D’une main ferme, il saisit le bras de Wren et la plaqua derrière la colonne centrale soutenant le plafond à caissons. Au même instant, une grêle de projectiles à haute vélocité pulvérisa les deux pans de verre blindé de la façade. Des éclats de cristal volèrent dans toute la pièce comme une tempête de diamants, déchiquetant les fauteuils en cuir, pulvérisant les flacons de parfum et les miroirs qui s’effondrèrent en cascades argentées.

L’alarme du salon se mit à hurler, stridente, couvrant à peine les claquements secs des tirs de riposte du second garde d’Adrian à l’extérieur.

« Ils ne viennent pas pour négocier, » souffla Wren, les yeux dilatés par l’adrénaline, mais sans l’ombre d’une panique. Sur le trottoir, elle avait appris que la peur était une sentence de mort. « Castiglione sait que si cette clef est lue, son empire s’effondre avant la fermeture de la bourse. »

« La sortie de secours arrière, » ordonna Adrian en désignant d’un coup de tête une porte dérobée recouverte de tapisserie au fond du couloir de réserve. « Elle donne sur une ruelle de service qui débouche sur la 58e Rue. J’ai un chauffeur là-bas qui n’a pas bougé. »

« Et toi ? Tu perds ton sang. »

Une tache rouge sombre commençait en effet à s’étendre sur le côté droit de sa chemise blanche, perçant à travers les mailles de son bandage.

« Je couvre tes arrières. Bouge ! »

Deux assaillants franchirent le cadre brisé de la devanture, les armes calées contre l’épaule, balayant l’espace d’un mouvement méthodique. Adrian se découvrit d’un demi-pouce, aligna la première silhouette et pressa la détente à deux reprises. Le tireur fut repoussé en arrière par l’impact et s’écroula sur les débris de miroirs. Le second plongea derrière un meuble de rangement, ripostant par une rafale qui arracha de larges pans de stuc au-dessus de la tête d’Adrian.

Wren ne courut pas vers la sortie de secours.

Au lieu de cela, avec une agilité terrifiante née de dix années passées à bondir sur les échafaudages et les structures métalliques du sous-sol new-yorkais, elle rampa le long du sol jonché de tessons de verre, glissant sous les consoles renversées. Elle saisit au passage une longue barre de fer — le support d’un des séchoirs sur pied brisés lors de l’assaut — dont l’extrémité formait une pointe brisée et effilée.

L’assaillant embusqué attendait qu’Adrian sorte de sa couverture pour l’abattre. Il ne regardait pas en bas.

Wren surgit de sous la nappe d’un présentoir comme un serpent de terre. Dans un cri rauque, sauvage, elle enfonça la barre métallique de toutes ses forces dans la cuisse de l’homme, perforant le tissu tactique et la chair jusqu’à heurter l’os. L’homme poussa un hurlement de bête agonisante et lâcha son arme automatique. Avant qu’il ne puisse porter la main à son couteau, elle s’empara de son arme au sol, roula sur le côté et tira une unique balle dans son thorax à bout portant.

Le silence retomba brutalement sur la pièce, troublé seulement par la stridence mécanique de l’alarme et le souffle court des survivants.

Adrian, appuyé contre sa colonne, la regardait avec une stupeur mêlée d’admiration sombre. La petite fille frêle du manoir Vance n’existait plus. Celle qui se tenait debout parmi les décombres de la Cinquième Avenue, le fusil d’assaut fumant entre ses mains noueuses et le regard froid comme l’acier d’un poignard, était une survivante forgée dans les ténèbres les plus impitoyables de la métropole.

« Maintenant, » dit-elle en pointant le canon vers le couloir du fond, « c’est nous qui bougeons. »

Ils traversèrent la réserve au pas de course, enjambant les cartons de produits et les linges souillés. À l’extérieur, dans l’étroite ruelle balayée par des tourbillons de neige fondue, une berline allemande blindée attendait, moteur tournant au ralenti. Le chauffeur, voyant Adrian émerger en titubant, ouvrit immédiatement les portières arrière.

Ils s’y engouffrèrent tandis que des sirènes de police commençaient enfin à converger vers le salon depuis Madison Avenue.

La voiture s’arracha de la ruelle dans une accélération violente, se fondant instantanément dans le flot dense du trafic new-yorkais en direction de Midtown.

À l’arrière du véhicule, Adrian laissa retomber sa tête contre l’appui-tête en cuir, pressant un mouchoir noirci sur sa plaie qui se rouvrait dangereusement. Wren, assise en face de lui, ne lâchait pas le fusil, inspectant le mécanisme d’un geste machinal qu’elle avait manifestement appris en observant les pires voyous de la ville.

« La Banque Mercantile est bouclée depuis une heure, » dit Adrian en serrant les dents. « Mes informateurs me disent que Castiglione a déjà envoyé ses avocats sur place avec une fausse procuration au nom des héritiers Vance. Ils veulent purger le coffre 804 avant que nous ne puissions poser le pied dans le hall. »

« Il ne pourra pas, » répondit-elle froidement.

« Pourquoi ? »

« Parce que le coffre n’a pas seulement besoin de cette puce en titane. Mon père avait installé un système biométrique à impulsion thermique couplé à la serrure mécanique. Il faut le sang d’un Vance vivant pour déverrouiller le loquet intérieur. Si quelqu’un essaie d’ouvrir la porte par la force ou avec une mauvaise séquence génétique, un réservoir d’acide sulfurique pressurisé inonde le compartiment et détruit l’intégralité des documents en quatre secondes. »

Adrian la fixa, comprenant toute la portée du piège conçu par le vieil homme avant de mourir.

« C’est pour cela qu’il te voulait vivante hier soir, » murmura-t-il. « Les tueurs de Suffolk Street avaient l’ordre de te capturer, pas de t’abattre. Ils avaient compris qui tu étais. »

« Ils ne m’auront jamais vivante, » lâcha-t-elle sans l’ombre d’un doute. « Prépare tes hommes, Adrian. On ne va pas attendre qu’il vienne à nous. C’est nous qui allons entrer dans cette banque. »

Quarante minutes plus tard, la limousine s’immobilisait devant le siège monumental de la Banque Mercantile de Manhattan, une forteresse de granit gris flanquée de colonnes néoclassiques sur Wall Street. La pluie verglaçante tombait désormais sans discontinuer, transformant les trottoirs en miroirs d’huile noire où se reflétaient les phares des convois financiers.