« Je resterai ici pour accueillir les juges et les huissiers. Je serai là pour répondre de ce que j’ai toléré trop longtemps par aveuglement. Il faut qu’il y ait quelqu’un pour éteindre les lumières et fermer les portes lorsque le rideau tombe sur une telle imposture. Ne t’inquiète pas pour moi, mon enfant. La solitude est une compagne bien plus supportable que la honte. »

Grace s’approcha et, rompant avec toutes les étiquettes glaciales qui avaient toujours régi leurs rapports, elle posa délicatement son front contre l’épaule du vieil homme. Robert tressaillit à peine, puis passa son bras autour des frêles épaules de sa belle-fille, dans une étreinte paternelle et silencieuse qui scellait leur délivrance commune.

À l’étage, on entendait déjà le bruit sourd des malles que Victoria traînait sur le parquet de ses appartements, marquant le compte à rebours d’un départ sans retour. Bientôt, une porte claqua au loin, une voiture démarra dans l’allée gravillonnée, emportant dans la nuit pluvieuse les restes d’un fils déchu vers son destin judiciaire.

Mais dans le grand salon des Vignes-Hautes, le calme était enfin revenu. Ce n’était pas la paix trompeuse des compromis honteux, mais le silence limpide, froid et régénérateur d’une vérité enfin affrontée. La tempête d’automne pouvait bien souffler contre les vitres de la vieille demeure ; pour Grace et pour l’enfant qui dormait à l’étage, l’hiver qui approchait n’était plus une menace, mais le début d’un printemps longtemps différé.