Roman fit signe vers le coin salon. Claire apparut, pâle mais debout, tenant fermement un rouleau de ruban adhésif médical renforcé et des liens de contention réservés aux urgences psychiatriques.

« Attache-la au fauteuil de transport, ordonna Roman. Bâillonne-la. Si elle résiste, brise-lui les doigts. »

Claire s’exécuta avec une efficacité surprenante. Malgré ses mains qui tremblaient, elle serra les liens autour des poignets et des chevilles de l’infirmière avec une force insoupçonnée, nourrie par des mois d’indignation refoulée devant la maltraitance silencieuse dont elle avait été le témoin inconscient. Evelyn Vance tenta de se débattre, mais le poids et la détermination de Claire la clouèrent au siège. En quelques instants, la traîtresse fut réduite à un paquet inerte, bâillonnée, les yeux emplis d’une panique absolue.

Roman se tourna de nouveau vers Ethan.

« Je vais régler le compte de Mercer, mon frère. Reste avec Claire. Dès que ce sera terminé, je te ramène les meilleurs neurologues indépendants du pays. Le cauchemar est fini. »

Ethan le fixa. Ses paupières clignèrent deux fois rapidement, puis une fois longuement. Fais attention.

Un fantôme de sourire effleura les lèvres de Roman. « C’est lui qui devrait avoir peur. »

Roman quitta la pièce en silence, verrouillant la porte blindée de l’aile médicale derrière lui et transmettant le code de déverrouillage exclusivement sur le boîtier interne de Claire. Désormais, personne ne pouvait entrer dans cette suite sans faire sauter les murs.

À 3 h 12, la nuit de Lake Forest fut déchirée par le fracas sourd d’un bélier hydraulique forçant la grille secondaire de l’enceinte est.

Depuis les hauteurs du balcon intérieur surplombant le grand hall de marbre, Roman observait les caméras thermiques sur sa tablette tactique. Douze hommes armés de fusils d’assaut compacts et vêtus de treillis sombres sans insignes progressaient en formation tactique à travers le parc boisé, profitant de l’angle mort théorique créé par la désactivation supposée des capteurs.

Au centre du dispositif avançait Grant Mercer. L’homme qui contestait le contrôle du littoral de Chicago aux frères Hale portait un long manteau de cuir et marchait avec l’assurance d’un conquérant entrant dans une cité déjà vaincue. Il croyait que la garde prétorienne de Roman dormait ou surveillait les accès principaux.

Il ignorait qu’il pénétrait dans un abattoir méticuleusement préparé.

« Marcus, chuchota Roman dans son micro-cravate. Engagez. »

L’obscurité du domaine fut instantanément balayée par des projecteurs au xénon d’une puissance aveuglante, dissimulés dans les frondaisons des chênes centenaires. Les mercenaires de Mercer furent cloués sur place par l’intensité lumineuse, levant instinctivement les mains pour protéger leurs yeux.

Ce fut leur dernière erreur.

Le claquement sec et synchronisé de six tireurs d’élite embusqués sur les toits retentit. Quatre hommes de tête s’effondrèrent avant même d’avoir compris d’où venait la riposte. La panique s’empara du commando. Des tirs automatiques désordonnés déchirèrent les vitres de l’orangerie, mais les hommes de Roman, parfaitement retranchés derrière les balustrades de pierre et les murets de soutènement, ouvrirent un feu croisé dévastateur.

« Retraite ! Retraite vers les véhicules ! » hurla Mercer, son visage tordu par la fureur et la stupeur.

Mais les grilles automatiques de l’est venaient de se refermer lourdement, bloquées par des vérins électromagnétiques d’urgence. Des grenades lacrymogènes et assourdissantes explosèrent au milieu des assaillants restants, transformant la cour pavée en un enfer de fumée blanche et de détonations assourdissantes.

Deux mercenaires parvinrent néanmoins à franchir le perron ouest et à s’engouffrer dans le vestibule principal, cherchant désespérément à prendre des otages ou à trouver une issue à travers les appartements privés. Mercer les suivait de près, l’arme au poing, le regard fou d’un parieur qui venait de tout perdre sur un dernier coup de dés.

« Hale ! rugit Mercer en pénétrant dans la galerie des glaces, sa voix résonnant contre les boiseries et les lustres de cristal. Montre-toi, lâche ! Tu crois que tu as gagné ? Je sais que ton frère n’est qu’un légume ! Je vais le saigner sous tes yeux ! »

Un coup de feu claqua depuis l’obscurité d’une alcôve.

Le premier homme de Mercer s’effondra, touché au genou avec une précision chirurgicale. Le second tenta de lever son fusil, mais Roman jaillit de l’ombre avec la férocité d’une panthère. D’un revers de son arme, il brisa la mâchoire du garde, le désarma dans le même mouvement fluide et l’expédia au sol d’un coup de talon dévastateur dans les côtes.

Mercer tira à trois reprises dans sa direction. Les plâtres volèrent en éclats au-dessus de la tête de Roman, qui plongea derrière une console en marbre d’époque. Profitant de la fumée des tirs, Roman contourna la pièce par le couloir de service, silencieux comme une ombre vengeresse.

Lorsque Mercer rechargea son pistolet dans un geste fébrile, le canon du silencieux de Roman était déjà collé sous son menton.

« Bouge d’un millimètre, Mercer, et je vérifie si ton cerveau est aussi vide que tes promesses. »

Mercer s’immobilisa, les mains tremblantes, son arme glissant de ses doigts pour tomber lourdement sur le tapis persan. Sa respiration était courte, empestant le tabac froid et la panique.

« Roman… écoute-moi… balbutia le chef rival en levant les paumes. C’était du business. Juste du business. On peut s’arranger. Les docks du sud, les entrepôts de Calumet… je te laisse tout. Je quitte la ville. Tu n’entendras plus jamais parler de moi. »

Roman ne répondit pas immédiatement. Il ramassa l’arme de Mercer, vida le chargeur d’une main experte et le jeta au loin. Puis il saisit Mercer par le col de son manteau de cuir et le traîna à travers le couloir, le forçant à marcher à genoux sur les débris de verre et de marbre jusqu’à la porte de l’aile médicale.

« Tu as parlé de mon frère, murmura Roman d’une voix qui ne contenait plus aucune émotion humaine. Je veux que tu viennes lui présenter tes respects en personne. »

Roman entra le code sur le clavier mural. La porte blindée s’ouvrit avec un sifflement pneumatique.