Chapitre 4 : La Course Contre la Mort
De retour dans le couloir, mon esprit bouillonnait. Vasseur m’observait à travers la vitre, attendant mon compte-rendu. J’avais une fraction de seconde pour décider : obéir aveuglément à une sociopathe qui avait maltraité ma fille et qui éliminerait probablement Sarah dès qu’elle aurait ce qu’elle voulait, ou faire confiance aux autorités.

Je regardai le policier droit dans les yeux.

« Elle veut la puce cachée dans le médaillon d’Emily », dis-je d’une voix sourde mais résolue. « Mais elle ment. Elle ne libérera jamais Sarah. Si ses complices récupèrent ces données, Sarah devient un témoin gênant à éliminer immédiatement. »

Vasseur hocha la tête avec une gravité approbatrice.

« Vous avez parfaitement raison, Miller. Les profils comme Rostova n’honorent jamais leurs promesses. Mais nous avons un avantage : la clé USB et le carnet que vous avez trouvés dans son bureau. Nos experts techniques viennent d’analyser l’historique de géolocalisation des connexions de la fausse Sarah au cours des trois dernières semaines. »

Il déplia une carte topographique sur une table d’appoint. Plusieurs cercles rouges entouraient des zones forestières et industrielles désaffectées en périphérie de la ville.

« Tous les mercredis après-midi, pendant que vous étiez au travail et qu’Emily était censée faire la sieste, le véhicule de Rostova a stationné pendant exactement quarante-cinq minutes dans une ancienne scierie désaffectée, au cœur de la forêt de Saint-Germain, à quarante kilomètres d’ici. »

Un frisson me parcourut l’échine. Le mercredi était le jour où Sarah me disait faire les courses hebdomadaires.

« C’est là-bas », m’écriai-je. « Elle l’a enfermée là-bas ! »

« Une équipe d’intervention du RAID est déjà en alerte », déclara Vasseur en boutonnant sa veste pare-balles. « Vous restez ici, Miller. Nous nous en occupons. »

« Hors de question ! » rétorquai-je avec une véhémence qui surprit l’officier. « C’est ma femme. C’est la mère de ma fille. Je viens avec vous. Je resterai dans le véhicule arrière, mais je ne resterai pas assis sur une chaise en attendant un coup de fil ! »

Vasseur soutint mon regard pendant plusieurs secondes, mesurant la détermination farouche qui brûlait dans mes yeux. Il poussa un soupir las.

« Très bien. Mettez ce gilet pare-balles et suivez-moi. Mais si vous faites le moindre geste imprudent une fois sur place, mes hommes vous plaquent au sol sans sommation. C’est compris ? »

Trois véhicules banalisés et deux fourgons blindés s’élancèrent dans la nuit noire, tous feux éteints, filant à tombeau ouvert sur l’autoroute déserte. Dehors, une pluie fine commençait à tomber, brouillant les vitres et donnant au paysage des allures d’enfer liquide.

Assis à l’arrière du fourgon parmi les hommes d’élite vêtus de noir, casqués et armés de fusils d’assaut, je serrais contre moi le médaillon d’Emily que Claire m’avait apporté avant mon départ. Le métal était froid contre ma paume. À l’intérieur, une minuscule photo montrait le visage souriant d’Emily à l’âge de deux ans.

Tiens bon, Sarah. Je t’en supplie, respire encore. Nous arrivons.

Chapitre 5 : Le Sanctuaire de Béton
Le convoi ralentit en abordant un chemin forestier boueux, défoncé par les ornières et bordé de chênes centenaires dont les branches squelettiques griffaient la carrosserie des véhicules. Au bout de l’allée se dressait la silhouette massive et sinistre de l’ancienne scierie : des hangars en tôle rouillée, des piles de rondins pourrissants sous l’eau et un bâtiment administratif en béton armé datant des années soixante-dix.

Les véhicules s’immobilisèrent à distance respectable pour ne pas trahir leur approche. Les opérateurs du RAID sautèrent à terre dans un silence impressionnant, progressant en formation tactique à travers les herbes hautes, guidés par leurs optiques à vision nocturne.

Vasseur me fit signe de rester accroupi derrière le blindage de la porte arrière, accompagné d’un agent de protection.

Soudain, un bruit sec déchira le silence de la nuit : une détonation.

« Contact armé côté est ! » crépita la radio de bord. « Un garde extérieur neutralisé ! On pénètre dans le bâtiment B ! »

Des rafales courtes, contrôlées, résonnèrent à l’intérieur de la structure métallique. Les complices de Rostova, restés sur place pour surveiller le site, ripostaient. L’odeur âcre de la poudre et de la terre mouillée parvint jusqu’à mes narines. L’angoisse me tordait l’estomac. Et si une balle perdue atteignait Sarah ? Et si les assaillants décidaient d’exécuter leur captive avant de fuir ?

L’agent à mes côtés était accaparé par sa radio, scrutant la lisière du bois. Profitant d’un instant d’inattention, je m’extirpai de l’ombre du fourgon et m’élançai vers la carcasse du bâtiment principal.

« Miller ! Non ! Restez en arrière ! » cria l’officier derrière moi, mais ses ordres furent balayés par le rugissement d’une grenade assourdissante qui fit trembler les tôles ondulées.

Je franchis une brèche béante dans le mur de béton. L’intérieur de l’usine n’était qu’un enchevêtrement de poutrelles métalliques déchiquetées, de machines d’usinage recouvertes de toiles d’araignées et de flaques d’eau huileuse reflétant les faisceaux des lampes tactiques. Deux hommes en treillis gisaient au sol, maîtrisés et menottés par les policiers d’élite.

« Zone sécurisée au rez-de-chaussée ! » annonça le chef de groupe dans son micro. « Pas de trace de la victime. Recherche d’un accès souterrain en cours. »

Mon regard balaya frénétiquement les murs décrépits. Une scierie industrielle de cette époque nécessitait une salle des machines souterraine, un niveau inférieur pour l’évacuation des sciures et l’alimentation des générateurs.

Près du fond de l’atelier, dissimulée derrière une pile de palettes vermoulues, je remarquai une lourde trappe en fonte peinte en jaune délavé. Le cadenas qui la condamnait venait d’être fraîchement scié.

« Ici ! » hurlai-je à pleins poumons. « Capitaine Vasseur, par ici ! »

Trois opérateurs du RAID accoururent immédiatement, leurs lampes braquées sur l’ouverture. Deux d’entre eux empoignèrent les poignées métalliques et tirèrent d’un coup sec. La trappe s’ouvrit dans un grincement sinistre, libérant une bouffée d’air fétide, saturé d’humidité et d’une odeur métallique insoutenable.