Une seule berline sombre s’était arrêtée devant la grille entrouverte. La portière arrière s’ouvrit et Adrian en descendit, vêtu simplement d’un pull en cachemire sombre et d’un pantalon de toile, sans gardes du corps visibles, sans cortège tapageur.

Il gravit les marches de la terrasse d’un pas mesuré, son regard s’adoucissant à mesure qu’il s’approchait de nous.

« Il dort ? demanda-t-il à voix basse. »

« Il vient de s’endormir », répondis-je dans un souffle avec un sourire apaisé.

Adrian s’agenouilla près de mon fauteuil. Avec une infinie précaution, le chef de l’une des plus redoutables dynasties de ce siècle approcha son index de la petite main fermée du nourrisson. Le réflexe de préhension du bébé fit serrer ses doigts minuscules autour de l’index calleux de son oncle.

Adrian retint son souffle, les yeux brillants d’une émotion qu’aucune victoire financière ni aucune conquête territoriale n’avait jamais pu lui procurer.

« Il a tes yeux, murmura-t-il. »

« Il a notre volonté, répondis-je doucement. Mais il aura une vie sans chaînes. »

Le vent d’automne fit bruisser les feuilles dorées des grands chênes centenaires du jardin. Au loin, le monde continuait de tourner, avec ses tempêtes et ses hypocrisies, ses monstres en costume et ses batailles sans fin. Mais ici, sous la garde silencieuse du loup couronné qui avait enfin appris à protéger sans asservir, nous avions trouvé la paix. Une paix chèrement acquise, gravée dans le marbre et dans le sang, mais qui nous appartenait pour toujours.