Il ne restait plus que Michael. Le jeune homme pleurait désormais comme un enfant, trempé de sa propre sueur, implorant le pardon d’un frère qu’il avait trahi.
Luca s’approcha de lui. Il sortit de sa poche un pistolet semi-automatique muni d’un silencieux lourd en acier brossé. Il arma la culasse d’un mouvement sec et précis qui résonna lugubrement dans la pièce.
« Tu as raison sur une chose, Michael », murmura Luca en posant le canon froid de l’arme directement sur le front de son frère. « Notre père nous a fait promettre de ne jamais nous entre-tuer. Mais il a aussi dit que la trahison envers sa propre chair était le seul péché que Dieu lui-même refusait de pardonner en enfer. »
« Luca… s’il te plaît… pardonne-m— »
Le silencieux étouffa la détonation en un claquement sourd, semblable au craquement d’une branche sèche dans la nuit. Le corps de Michael s’affaissa mollement contre les cordes.
Luca rangea son arme sans accorder un second regard au cadavre de son frère. Il récupéra sa montre sur la table, la passa à son poignet et ajusta son bracelet en platine.
« Faites disparaître cela », ordonna-t-il à Daniel. « Que le domaine soit nettoyé avant le lever du jour. Pas une goutte de sang ne doit être visible quand Lily descendra pour le petit-déjeuner. »
« Bien, boss. Et pour la jeune femme, Hannah ? »
Luca marqua une pause sur le pas de la porte. L’expression impitoyable de son visage se radoucit imperceptiblement.
« Hannah ne nettoiera plus jamais une seule pièce de cette maison. Préparez la suite du premier étage, celle qui jouxte les appartements de Lily. C’est là qu’elle vivra désormais. »
Trois semaines plus tard.
La douce lumière du matin printanier filtrait à travers les hautes fenêtres de style géorgien du grand salon du manoir Moretti. L’air était embaumé par le parfum des lilas en fleurs disposés dans de grands vases en cristal. Rien, dans cette atmosphère paisible et lumineuse, ne laissait deviner le drame sanglant qui s’était joué entre ces murs le soir du sixième anniversaire de Lily.
Je me tenais près de la baie vitrée, une tasse de thé fumante entre les mains. Ma cuisse me faisait encore légèrement souffrir lors des changements de temps, mais je marchais désormais sans béquille, ne conservant qu’une très légère boiterie qui s’estompait de jour en jour. Je ne portais plus l’uniforme noir rigide des domestiques, mais une élégante robe en maille beige que Luca avait fait livrer pour moi depuis une boutique de luxe de Michigan Avenue.
Dans le jardin manucuré, Lily courait sur la pelouse verdoyante, riant aux éclats tandis qu’un chiot golden retriever gambadait joyeusement autour d’elle en essayant d’attraper les pans de sa robe d’été. C’était le cadeau que Luca lui avait offert pour remplacer la fête avortée.
« Il paraît que tu refuses toujours les services d’un chauffeur privé pour aller voir ta mère à la clinique. »
La voix grave et chaleureuse de Luca me fit doucement sursauter. Il s’était approché sans bruit, vêtu d’un pantalon sombre et d’un pull en cachemire bleu nuit qui soulignait sa carrure athlétique. L’aura de violence intimidante qui l’entourait habituellement semblait s’être totalement dissipée en présence de sa fille et de ce nouveau quotidien.
Je souris timidement en posant ma tasse sur le guéridon.
« Je n’ai pas l’habitude d’avoir quelqu’un qui m’ouvre la portière, Luca. Prendre un taxi me convient très bien. D’ailleurs, ma mère va merveilleusement bien. Les médecins disent qu’elle pourra rentrer chez elle dans un mois pour entamer sa rééducation dans un environnement adapté. Tout cela… c’est grâce à vous. Je ne saurai jamais comment vous remercier. »
Luca s’arrêta à mes côtés, tournant lui aussi son regard vers la baie vitrée pour contempler sa fille qui jouait au soleil.
« C’est moi qui ai une dette éternelle envers toi, Hannah », répondit-il avec une gravité sincère. « Chaque fois que je regarde Lily sourire aujourd’hui, je me rappelle que sans ton courage insensé, sans ta volonté de sacrifier ta propre sécurité pour dénoncer cette conspiration, ma petite fille serait aujourd’hui enfermée dans une cellule capitonnée à l’autre bout de l’océan, et moi… je serais probablement six pieds sous terre. »
Il se tourna vers moi. Ses yeux sombres, d’ordinaire si impénétrables, brillaient d’une intensité nouvelle qui fit battre mon cœur un peu plus vite dans ma poitrine.
« Vanessa et Michael voulaient me prouver que l’amour était une faiblesse fatale dans notre monde », poursuivit-il doucement. « Ils croyaient que ma dévotion pour Lily me rendait vulnérable. Mais ils se trompaient lourdement. C’est l’absence d’amour et la soif aveugle de pouvoir qui les ont détruits. Et c’est ton cœur, ta loyauté désintéressée, qui nous ont sauvés. »
Luca glissa la main dans la poche de son pantalon et en sortit un document officiel aux reliures dorées, qu’il me tendit avec déférence.
« Qu’est-ce que c’est ? » demandai-je en hésitant à le prendre.
« Les statuts d’une fondation caritative créée au nom de ma défunte épouse, Caroline », expliqua-t-il. « Cette fondation finance intégralement les soins médicaux et chirurgicaux pour les familles défavorisées de l’Illinois, en commençant par les mères célibataires et les personnes âgées dans le besoin. J’ai nommé une directrice générale pour gérer les fonds et décider des attributions de bourses d’aide. Avec les pleins pouvoirs administratifs. »
J’ouvris le dossier avec des doigts tremblants. En première page, en lettres d’or gravées, figurait mon nom : Hannah Collins, Présidente et Directrice exécutive de la Fondation Moretti.
Mes yeux s’embuèrent de larmes. « Luca… je… je ne peux pas accepter cela. Je n’ai aucune expérience pour diriger une fondation de plusieurs dizaines de millions de dollars… J’étais une simple servante… »
Luca fit un pas de plus vers moi et posa doucement ses mains sur mes épaules. Sa chaleur et sa force tranquille m’enveloppèrent instantanément.