Puis il regarda Camille.

La duchesse tenta de sourire.

« Majesté, ce garçon pourrait raconter n’importe quoi. »

Henri la fixa.

« Il ressemble à Adrien. »

Camille haussa les épaules.

« Une ressemblance ne prouve rien. »

« Je le sais. »

La voix du roi était devenue froide.

« C’est pourquoi nous allons vérifier les faits. »

Marianne s’avança.

« Votre Majesté, la mère de Louis possède des documents. Des photographies et des lettres. »

Henri se tourna vers elle.

« Où se trouve-t-elle exactement ? »

Marianne lui communiqua les coordonnées de l’établissement où Élise recevait ses soins.

Le roi acquiesça.

« Je veux lui parler aujourd’hui. »

Louis releva les yeux.

« Tu vas venir ? »

Henri le regarda.

Puis répondit :

« Si ta mère accepte de me recevoir, oui. »

Le garçon resta silencieux.

Ce fut la première réponse du roi qui lui sembla réellement sincère.

La cérémonie fut interrompue.

Les invités quittèrent progressivement la salle.

Les spécialistes animaliers procédèrent à une évaluation complète de l’incident.

Ils rappelèrent que l’attitude de Saphir ne constituait ni une preuve de filiation ni un signe surnaturel.

Le lion avait exécuté un mouvement appris au cours de son entraînement, dans une situation où un enfant n’aurait jamais dû pénétrer dans son espace.

Henri ordonna immédiatement la suspension de toute présentation impliquant un accès rapproché du public.

Il demanda également que l’animal soit renvoyé vers des installations adaptées, sous le contrôle des professionnels responsables de son bien-être.

Mais pour le souverain, l’essentiel se trouvait désormais ailleurs.

Il devait découvrir ce qu’était devenue la famille de son fils.

Quelques heures plus tard, Henri arriva dans l’établissement médical où Élise était soignée.

Il ne portait plus sa couronne.

Ni sa veste verte brodée d’or.

Il avait revêtu un simple costume sombre.

Louis marchait à quelques pas devant lui, accompagné de Marianne.

Le roi s’arrêta devant la porte de la chambre.

Il hésita.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, il avait peur d’entrer quelque part.

Louis frappa doucement.

« Maman ? »

Une voix fatiguée répondit :

« Entre, mon cœur. »

Le garçon ouvrit la porte.

Élise était allongée dans un lit, près d’une fenêtre donnant sur un petit jardin.

Son visage était pâle.

Ses cheveux attachés simplement.

Mais lorsqu’elle aperçut Louis, elle sourit.

« Mon trésor. »

Puis elle remarqua l’homme derrière lui.

Son sourire disparut.

« Votre Majesté ? »

Henri s’arrêta sur le seuil.

Pendant plusieurs secondes, ils se regardèrent.

Neuf années de douleur semblaient remplir le silence.

Élise se redressa lentement.

« Pourquoi êtes-vous ici ? »

Henri baissa la tête.

« J’ai rencontré Louis. »

Elle regarda son fils.

« Tu lui as parlé ? »

Louis hocha la tête.

« Oui, maman. »

Élise ferma les yeux.

Elle savait que ce moment arriverait peut-être un jour.

Mais elle ne s’y était jamais préparée.

Henri s’approcha du lit.

« Élise… je dois vous demander pardon. »

Elle eut un rire amer.

« Neuf ans trop tard. »

Le roi accepta la remarque sans protester.

« Oui. »

Élise le fixa.

« Vous savez ce que nous avons traversé ? »

Henri secoua la tête.

« Pas encore suffisamment. »

Les yeux d’Élise se remplirent de larmes.

« J’ai écrit. J’ai supplié. J’ai demandé que Louis puisse simplement connaître la famille de son père. »

Henri murmura :

« Je n’ai jamais vu ces lettres. »

Elle regarda le roi avec incrédulité.

« Comment pouvez-vous dire cela ? »

Henri sortit un document de sa poche.

Il s’agissait d’une copie de la correspondance que son équipe venait de retrouver dans les dossiers privés de l’ancienne administration du palais.

Plusieurs lettres avaient été enregistrées, mais jamais présentées au souverain.

D’autres avaient été classées sous des références inhabituelles.

Le roi posa les documents sur la table.

« Quelqu’un les a retenues. »

Élise resta immobile.

Elle lut les premières lignes.

Puis se mit à pleurer.

Henri poursuivit :

« Nous allons faire établir la vérité. Avec votre accord, nous pourrons aussi confirmer officiellement la filiation de Louis à partir des documents et des examens nécessaires. »

Élise leva les yeux.

« Vous croyez vraiment qu’il est votre petit-fils ? »

Le roi regarda Louis.

Le garçon se tenait près de sa mère.

Il tenait sa main.

Henri sentit une douleur familière dans sa poitrine.

« Je reconnais Adrien dans son visage. Mais je veux surtout réparer ce que nous pouvons encore réparer. »

Élise regarda son fils.

Louis murmura :

« Maman, je veux juste savoir pourquoi on ne voulait pas de moi. »

Elle l’attira contre elle.

« Mon trésor… »

Henri s’agenouilla de nouveau.

Cette fois, il n’y avait ni courtisans ni caméras.

Seulement une mère fatiguée et un enfant blessé.

« Louis, écoute-moi. »

Le garçon releva les yeux.

« Je n’ai jamais voulu que tu grandisses en te sentant rejeté. »

Il prit une inspiration.

« J’ai commis beaucoup d’erreurs avec ton père. Des erreurs que je regrette chaque jour. Mais je ne connaissais pas ton existence. »

Louis hésita.

« Tu aurais voulu me voir ? »

Les yeux d’Henri se remplirent de larmes.

« Plus que tout. »

Le garçon le regarda longuement.

Puis posa une question :

« Alors tu viendras me voir demain ? »

Henri sourit tristement.

« Oui. »

Louis fronça les sourcils.

« Même si tu es occupé ? »

Le roi sentit ses larmes couler.

« Même si je suis occupé. »

L’enfant réfléchit.

Puis tendit timidement la main.

Henri la prit.

Et pour la première fois depuis la mort d’Adrien, le roi eut le sentiment qu’une porte s’ouvrait de nouveau dans sa vie.

Les semaines suivantes furent mouvementées.

L’enquête interne du palais mit au jour de graves irrégularités.

Des lettres avaient été cachées.

Des messages déformés.

Des instructions avaient été falsifiées.

Les témoignages de plusieurs anciens employés désignaient la duchesse Camille comme l’une des principales responsables de ces manœuvres.