« Démantèlement d’un réseau de recel nautique à Indian Lake : un couple sans scrupules tente de spolier un vétéran respecté en simulant sa démence. Gerald Whitfield réhabilité dans tous ses droits, son honneur et sa propriété. »

Le premier à venir me voir le dimanche matin fut Denny, le propriétaire de Howerin’s Marine Supply. Il gara sa camionnette près de la grille maintenant réparée et marcha vers le ponton où j’étais en train de poncer les balustrades. Il avait l’air d’un chien battu.

« Gerald… » commença-t-il, ôtant sa casquette pour la tripoter nerveusement entre ses doigts. « Je viens te demander pardon. J’ai honte. J’aurais dû savoir que Marcus racontait des conneries. J’aurais dû t’appeler directement au lieu de croire ce serpent. Si tu as besoin de quoi que ce soit pour le ponton, pour le moteur, pour la maison… c’est gratuit. Pour toujours. »

Je le regardai quelques instants, puis je lui tendis la main.

« N’en parlons plus, Denny. Les serpents savent exactement comment distiller leur venin. L’essentiel, c’est que l’antidote ait fonctionné à temps. »

Dans les jours qui suivirent, plusieurs habitants du village défilèrent à la maison. Certains pour s’excuser d’avoir douté, d’autres pour m’apporter des tartes aux pommes, des casseroles de ragoût, ou simplement pour m’aider à débarrasser la terrasse des vestiges de la fête illégale. En moins d’une semaine, la nouvelle terrasse que Marcus avait fait construire avec l’argent du crime fut entièrement démontée, planche par planche, avec l’aide des voisins. Le bois fut donné à la paroisse locale pour chauffer les personnes âgées démunies durant l’hiver suivant. À la place, j’ai replanté une double rangée d’hortensias bleus.

Quant à la petite Josie, le seul être innocent dans cette tragédie sordide, je refusai qu’elle subisse les conséquences de la folie destructrice de ses parents. Par l’intermédiaire d’Arthur Vance, je mis en place un compte d’épargne bloqué, financé sur mes propres deniers d’ancien artisan, pour garantir le paiement intégral de ses études universitaires le jour venu, avec une clause expresse interdisant formellement à Paige et Marcus d’en toucher le moindre centime sous quelque prétexte que ce soit.

Un an plus tard, le 4 Juillet revint sur Indian Lake.

Il n’y avait pas de musique tonitruante, pas de lanternes criardes en vinyle, pas de courtisans hypocrites buvant de l’alcool gratuit.

Il n’y avait que moi, assis sur mon ponton rénové, à côté d’Arthur Vance et du shérif Frank Reynolds. Une glacière remplie de travers de porc marinés et d’épis de maïs frais reposait à nos pieds. Au loin, au-dessus de la cime des arbres sombres qui bordaient le lac, les premières fusées du feu d’artifice municipal s’élevaient dans le ciel nocturne, éclatant en gerbes étincelantes d’or, de rubis et d’émeraude qui se reflétaient parfaitement sur la surface immobile de l’eau.

Je levai ma canette de bière fraîche vers les étoiles, vers cette douce lueur qui semblait danser juste au-dessus du clapotis des vagues, là où l’âme de Dorothy veillait désormais sur une paix que plus personne ne pourrait jamais nous voler.