Les fenêtres du premier étage.
La pierre claire.
Les ferronneries des balcons.
Puis il sortit son téléphone.
« Maître Delorme ? »
Une voix masculine répondit.
« Monsieur Laurent ? »
« J’aimerais que vous prépariez les documents nécessaires à la mise en vente de mon immeuble de Saint-Germain-des-Prés. »
Un silence.
« L’immeuble du boulevard Saint-Germain ? »
« Exactement. »
Philippe sentit une inquiétude lui traverser l’esprit.
« Et je souhaite également un audit complet du bail commercial et des pratiques de gestion du café du rez-de-chaussée. »
« Bien entendu, monsieur Laurent. »
Henri raccrocha.
Philippe éclata d’un rire forcé.
« C’est une plaisanterie ? »
Henri le regarda.
« Pourquoi ? »
« Vous voulez me faire croire que vous possédez cet immeuble ? »
« Oui. »
Philippe secoua la tête.
« C’est absurde. »
Henri conçoit la façade.
« Savez-vous à qui appartient ce bâtiment ? »
Philippe hésita.
« À une société immobilière. »
« Laquelle ? »
« Laurent Patrimoine, je crois. »
Le vieillard inclina légèrement la tête.
« Et qui, selon vous, a fondé cette société ? »
Le visage de Philippe changea.
Il connaissait le nom.
Bien sûr qu’il le connaissait.
Henri Laurent était l’un des investisseurs immobiliers les plus discrets de Paris.
Un homme qui avait constitué un patrimoine considérable en rénovant des immeubles anciens.
On parlait rarement de lui dans la presse.
Il évitait les réceptions mondaines.
Il refusait presque toutes les interviews.
Mais son nom figurait sur plusieurs dossiers importants du marché immobilier parisien.
Philippe regarda le manteau délavé.
La barbe négligée.
Les chaussures abîmées.
” Impossible… “
Henri répondit doucement :
« Vous avez une étrange manière de juger ce qui est possible. »
Quelques minutes plus tard, une voiture noire s’arrêta devant le café.
Deux personnes en descendirent.
Un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un costume gris, s’approcha rapidement.
« Monsieur Laurent ! »
Henri tourna la tête.
« Bonjour, Maître Delorme. »
L’avocat lui serra la main avec respect.
« J’ai reçu votre appel. »
Philippe sentit son estomac se contracter.
Maître Étienne Delorme.
L’un des avocats les plus réputés du quartier.
Il venait de reconnaître publiquement ce vieil homme.
Et il lui parlait avec une déférence incontestable.
L’avocat se tourna vers Philippe.
« Vous êtes le directeur de l’établissement ? »
« Oui… »
« Je représente monsieur Henri Laurent, propriétaire de l’immeuble et président de Laurent Patrimoine. »
Le silence fut immédiat.
Camille porta une main à sa bouche.
Philippe reste immobile.
L’avocat poursuivit :
« Monsieur Laurent souhaite obtenir plusieurs documents relatifs à l’exploitation du café. Nous allons contacter l’entreprise locataire. »
Philippe tenta de sourire.
« Je… je ne comprends pas. »
Henri croisa les bras.
« Pourtant, vous sembliez très sûr de vous il y a quelques minutes. »
« Monsieur Laurent, si j’avais su… »
Henri l’interrompit.
« Si vous aviez su quoi ? »
Philippe ne répondit pas.
« Si vous aviez su que j’étais riche, vous m’auriez traité autrement ? »
« Je voulais simplement protéger l’image du café. »
Henri contemple la terrasse.
« Vous croyez qu’un homme qui a faim abîme davantage l’image d’un établissement qu’un directeur qui humilie une serveuse ? »
Personne ne parla.
Philippe baissa les yeux.
Henri poursuivit :
« Vous m’avez traité avec mépris parce que je portais de vieux vêtements. Vous avez licencié cette jeune femme parce qu’elle a refusé de faire comme vous. »
Il désigna Camille.
« Elle a dépensé son argent pour aider quelqu’un qu’elle ne connaissait pas. »
L’avocat regarda la jeune femme.
« Vous avez été licenciée pour cela ? »
Camille hocha la tête.
« Oui, monsieur. »
Philippe intervint précipitamment.
« Il y a eu un malentendu. »
Henri est réparé.
« Non. »
Sa voix était basse.
« Il n’y a eu aucun malentendu. Vous avez montré exactement qui vous étiez lorsque vous pensiez que personne d’important ne vous regardait. »
Quelques minutes plus tard, le propriétaire de la société exploitant le café arriva à son tour.
Antoine Mercier, un restaurateur parisien d’une cinquantaine d’années, avait quitté une réunion pour venir immédiatement.
Son entreprise gérait plusieurs établissements dans la capitale.
Il connaissait la réputation d’Henri Laurent.
« Monsieur Laurent, je suis profondément désolé. »
Henri répondit :
« Vous devriez surtout vous inquiéter de la façon dont vos employés sont traités. »
Antoine regarda Philippe.
« Expliquez-moi ce qui s’est passé. »
« Cette employée a violé les règles. »
Camille prit une inspiration.
« J’ai acheté un sandwich avec mon argent. Je l’ai donné à un monsieur qui avait faim. »
Antoine fronça les sourcils.
« Et vous l’avez licenciée ? »
Philippe ne répondit pas.
Luc, le jeune serveur de cuisine, apparut près de l’entrée.
« C’est vrai, monsieur. J’ai encaissé son paiement. »
Antoine se tourna vers lui.
« Vous en êtes certain ? »
« Oui. »
Puis une autre employée, Sophie, s’avança.
« Ce n’est pas la première fois que monsieur Dubois menace quelqu’un pour ce genre de chose. »
Philippe se retourna brutalement.
« Sophie ! »
La jeune femme sursauta.
Henri intervint.
« Laissez-la parler. »
Sophie baissa les yeux.
« L’hiver dernier, il a interdit à Luc de donner les invendus à une association, même lorsque la direction en avait autorisé la récupération. »
Luc acquiesça.
« Il disait que les personnes pauvres donnaient une mauvaise image du quartier. »
Antoine devint livide.
« Philippe, est-ce vrai ? »
Le directeur serra les mâchoires.
« Je voulais préserver notre standing. »
Henri secoua la tête.
« Il existe une différence entre préserver un établissement et perdre son humanité. »
Antoine prit une décision.
« Philippe, vous êtes suspendu de vos fonctions pendant que nous examinons la situation. »
Le directeur recula.
« Vous ne pouvez pas me faire ça ! »
« Je viens de le faire. »
Philippe chercha du regard un soutien.
Mais personne ne bougea.
Ni ses collègues.