Puis posa sa poitrine sur la plateforme.
« On dirait qu’il s’incline », murmura le garçon.
Julien sourit.
« C’est simplement un comportement qu’il a appris. Mais c’est impressionnant, n’est-ce pas ? »
Louis hocha la tête.
Il n’oublia jamais cette image.
Quelques jours plus tard, Marianne reçut une invitation professionnelle pour assister, dans une zone réservée au personnel associatif, à la cérémonie du palais.
Elle apprit également que le roi Henri serait présent.
Louis, qui avait découvert la vérité sur son père, supplia Marianne de l’emmener.
« S’il te plaît. »
Elle hésita.
« Louis, ce n’est pas une fête pour les enfants. »
Il baissa les yeux.
« Je veux juste voir mon grand-père. »
Marianne connaissait une partie de l’histoire d’Élise.
Elle savait que le garçon pouvait être lié à la famille royale.
Elle contacta sa mère.
Élise resta silencieuse pendant longtemps.
Puis elle répondit :
« S’il peut simplement le voir, peut-être qu’il comprendra. »
Marianne accepta donc de l’accompagner, avec l’autorisation d’Élise.
Elle lui fit promettre de rester près d’elle et de respecter les consignes de sécurité.
Louis accepta immédiatement.
Le matin de la cérémonie, il enfila sa chemise jaune moutarde.
Son pantalon gris.
Ses vieilles chaussures marron.
Marianne lui proposa une veste plus élégante.
Mais Louis refusa.
« Je veux qu’il me voie comme je suis. »
Elle le regarda avec émotion.
« Alors nous irons comme ça. »
Et lorsqu’ils arrivèrent devant les portes du palais de Valombre, Louis sentit son cœur battre si fort qu’il avait du mal à respirer.
Il allait enfin voir le père de son père.
L’homme dont sa mère lui avait dit qu’il avait refusé de le reconnaître.
Et sans le savoir, il s’apprêtait à faire tomber un mensonge vieux de neuf ans.
PARTIE 3 — LE LION RECONNAÎT L’ENFANT
Le palais de Valombre semblait sorti d’un conte.
Les sols de marbre blanc reflétaient les gigantesques lustres.
Les colonnes dorées s’élevaient jusqu’aux plafonds peints.
De lourds rideaux bordeaux encadraient les fenêtres monumentales.
Partout, des invités vêtus de robes somptueuses et de smokings échangeaient des conversations discrètes.
Louis marchait près de Marianne.
Ses vieilles chaussures faisaient un bruit léger sur le marbre.
Il regardait autour de lui avec admiration.
« C’est immense », murmura-t-il.
Marianne sourit.
« Oui. »
Mais elle remarqua rapidement les regards méprisants de certains invités.
Une femme vêtue d’une robe violette observa les vêtements du garçon.
Puis chuchota quelque chose à son compagnon.
Celui-ci rit.
Louis baissa les yeux.
Marianne posa une main rassurante sur son épaule.
« Ne les regarde pas. »
Il hocha la tête.
Dans la grande salle cérémonielle, le roi Henri se tenait sur une estrade.
Il portait une veste royale vert émeraude brodée d’or, un pantalon noir et une couronne dorée.
Ses cheveux argentés étaient soigneusement coiffés en arrière.
Sa barbe grise taillée avec précision.
Il semblait imposant.
Fier.
Presque inaccessible.
Louis le contempla longuement.
Il sentit les larmes lui monter aux yeux.
« C’est lui ? »
Marianne suivit son regard.
« Oui. »
Le garçon murmura :
« Mon grand-père… »
Il avait imaginé cet homme pendant des années.
Il s’était demandé s’il avait les mêmes yeux que son père.
S’il riait parfois.
S’il aimait les enfants.
S’il avait pensé à lui une seule fois.
Mais Henri ne remarqua pas immédiatement sa présence.
Le roi s’adressait à l’assemblée.
Derrière les barrières dorées, Saphir avançait nerveusement dans son vaste espace aménagé.
Des soigneurs se tenaient à proximité des zones de sécurité.
Le lion poussa un grondement puissant.
Plusieurs invités reculèrent.
Henri leva la main.
« Mesdames et messieurs, voici Saphir, symbole de force et de majesté. »
Les invités applaudirent.
La duchesse Camille sourit avec satisfaction.
Henri poursuivit d’une voix solennelle :
« Un million d’euros à celui qui le domptera ! »
Quelques aristocrates rirent nerveusement.
D’autres regardèrent le lion avec inquiétude.
Un responsable du programme animalier tenta de rappeler discrètement au maître de cérémonie qu’aucun invité ne pouvait entrer dans l’enclos.
Mais la duchesse Camille l’interrompit.
« Sa Majesté parle symboliquement. »
Louis, lui, ne quittait pas Saphir des yeux.
Il remarqua la tension de l’animal.
La façon dont il tournait.
Ses oreilles qui bougeaient.
Sa queue agitée.
Il savait que le lion n’était pas heureux.
Et lorsque le roi parla de le dompter, le garçon ressentit une étrange tristesse.
« Il ne faut pas le forcer », murmura-t-il.
Marianne le regarda.
« Tu as raison. »
Mais Louis faisait déjà un pas en avant.
Il leva la main.
« Moi, je peux ! »
La salle se figea.
Marianne sursauta.
« Louis ! »
Le garçon se tourna vers elle.
« Je veux juste qu’il se calme. »
La duchesse Camille aperçut alors l’enfant.
Son regard descendit de ses cheveux en bataille jusqu’à ses chaussures usées.
Elle éclata de rire.
« Regardez-moi ça ! »
Plusieurs invités tournèrent la tête.
Camille pointa Louis du doigt.
« Il va mourir de peur ! »
Les nobles rirent.
Louis sentit ses joues devenir brûlantes.
Il regarda le roi.
Henri l’observait avec amusement.
« Et qui es-tu, petit ? »
Louis hésita.
« Louis. »
« Louis comment ? »
Le garçon ouvrit la bouche.
Mais Camille intervint.
« Peu importe son nom, Majesté. Un enfant pareil n’a rien à faire ici. »
Marianne s’avança immédiatement.
« Madame la duchesse, cet enfant est sous ma responsabilité. »
Camille la regarda avec mépris.
« Alors vous devriez mieux le surveiller. »
Louis serra les poings.
Il pensait à sa mère.
À ses longues journées de travail.
À ses nuits d’inquiétude.
Il pensa aussi à cette lettre où le roi aurait refusé de le reconnaître.
Il voulait poser sa question.
Mais aucun mot ne sortait.
À cet instant, Saphir poussa un rugissement.
La salle entière sursauta.
Le lion secoua sa crinière.
Il se dirigea vers l’extrémité de son espace, où se trouvait une ouverture de service destinée aux soigneurs.
Un membre du personnel venait de la laisser entrouverte pendant une intervention interrompue par l’agitation.