« Parce qu’elle ne veut peut-être pas te parler. »
Théo serra les poings.
« C’est mon affaire. »
Bernard s’approcha calmement.
« Ce qui s’est passé hier concerne aussi cette salle. »
Théo ricana.
« Encore cette histoire ? »
« Oui. »
Bernard désigna son bureau.
« Entre. Nous devons discuter. »
Dans la petite pièce, plusieurs documents étaient posés sur la table.
Bernard invita Théo à s’asseoir.
Le jeune homme resta debout.
« Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai un combat dans trois semaines. »
Bernard croisa les bras.
« Justement. »
Théo fronça les sourcils.
« Quoi ? »
L’entraîneur prit une profonde inspiration.
« J’ai informé l’organisation sportive de l’incident. »
Le visage de Théo changea immédiatement.
« Tu as fait quoi ? »
« J’ai signalé ce qui s’est passé. »
« Tu es complètement fou ? »
Bernard resta calme.
« Quatre personnes ont été témoins de ton comportement envers Élodie. »
Théo frappa la table.
« C’était une dispute privée ! »
« Non. Elle avait lieu dans cette salle. Et tu l’as empêchée de partir librement. »
« Elle exagère toujours ! »
Bernard le regarda avec tristesse.
« Tu ne comprends toujours pas. »
Théo se rapprocha.
« Tu vas détruire ma carrière pour une histoire de couple ? »
Bernard secoua la tête.
« Je refuse de faire semblant que rien ne s’est passé simplement parce que tu gagnes des combats. »
Le jeune homme resta figé.
Bernard poursuivit :
« Ton prochain combat est suspendu dans l’attente d’une décision des organisateurs. Et tu ne participeras plus aux entraînements collectifs tant que nous n’aurons pas examiné ton comportement. »
Théo eut l’impression que le sol disparaissait sous ses pieds.
« Tu ne peux pas faire ça. »
« Si. »
« Après tout ce que j’ai fait pour cette salle ? »
Bernard répondit doucement :
« Tu as remporté des victoires. Mais aucune victoire ne te donne le droit d’humilier quelqu’un. »
Théo le fixa.
Puis il éclata :
« Tout ça, c’est à cause de Jean Moreau ! »
Bernard secoua la tête.
« Non. Jean n’a demandé aucune sanction. »
« Alors pourquoi tu fais ça ? »
L’entraîneur se leva.
« Parce que j’aurais dû intervenir bien avant. »
Théo resta silencieux.
Bernard poursuivit :
« J’ai vu ton comportement changer. J’ai entendu certaines remarques. J’ai remarqué ta manière de traiter les jeunes combattants. »
Il baissa les yeux.
« Mais tu gagnais. Alors je me suis convaincu que ce n’était pas si grave. »
Théo regarda la porte.
Pour la première fois, il ne trouvait aucun argument.
Bernard termina :
« J’ai manqué à mon devoir d’entraîneur. Et maintenant, je dois réparer ce qui peut l’être. »
Théo ramassa son sac.
Il quitta le bureau sans un mot.
Mais à l’extérieur, sa colère céda progressivement la place à quelque chose qu’il connaissait mal.
La peur.
Pendant ce temps, Élodie se réveillait dans son ancienne chambre.
Jean avait préparé du café et des tartines.
La jeune femme descendit lentement.
Elle portait toujours son grand sweat beige.
Son visage était fatigué.
Jean posa une tasse devant elle.
« Tu as dormi ? »
« Un peu. »
Il acquiesça.
« Tu veux qu’on parle de ce que tu souhaites faire ? »
Élodie regarda son père.
« Je ne veux plus retourner chez Théo. »
Jean hocha la tête.
« D’accord. »
Elle sembla surprise.
« Tu ne vas pas essayer de me convaincre de quoi que ce soit ? »
« Non. »
« Même si je change d’avis ? »
Jean réfléchit.
« Je te dirai toujours ce que je pense. Mais je ne déciderai jamais à ta place. »
Élodie posa sa tasse.
« Je crois que je dois reprendre mon indépendance. »
Jean sourit.
« Alors nous allons t’aider à le faire. »
Elle réfléchit quelques secondes.
« Papa, est-ce que tu pourrais m’accompagner pour récupérer mes affaires ? »
« Nous pouvons organiser cela avec des personnes de confiance, dans de bonnes conditions. Tu n’auras pas à y aller seule. »
Elle acquiesça avec soulagement.
Jean ajouta :
« Et je pense que tu devrais parler à quelqu’un qui connaît bien ce genre de situation. »
Élodie fronça les sourcils.
« Un psychologue ? »
« Si tu le souhaites. Ou une association d’accompagnement. Quelqu’un qui pourra t’aider à retrouver tes repères. »
Elle baissa les yeux.
« Tu crois que j’en ai besoin ? »
Jean répondit doucement :
« Tu as traversé quelque chose de difficile. Demander de l’aide n’enlève rien à ton courage. »
Élodie resta silencieuse.
Puis elle murmura :
« D’accord. »
Les semaines suivantes furent éprouvantes.
Élodie commença un accompagnement psychologique.
Elle reprit contact avec plusieurs amies dont elle s’était éloignée.
Elle retourna progressivement au travail.
Certains jours, elle se sentait forte.
D’autres, elle pleurait sans raison apparente.
Elle regrettait parfois Théo.
Ou plutôt, elle regrettait l’homme qu’elle avait cru connaître.
Le garçon attentionné des premiers mois.
Celui qui lui apportait des fleurs.
Celui qui la faisait rire.
Celui qui promettait de toujours la protéger.
Mais chaque fois que cette nostalgie apparaissait, elle repensait à son visage dans la salle de MMA.
À son sourire arrogant.
À sa manière de l’empêcher de partir.
Et elle comprenait qu’aimer quelqu’un ne suffisait pas à rendre une relation saine.
Un soir, elle retrouva son père dans le jardin.
Jean taillait un olivier.
Élodie s’assit près de lui.
” Papa? “
« Oui ? »
« Tu crois que Théo peut changer ? »
Jean posa son outil.
Il réfléchit longuement.
« Je crois qu’un être humain peut apprendre. »
Elle leva les yeux.
« Alors peut-être que… »
Jean l’interrompit doucement.
« Mais tu n’es pas obligée de rester auprès de quelqu’un en attendant qu’il change. »
Élodie baissa la tête.
Jean poursuivit :