Ava. Vous m’avez dit que Paolo était mort en maudissant le jour où il m’avait rencontrée. »

Carmela leva les yeux vers sa belle-fille, suppliante désormais : « Elise… par pitié… nous sommes une famille… Ne le laisse pas commettre l’irréparable… »

« Vous n’avez jamais été ma famille », répondit Elise sans ciller. « Et vous ne l’avez jamais été pour lui non plus. Vous n’êtes que des prédateurs. »

Paolo posa sa main sur l’épaule d’Elise, scellant leur unité indéfectible face à la trahison.

« La mort serait une issue bien trop douce pour vous », reprit Paolo en fixant sa mère. « Vous pensiez que quelqu’un d’autre allait mourir aujourd’hui ? Non. Vous allez vivre. Mais chaque seconde de votre existence à venir sera le reflet exact de votre déchéance. »

Il se tourna vers Maître Vianello et lui donna ses instructions sans la moindre hésitation :

« Primo : déchéance totale de tous leurs droits d’usufruit sur la holding Ventresca. Leurs cartes de crédit sont déjà bloquées, leurs comptes personnels sous séquestre judiciaire pour tentative d’assassinat, escroquerie en bande organisée et séquestration d’enfant.

Secundo : la villa de famille, les appartements à Milan, le domaine en Toscane… tout est désormais placé sous le nom exclusif d’Ava Ventresca, avec Elise pour unique administratrice légale jusqu’à sa majorité.

Tertio : les autorités arrivent dans cinq minutes. Le commissaire Rossi a déjà en main les enregistrements des caméras de sécurité de la villa, où l’on vous voit clairement agresser ma femme et tenter d’enlever ma fille, ainsi que les relevés téléphoniques reliant Talia au chef du commando. »

À l’évocation de la police, Carmela perdit tout contrôle. Elle rampa littéralement vers son fils, agrippant le bas de son pantalon souillé de poussière.

« Paolo ! Pas la prison ! Pas pour moi ! Je suis ta mère ! Pense au nom de notre famille ! Le scandale va détruire l’empire que ton père a bâti ! »

Paolo baissa les yeux vers la femme qui l’avait mis au monde, mais qui avait froidement orchestré sa perte pour quelques lignes sur un testament.

« Le nom des Ventresca survivra », déclara-t-il calmement. « Mais il sera porté par des mains pures. Ava et Elise sont mon seul empire. Vous deux n’êtes plus rien. Vous n’avez plus de nom, plus de fortune, et plus de fils. »

Il recula d’un pas, se dégageant de l’emprise désespérée de Carmela.

Au loin, le hurlement strident des sirènes de la police commença à monter depuis les lacets de la route côtière, déchirant le silence de l’après-midi orageux. Le bruit se rapprochait à une vitesse fulgurante.

Talia se releva brusquement, le regard fou. Voyant les gardes du corps s’avancer pour les maintenir sur la terrasse, elle tenta de courir vers l’escalier menant à la jetée privée en bas de la falaise. Mais Gianni fut plus rapide ; il lui barra la route sans ménagement, l’obligeant à reculer contre la balustrade. Piégées entre le précipice et les hommes armés, les deux femmes comprirent que leur règne venait de s’effondrer pour toujours.