Soudain, un bruit de pas minuscules dans l’enregistrement. Une voix d’enfant, aiguë, tremblante :

« Maman ? Pourquoi papa dort par terre ? C’est quoi cette odeur ? »

Un cri étouffé de Clara dans l’enregistrement. Le son brutal d’une gifle qui claque.

« Retourne dans ta chambre immédiatement ! Si tu dis un mot, si tu fais un seul bruit… le feu viendra te chercher toi aussi dans ton lit ! Tu m’entends, Harper ? Le feu mangera tes jouets et tes jambes ! Rentre ! »

L’enregistrement se terminait sur le claquement assourdissant d’une porte verrouillée à double tour et le sanglot brisé d’une enfant terrorisée.

Le silence qui a suivi dans le studio de Luc était plus assourdissant que n’importe quelle explosion.

Luc s’est tourné vers moi, les yeux écarquillés par l’horreur. « Mon Dieu, Julian… C’est… c’est un meurtre avec préméditation. Elle a brûlé son mari vivant. Et la petite a tout vu. Tout entendu. »

« Elle ne l’a pas seulement tué, ai-je articulé, les poings serrés jusqu’à ce que mes ongles entaillent la paume de mes mains. Elle a recommencé. »

La révélation m’a frappé avec la violence d’un choc frontal.

Moi.

Mon mariage précipité il y a six mois. Notre nouvelle maison acquise grâce à une partie de l’héritage de Thomas, mais dont les assurances de prêt et les contrats de prévoyance croisés avaient été rédigés par le notaire habituel de Clara. Il y a trois semaines, elle m’avait demandé de signer des papiers pour la renégociation de notre assurance habitation et de notre police décès, prétextant une optimisation fiscale pour protéger Harper si un malheur m’arrivait. J’avais signé sans lire les petits caractères, lui faisant aveuglément confiance.

Et ces derniers jours, l’odeur persistante de solvant dans le garage attenant à notre chambre. Les coupures d’électricité récurrentes au tableau principal que Clara mettait sur le compte des intempéries d’automne.

Elle ne voulait pas seulement faire taire Harper. Elle préparait le second acte de sa tragédie lucrative. Un deuxième mari mort dans un accident domestique, un deuxième pactole d’assurance, et une enfant définitivement traumatisée, incapable de témoigner, qu’elle pourrait enfermer dans une institution spécialisée une fois ses millions encaissés.