— Et ça a marché ! cria-t-elle. Jusqu’à ce que cette petite peste fouille dans mon sac et sorte ce maudit bracelet ! Ce bracelet, c’était ma garantie, ma preuve contre mes anciens associés s’ils essayaient de m’éliminer. Donne-le-moi, Stallone. On prend la voiture, on part tous les trois. Tu gardes la petite, je disparais avec le bijou et l’argent que Victor est encore prêt à verser en sous-main. Tout le monde y gagne !
Stallone la fixa avec un dégoût absolu. Comment avait-il pu partager sa table, sa maison, ses confidences avec un monstre pareil ?
— Tu n’iras nulle part, dit-il calmement en appuyant sur la touche d’appel de son téléphone.
Mais avant que la sonnerie ne retentisse, un fracas métallique retentit à l’extérieur. Les phares puissants d’une berline noire balayèrent les rideaux du salon, projetant de longues ombres menaçantes sur les murs. Le bruit d’un moteur diesel lourd s’éteignit dans l’allée gravillonnée.
Vanessa devint instantanément plus blanche encore que le plâtre des murs. Sa voix se mua en un murmure d’effroi pur.
— Ils sont là… Ils m’ont suivie…
— Qui ? exigea Stallone, rangeant le bracelet dans la poche intérieure de sa veste et serrant Lily plus fort contre lui.
— Les hommes de main de Richard Valois… L’associé de Victor Laurent. C’est lui qui avait commandité l’enlèvement pour ruiner Victor avant de racheter ses parts. Quand la mère s’est suicidée et que la police a intensifié les recherches, Valois a voulu effacer toutes les traces. Il a fait disparaître les intermédiaires un par un. J’étais la dernière sur sa liste. Si Valois trouve cette enfant vivante ici, il ne laissera aucun témoin. Ni toi, ni moi, ni personne !
Deux portières claquèrent à l’extérieur. Des bruits de pas lourds crépitèrent sur le gravier, montant rapidement les marches du perron.
Stallone n’hésita pas une seconde. Quels que soient les crimes de Vanessa, la priorité absolue était la survie de Lily. Il posa la fillette dans le cagibi situé sous l’escalier, dissimulé derrière un pan de lambris en chêne.
— Lily, mon cœur, écoute papa, murmura-t-il avec une douceur forcée, les yeux dans les yeux du nourrisson terrorisé. Tu ne fais aucun bruit, d’accord ? Comme le jeu du petit loir qu’on fait le soir. Pas un son. Papa arrive tout de suite.
L’enfant hocha la tête, reniflant en silence, ses petits doigts crispés sur le tissu de sa robe. Stallone referma le panneau de bois, s’assurant que le loquet magnétique était bien enclenché.
Au même instant, la porte d’entrée céda sous un coup de bélier formidable. Le bois vola en éclats, et deux silhouettes massives s’engouffrèrent dans le vestibule.
Le premier homme était vêtu d’un manteau de cuir sombre, le crâne rasé, tenant à la main un pistolet automatique équipé d’un silencieux imposant. Le second, plus jeune mais le regard tout aussi éteint, verrouilla immédiatement les issues, tirant les rideaux pour bloquer toute vue depuis la rue déserte.
— Bonsoir, Vanessa, dit l’homme au crâne rasé d’une voix traînante, sans même jeter un regard à Stallone. Tu cours vite pour une femme de ton gabarit, mais pas assez pour semer un traceur placé sous ton pare-chocs.
Vanessa s’était recroquevillée derrière la table à manger, le corps agité de spasmes convulsifs.
— Keller… s’il te plaît, balbutia-t-elle, les mains levées. Je n’ai rien dit. J’ai le bracelet. Je vous donne le bracelet et vous me laissez partir à l’étranger. Valois n’entendra plus jamais parler de moi !
Keller esquissa un sourire dépourvu de toute chaleur humaine.
— M. Valois n’aime pas les bouts de ficelle qui dépassent, Vanessa. Tu le sais parfaitement. Et le monsieur là-bas, c’est le fameux pigeon ?
Le regard de Keller se posa enfin sur Stallone. L’homme de main évalua la carrure de son adversaire. Stallone mesurait près d’un mètre quatre-vingt-dix, taillé dans le roc par des années de travail sur les chantiers forestiers avant de reprendre l’entreprise de menuiserie familiale. Ses mains calleuses étaient fermées en des poings solides, ses muscles tendus sous son pull de laine.
— Sortez de chez moi, dit Stallone posément. La police est en route.
Keller ricana doucement, faisant tournoyer son arme d’un geste négligent.
— Ne perdez pas votre temps avec les menaces d’usage, mon brave. Votre téléphone a coupé la ligne avant même la première sonnerie. J’ai un brouilleur d’ondes dans la voiture. Personne ne viendra. Alors simplifions les choses. Où est la gamine ? Et où est le jonc de platine ?
— Il n’y a pas d’enfant ici, répliqua Stallone, sans sourciller, plantant son regard dans celui du tueur. Et le bracelet, vous ne l’aurez que par-dessus mon cadavre.
— C’est exactement la formule prévue au contrat, répondit Keller en levant son arme.
Le coup partit sans flamme, avec un simple claquement feutré, comme une branche sèche qui se brise. Mais Stallone avait anticipé le mouvement. D’un réflexe foudroyant hérité de ses années de pratique de la boxe française, il plongea sur le côté. Le projectile déchira le tissu de son épaule droite, laissant une estafilade brûlante, avant de s’écraser dans le buffet en noyer.
Dans le même élan, Stallone attrapa le lourd tabouret de bar en chêne massif placé près du comptoir et le projeta de toutes ses forces vers Keller. Le meuble heurta le tueur en pleine poitrine, le déséquilibrant et faisant voler son arme sous le canapé.
Le second homme se jeta aussitôt sur Stallone, sortant un couteau à cran d’arrêt dont la lame luisait sinistrement. Stallone esquiva le premier coup de taille, sentant le souffle de l’acier frôler sa gorge, puis saisit le poignet de son assaillant. Utilisant le poids de l’homme contre lui, il pivota violemment et l’écrasa de tout son poids contre le mur porteur. Le plâtre se fissura sous l’impact. L’agresseur lâcha son couteau avec un grognement d’agonie, mais Keller était déjà de retour.