Un grand SUV noir.

Le véhicule stoppa à quelques mètres de la maison. Deux portières claquèrent étouffées. Vanessa apparut sous la faible clarté d’un lampadaire communal, vêtue d’un long imperméable sombre, les cheveux relevés en désordre. Elle n’était pas seule. Un homme de haute stature, vêtu d’un blouson de cuir sombre, l’accompagnait, portant une sacoche en bandoulière.

Julien Morand.

« Tu es sûre qu’il n’est pas là ? demanda Morand d’une voix anxieuse, regardant frénétiquement autour de lui. Sa voiture n’est pas devant le garage. »

« Il a emmené les enfants chez sa sœur, j’en mettrais ma main à couper, siffla Vanessa, dont le visage n’était plus qu’un masque de rage décomposée. Mais la boîte à outils et les vieux cartons du sous-sol… c’est le seul endroit où nous n’avons jamais pu fouiller méthodiquement sans qu’il s’en aperçoive. Si cette clé existe encore, elle est là-dedans. Prends le pied-de-biche et force la porte de service. Nous avons moins d’une demi-heure avant que les flics ne s’intéressent aux comptes que tu as vidés hier. »

« Et si Nathan revient ? »

Vanessa plongea la main dans la poche de son imperméable et en sortit un petit revolver à barillet chromé, dont le métal jeta un éclat terne sous la bruine.

« S’il revient, ce sera un cambriolage tragique qui a mal tourné, rétorqua-t-elle sans l’ombre d’une hésitation. Deux accidents dans la même famille en six ans, c’est malheureux, mais le destin a parfois de l’humour. De toute façon, sans cette clé, nous sommes morts tous les deux. »

Nathan, tapi dans l’obscurité de l’abri de jardin, sentit son sang se glacer une fraction de seconde, immédiatement balayé par un froid calcul. Il glissa la clé USB et le carnet dans la poche intérieure de son manteau, la rabattit fermement, puis contourna l’abri par l’arrière, marchant sur la pelouse gorgée d’eau pour étouffer le bruit de ses pas.

Au moment où Morand enfonçait le pied-de-biche dans l’encadrement de la porte du sous-sol avec un grincement de métal déchiré, Nathan actionna l’interrupteur extérieur des projecteurs de sécurité du jardin, relié au coffret d’arrosage automatique.

Quatre puissants halogènes de mille watts inondèrent instantanément la cour arrière d’une lumière crue, semblable à celle d’un stade en plein jour.

Vanessa et Morand furent aveuglés, portant instinctivement les mains à leurs yeux.

« Ne bougez pas d’un millimètre », rugit Nathan en avançant vers eux, sa silhouette sombre projetant une ombre gigantesque sur la façade de briques.

Morand sursauta, laissant tomber l’outil en fer avec un bruit sourd. Vanessa, en revanche, abaissa lentement son bras. Ses prunelles se rétrécirent en deux fentes venimeuses en reconnaissant son mari. Elle leva son arme, la pointant directement sur la poitrine de Nathan.

« Regarde-toi, Nathan… se moqua-t-elle avec un rire nerveux et discordant qui frisait la démence. Le héros vertueux. Le mari parfait. Tu n’as jamais rien compris à ce monde. Claire était une idiote idéaliste, prête à détruire des fortunes pour des sacs de ciment défectueux. Elle méritait ce qui lui est arrivé ! »

« Elle valait mille fois votre misérable existence à tous les deux, répliqua Nathan, continuant d’avancer d’un pas lent, mesuré, sans trahir la moindre crainte devant le canon pointé sur lui. C’est fini, Vanessa. Vaneck a reconstitué chaque centime blanchi. Les expertises sur les freins de la voiture de Claire ont été validées. Et j’ai la clé. J’ai le carnet. Les documents originaux sont déjà transmis au parquet. »

À l’évocation des freins et de la justice, le visage de Morand vira au cireux.

« Quoi ? Tu as dit qu’elle n’avait rien trouvé, Vanessa ! Tu m’avais juré que les gendarmes avaient tout enterré ! cria le complice, reculant d’un pas vers leur véhicule. Tu m’as menti ! »

« Tais-toi, imbécile ! hurla-t-elle sans dévier son tir. Donne-moi cette clé, Nathan. Donne-la-moi tout de suite ou je tire ! Je te jure que je tire ! »

« Tire, Vanessa, dit calmement Nathan, s’arrêtant à moins de trois mètres d’elle. Mais sache une chose : Lily a tout vu il y a six ans. Elle a gardé la mémoire de ton crime gravée dans sa tête chaque jour pendant que tu souriais à notre table. Et ce soir, elle a parlé. Ton nom est déjà inscrit sur le mandat d’arrêt. Si tu tires, tu ne feras qu’ajouter la perpétuité incompressible à ton dossier. »

La main de Vanessa tremblait avec une violence incontrôlable. Son regard oscillait entre le visage serein de Nathan, la poche bombée de son manteau et l’ombre fuyante de Morand qui commençait déjà à battre en retraite vers la voiture.

Au loin, déchirant le silence de la nuit campagnarde, le hurlement strident des sirènes de gendarmerie retentit, approchant rapidement par la route de la vallée. Deux faisceaux bleus intermittents balayèrent la cime des arbres au sommet de la colline.

« Espèce de lâche ! » hurla Vanessa à l’adresse de Morand, qui venait de s’engouffrer dans le SUV en démarrant en trombe.

La panique s’empara totalement d’elle. Elle reporta son arme sur Nathan, le doigt se crispant sur la détente. Mais avant qu’elle n’ait pu presser le coup, Nathan fit un bond en avant avec la rapidité du désespoir, saisit son poignet et le dévia vers le ciel.

Le coup de feu partit dans une détonation assourdissante, fracassant une tuile de l’avancée de toit. Dans la seconde qui suivit, Nathan tordit l’articulation de la jeune femme avec une force implacable, lui faisant lâcher le revolver qui roula sur l’herbe mouillée. Il la plaqua contre le mur de crépi, immobilisant ses bras derrière son dos tandis qu’elle se débattait comme une bête prise au piège, crachant des insultes et des imprécations hystériques.

Trois véhicules d’intervention de la gendarmerie firent irruption dans l’allée, bloquant la trajectoire du SUV de Morand qui tenta une manœuvre désespérée avant de terminer sa course dans le fossé boueux, les roues tournant à vide. Des hommes armés et casqués s’éparpillèrent instantanément dans la cour, intimant l’ordre aux deux fugitifs de ne plus bouger.