Alejandro tenta de reculer, mais ses jambes se dérobèrent sous lui. Il s’affala sur sa chaise, immobile, incapable du moindre geste de résistance, pendant que les policiers lui retiraient méthodiquement ses luxueux accessoires d’or et de cuir, symboles dérisoires d’un pouvoir qui venait de s’évaporer en moins d’une demi-heure. Les menottes se refermèrent sur ses poignets avec le même cliquetis sec qui avait scellé le destin de sa maîtresse quelques minutes plus tôt.

Dans la galerie, les flashs des appareils photo commencèrent à crépiter à travers les vitres de la porte d’entrée, attirés par la rumeur du désastre qui s’était déjà propagée dans tout le palais de justice.

Patricia Salazar poussait des sanglots étouffés, recroquevillée sur elle-même, seule au milieu des débris de son collier de perles dispersées sur le sol. Personne ne la regardait avec pitié. Ceux qui, une heure auparavant, s’écartaient respectueusement sur son passage dans les salons feutrés de la haute société la considéraient désormais comme la complice d’un vaste réseau d’escrocs déchus.

Je ramassai mes papiers avec calme, refermai le ruban de soie qui ceignait le dossier écarlate et me levai de mon siège.

Toute la salle d’audience se leva avec moi, dans un réflexe instinctif de respect devant la magistrature restaurée.

Alejandro, maintenu debout par deux solides agents, tourna une dernière fois la tête vers moi alors qu’on le poussait vers la porte dérobée menant aux geôles du sous-sol. Ses yeux étaient embués de larmes amères, son visage ravagé par la honte et l’incompréhension totale de ce qui venait de briser son existence.

« Qui es-tu ? » souffla-t-il dans un dernier souffle brisé. « Qui es-tu réellement, Camila ? »

Je m’arrêtai sur le seuil de la porte arrière menant aux délibérations du tribunal. Je posai ma main sur la rampe d’acajou, le regard parfaitement serein, la joue encore marquée d’une légère trace pourpre qui ne brûlait plus du tout.

« Je suis celle que vous avez tous ignorée parce qu’elle refusait de crier », dis-je doucement. « Je suis la justice que tu croyais pouvoir acheter. Et désormais, Alejandro, tu as tout le reste de ta vie pour apprendre mon vrai nom. »

Je franchis la porte sans me retourner. Le battant de chêne se referma lourdement derrière moi, étouffant à jamais les murmures d’une dynastie brisée par son propre orgueil, ne laissant dans le sanctuaire de marbre que l’écho souverain de la vérité retrouvée.