Devant une vitrine, je me suis arrêtée.

Il y avait des bols faits à la main, des tasses légèrement irrégulières et de petits vases aux couleurs douces.

J’en ai pris un entre mes mains.

Il n’était pas parfaitement rond.

Une partie de sa surface présentait une petite imperfection.

Et pourtant, il était magnifique.

— Tu aimes celui-là ? demanda Susan.

— Oui.

— Alors achète-le.

J’ai hésité.

Il coûtait trente-deux dollars.

J’ai pensé à Jason.

À Amanda.

Aux dépenses des enfants.

À toutes les fois où j’avais renoncé à quelque chose pour leur acheter ce dont ils avaient besoin.

Puis j’ai reposé le vase.

Susan ne dit rien.

Elle me regarda simplement.

Quelques secondes plus tard, je suis retournée le chercher.

Je l’ai acheté.

Dans la voiture, je l’ai placé soigneusement sur mes genoux.

Susan sourit.

— Tu sais ce que je pense ?

— Quoi ?

— Tu es en train de réapprendre à exister.

Cette fois, je n’ai pas essayé de plaisanter.

Parce qu’elle avait raison.

Le deuxième jour, j’ai reçu un appel de Lily.

Je me suis éloignée de Susan pour répondre.

— Mamie ?

Sa voix était hésitante.

— Bonjour, ma chérie.

— Tu es vraiment à Nashville ?

— Oui.

— C’est beau ?

J’ai souri.

— Très beau.

Elle est restée silencieuse un instant.

— Tu t’amuses ?

La question m’a surprise.

Pas « quand est-ce que tu reviens ? ».

Pas « est-ce que tu peux venir nous voir ? ».

Elle voulait simplement savoir si j’étais heureuse.

— Oui, Lily. Je m’amuse beaucoup.

— Tant mieux.

J’ai entendu une porte se fermer derrière elle.

Puis sa voix est devenue plus basse.

— Mamie, est-ce que papa t’a fait de la peine ?

Je me suis assise sur un banc.

— Pourquoi me demandes-tu ça ?

— Parce qu’il est toujours en colère quand quelqu’un parle de ton anniversaire.

Je ne savais pas quoi répondre.

— Il dit que tu fais des histoires pour rien.

Je regardai les passants.

— Lily, tu sais, parfois les adultes ont du mal à reconnaître qu’ils ont blessé quelqu’un.

— Alors pourquoi il ne s’excuse pas vraiment ?

Cette fois, j’ai senti ma gorge se serrer.

À douze ans, elle comprenait quelque chose que son père refusait de voir à trente-huit ans.

— Je ne peux pas répondre à sa place, ma chérie.

— Tu vas revenir ?

— Bien sûr.

— Tu promets ?

— Je te le promets.

Elle hésita encore.

Puis elle murmura :

— Je suis contente que tu sois partie.

J’ai froncé les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce que tu avais l’air triste depuis longtemps.

Je n’ai pas réussi à parler immédiatement.

Lily ajouta :

— Quand tu venais à la maison, tu faisais toujours quelque chose. Tu ne t’asseyais presque jamais. Même quand tu étais fatiguée, tu disais que tout allait bien.

J’ai essuyé une larme.

— Je vais essayer de faire mieux, ma chérie.

— D’accord. Je t’aime, mamie.

— Moi aussi, je t’aime.

Quand j’ai raccroché, Susan m’attendait près d’une vitrine.

Elle n’a pas posé de question.

Elle a simplement pris ma main.

Nous avons continué à marcher.

Mais quelque chose avait changé.

Je pensais à Lily.

Je pensais à la petite fille qui m’avait vue porter des sacs, cuisiner, nettoyer, conduire et sourire même lorsque j’étais épuisée.

Je me demandais depuis combien de temps elle observait tout cela.

Et surtout, je me demandais quel genre de modèle j’étais devenue pour elle.

Je voulais qu’elle sache qu’aimer sa famille ne signifiait pas disparaître pour elle.

Le troisième soir, nous sommes allées écouter de la musique.

Susan avait choisi un établissement chaleureux, avec des tables en bois et une petite scène.

Nous étions assises près du fond lorsque mon téléphone vibra.

Jason.

J’ai hésité avant de décrocher.

— Allô ?

— Maman, il faut qu’on parle.

Sa voix était tendue.

— Je t’écoute.

— Tu as vu les messages d’Amanda ?

— Non.

— Elle a dû annuler sa réunion aujourd’hui.

— Je suis désolée de l’apprendre.

— Ce n’est pas tout. Evan a dû rester à l’étude. Lily a mangé chez une amie. Tu te rends compte de la situation ?

Je regardai la scène.

Un musicien accordait sa guitare.

— Oui, Jason. Vous avez dû organiser votre journée sans moi.

— Tu aurais pu nous prévenir plus tôt.

— Je vous ai prévenus avant de partir.

— Tu aurais pu faire un effort.

J’ai fermé les yeux.

— Jason, j’ai fait des efforts pendant des années.

— Tu parles comme si nous t’avions exploitée.

Je n’ai pas répondu tout de suite.

Puis j’ai prononcé les mots que je n’avais jamais osé dire.

— Parfois, c’est exactement ce que j’ai ressenti.

Il resta silencieux.

— Tu exagères, maman.

— Peut-être que tu le penses. Mais ce que je ressens n’est pas une exagération simplement parce que cela te dérange.

— Je ne reconnais plus ma mère.

Cette phrase m’a presque fait rire.

Il ne reconnaissait plus sa mère parce qu’elle venait de passer trois jours sans lui demander ce dont il avait besoin.

— Peut-être que tu ne connaissais que la partie de moi qui disait toujours oui.

Il raccrocha.

Je posai le téléphone sur la table.

Susan me regarda.

— Ça va ?

J’ai pris mon verre d’eau.

— Je crois que oui.

Et pour la première fois, je le pensais vraiment.

À notre retour, j’ai trouvé une enveloppe glissée sous ma porte.

Elle ne portait aucune adresse d’expéditeur.

À l’intérieur se trouvait une feuille imprimée.

C’était un message qu’Amanda avait envoyé à plusieurs membres de la famille.

« Nous traversons une période difficile avec Carol. Elle semble avoir du mal à accepter que Jason ait sa propre famille et ses responsabilités. Nous faisons de notre mieux pour maintenir une relation saine avec elle, mais son comportement devient imprévisible. »

Je l’ai relu deux fois.

Puis j’ai découvert une autre phrase.