Elle retira son gilet de serveuse souillé par le vin, le laissa tomber au sol sans un regard, et déboutonna les poignets de sa chemise blanche pour les retrousser soigneusement jusqu’aux coudes.

Pierre s’avança à ses côtés, la voix adoucie par une émotion paternelle qu’il ne pouvait plus dissimuler.

« Qu’est-ce que tu veux faire, Camille ? Les fonds sont débloqués. Tu peux t’installer à Paris, à New York, confier les travaux à une équipe de cinquante ingénieurs et vivre de tes dividendes jusqu’à la fin de tes jours. »

Camille se retourna vers la carlingue sombre de l’Alcyon. Ses lignes pures défiaient l’obscurité du hangar avec l’élégance farouche d’un oiseau de tempête. Elle sentit sa jambe droite, l’ancrage mécanique du titane dans sa chair, les cicatrices invisibles de son esprit qui venaient enfin de cesser de saigner.

« Cet oiseau-là porte le nom de mon père, Pierre, » dit-elle en saisissant une clé plate de douze dans la boîte métallique. « Et personne d’autre que moi ne serrera les boulons de son premier vol. »

Antoine sourit discrètement, referma son dossier en cuir et fit un pas en arrière pour laisser le champ libre.

À travers les parois translucides du toit industriel, les premières lueurs de l’aube commençaient à teinter la nuit d’une nuance bleu cobalt, chassant les ombres du passé pour faire place nette à la lumière du jour.