« Repartir où ? »

« À l’armée. »

Jean sentit sa poitrine se serrer.

Élodie baissa la tête.

« Maintenant que maman n’est plus là… »

Il se leva aussitôt.

Puis il prit sa fille dans ses bras.

« Écoute-moi bien. »

Elle pleurait silencieusement.

« Je ne t’abandonnerai pas. »

« Promis ? »

Jean ferma les yeux.

« Promis. »

Peu après, il entreprit les démarches pour terminer sa carrière militaire.

Il avait servi pendant des décennies.

Il avait accompli son devoir.

Désormais, il voulait consacrer le reste de sa vie à sa fille.

Les années passèrent.

Élodie termina ses études.

Elle trouva un emploi dans une agence de communication à Marseille.

Elle était intelligente, sensible et volontaire.

Mais elle avait aussi tendance à chercher le meilleur chez les autres, même lorsqu’ils ne le méritaient pas.

C’est ainsi qu’elle rencontra Théo Laurent.

Le jeune homme était alors en pleine ascension sportive.

Il venait de remporter un important tournoi régional de MMA.

Son visage apparaissait régulièrement sur les réseaux sociaux.

Il était admiré pour sa puissance et son agressivité dans la cage.

Lorsqu’il rencontrait des supporters, il savait être charmant.

Lorsqu’une caméra était braquée sur lui, il affichait un sourire irrésistible.

Élodie le rencontra lors d’un événement caritatif organisé pour soutenir des associations sportives.

Théo s’approcha d’elle pendant qu’elle préparait les derniers détails de la réception.

« Tu travailles ici ? »

Elle sourit.

« Oui. Je m’occupe de l’organisation. »

« Alors c’est toi que je dois remercier pour cette soirée ? »

Élodie rit.

« Pas seulement moi. Toute une équipe. »

Théo la regarda longuement.

« Tu es différente des filles que je rencontre habituellement. »

Elle rougit.

Quelques jours plus tard, il l’invita à dîner.

Il se montra attentionné.

L’écouta parler de son travail.

Lui raconta son enfance difficile.

Il expliqua qu’il avait grandi avec un père autoritaire qui ne le félicitait jamais.

« Chez moi, il fallait toujours être le meilleur », confia-t-il.

Élodie ressentit de la compassion.

Elle pensait comprendre la dureté qu’il dissimulait derrière ses muscles et ses victoires.

Au fil des semaines, ils tombèrent amoureux.

Du moins, c’est ce qu’Élodie croyait.

La première rencontre entre Jean et Théo eut lieu un dimanche midi.

Élodie avait invité son compagnon à déjeuner chez son père.

Jean préparait une daube provençale.

Théo arriva avec une bouteille de vin et un bouquet de fleurs.

Il serra la main de Jean.

Un peu trop fort.

Jean remarqua immédiatement ce geste.

Mais il ne réagit pas.

« Enchanté, monsieur Moreau. »

« Jean suffira. »

Pendant le repas, Théo parla longuement de ses combats.

De ses entraînements.

De ses victoires.

Puis il demanda :

« Élodie m’a dit que vous étiez militaire. »

Jean acquiesça.

« Autrefois. »

« Vous avez fait du combat rapproché ? »

« Un peu. »

Théo sourit.

« Il faudra qu’on fasse un entraînement ensemble. »

Jean posa tranquillement son verre.

« Je préfère laisser le combat aux professionnels comme toi. »

Théo éclata de rire.

« Vous avez raison. À votre âge, il faut faire attention. »

Élodie sentit une légère gêne.

Mais Jean ne semblait pas contrarié.

Il changea simplement de sujet.

Après le déjeuner, pendant que Théo téléphonait dans le jardin, Élodie rejoignit son père dans la cuisine.

« Alors ? Tu en penses quoi ? »

Jean réfléchit.

« Il est ambitieux. »

Elle sourit.

« Oui. »

« Il semble beaucoup tenir à sa réussite. »

« C’est normal, papa. C’est un sportif professionnel. »

Jean acquiesça.

Puis il demanda :

« Est-ce qu’il te traite bien ? »

Élodie parut surprise.

« Bien sûr. Pourquoi ? »

« Parce que c’est la seule chose qui m’intéresse vraiment. »

Elle l’embrassa sur la joue.

« Ne t’inquiète pas. Je suis heureuse. »

Jean sourit.

Mais quelque chose, dans le comportement du jeune homme, continuait de le préoccuper.

Au début, leur relation se déroula sans difficulté.

Théo était attentionné.

Il offrait des cadeaux à Élodie.

L’emmenait au restaurant.

Lui présentait ses amis.

Il lui parlait de leur avenir commun.

Puis, progressivement, son attitude changea.

Il commença à critiquer ses vêtements.

« Tu ne vas pas sortir habillée comme ça ? »

Puis ses amis.

« Cette fille a une mauvaise influence sur toi. »

Ensuite, ses horaires de travail.

« Pourquoi tu rentres si tard ? »

Élodie tentait de le rassurer.

Mais plus elle faisait d’efforts, plus Théo semblait exigeant.

Lorsqu’elle recevait un message, il demandait immédiatement qui lui écrivait.

Quand elle allait voir son père, il lui reprochait de passer trop de temps avec lui.

« Tu as vingt-quatre ans, Élodie. Tu n’es plus une petite fille. »

Elle essayait de lui expliquer qu’elle aimait simplement rendre visite à Jean.

Théo répondait :

« Ton père ne m’aime pas. »

« Ce n’est pas vrai. »

« Arrête de me mentir. »

Les disputes devinrent fréquentes.

Puis les excuses.

Puis les cadeaux.

Un cycle qu’Élodie ne comprenait pas encore.

Elle se persuadait que Théo était stressé par sa carrière.

Que la pression des compétitions expliquait ses réactions.

Que l’homme tendre du début finirait par revenir.

Mais un soir, après une dispute au sujet d’un appel téléphonique, Théo la saisit brutalement par le bras.

Élodie eut peur.

Il la relâcha rapidement.

Puis il s’excusa.

« Je ne sais pas ce qui m’a pris. »

Elle voulut le croire.

Quelques jours plus tard, un nouvel incident survint.

Cette fois, Élodie décida de prendre ses distances.

Théo refusa d’accepter sa décision.

Et c’est ainsi qu’elle se retrouva, un vendredi après-midi, dans la salle de MMA de Marseille.

Un endroit où Théo se sentait tout-puissant.

Un endroit où tout le monde admirait sa force.

Un endroit où il pensait pouvoir intimider n’importe qui.

Mais il ignorait encore que Jean Moreau venait de recevoir un appel de sa fille.

Et que le vieil homme était déjà en route.