Sur l’interphone vidéo, la silhouette élégante de Richard Vance apparut, tenant sous le bras un carton de vieux livres de contes et de partitions de musique qui appartenaient à ma mère et qu’il avait enfin fini de trier dans les archives familiales.
Mon père essuya ses mains sur son tablier et me regarda avec une tendresse infinie.
— Tu ouvres à notre ami, ma chérie ?
— Tout de suite, papa.
Je traversai le grand vestibule d’un pas léger. Mes semelles ne glissaient plus sur un marbre hostile et froid. Chaque pierre de cette maison semblait enfin respirer au rythme de notre vie retrouvée.
Avant de tourner la poignée dorée pour accueillir Richard, je m’arrêtai un instant devant le grand miroir du couloir.
Je regardai mon reflet. Je n’étais plus la silhouette apeurée qui tentait de se rendre invisible dans les recoins sombres d’une demeure étrangère. Mes yeux brillaient de la même flamme tranquille et déterminée que ceux d’Éléonore sur la photo de mon médaillon.
Je touchai l’argent tiède du pendentif posé sur mon cœur, souris à la mémoire de celle qui avait veillé sur moi depuis l’autre rive du fleuve, et ouvris grand la porte à l’air frais du matin et à la vie qui nous attendait enfin.