Il portait un pantalon de costume noir et une simple chemise blanche ouverte, les manches retroussées sur ses avant-bras tatoués. Dans chaque main, il tenait un pistolet semi-automatique noir mat. Son visage n’exprimait aucune panique. C’était le masque de la mort personnifiée, froid, implacable, terrifiant.
« Derrière moi, Emma ! » ordonna-t-il d’une voix de tonnerre.
Je m’aplatis contre le mur, glissant au sol avec Luca recroquevillé sous mon corps.
Damian sortit de l’angle à découvert.
Les tirs éclatèrent dans une cacophonie assourdissante. Les plâtres du mur au-dessus de nous volèrent en éclats sous les impacts ennemis, mais Damian ne recula pas d’un pouce. Avec une précision chirurgicale effrayante, il pressa la détente à quatre reprises. Deux détonations sèches, régulières, impeccables.
Les deux assaillants s’effondrèrent lourdement sur les marches de chêne, leurs armes glissant dans leur propre sang.
Damian se tourna immédiatement vers nous, les yeux brûlants d’une rage volcanique. Il s’accroupit, posant une main ferme sur la nuque de Luca, vérifiant qu’il était indemne, avant de planter ses yeux dans les miens.
« Ils ont coupé le générateur principal et pris d’assaut la grille nord avec des véhicules blindés, dit-il, les narines palpitantes. Marco et mes hommes tiennent le hall d’entrée, mais ils sont au moins vingt. C’est l’escouade personnelle de Moretti. Lorenzo est là en personne. Il est venu finir le travail. »
« Il y a une issue ? » demandai-je, la voix étranglée par l’adrénaline.
« La chambre forte du sous-sol. Les murs font un mètre de béton armé et la porte est en acier blindé avec temporisation biométrique. Une fois à l’intérieur, une division entière de chars ne pourrait pas vous atteindre. Je vous y emmène. »
« Et vous ? »
Ses yeux d’onyx se rétrécirent. « Je ne me cache pas dans mon propre domaine pendant que des hyènes massacrent mes hommes. Je vais purger cette maison. »
Il nous guida à travers l’escalier de service dérobé, dissimulé derrière une fausse boiserie de la bibliothèque. Nous descendîmes les marches en colimaçon dans l’obscurité presque totale, guidés uniquement par le faisceau court d’une torche tactique qu’il tenait sous le canon de son arme. En bas, le silence régnait, seulement troublé par les échos lointains et sourds des échanges de tirs qui ravageaient les étages supérieurs.
Nous arrivâmes devant la porte blindée de la chambre forte, encastrée dans le roc brut des fondations.
Damian posa sa paume sur le lecteur d’empreintes numériques. Un bip aigu retentit, suivi du lourd déclic hydraulique des pênes d’acier qui se rétractaient. La porte s’ouvrit avec la fluidité d’un coffre de banque suisse.
« Entrez, dit-il en poussant doucement Luca à l’intérieur. Il y a de l’eau, de l’oxygène pour soixante-douze heures et une liaison satellite directe avec les forces fédérales si nécessaire. Ne touchez à rien d’autre. »
Luca leva les yeux vers son père, les larmes coulant silencieusement sur ses petites joues pâles. « Papa… ne pars pas. Ne les laisse pas te faire du mal. »
Damian s’agenouilla à la hauteur de son fils. Pour la première fois depuis que je le connaissais, une fissure apparut dans son armure d’invulnérabilité. Il prit le visage de l’enfant dans ses grandes mains et colla son front contre le sien.
« Écoute-moi bien, Luca. Personne sur cette terre ne peut m’enlever à toi. Tu m’entends ? Rien ni personne. Reste avec Emma. Elle a déjà donné son sang pour toi une fois. Tu lui obéis, tu ne la lâches pas. Je reviens vous chercher dès que le soleil se lèvera. »
Luca hocha la tête dans un sanglot étouffé.
Damian se redressa et me regarda. L’intensité de son regard me coupa littéralement le souffle. Il s’approcha, sa main venant se poser sur le côté de ma gorge, son pouce frôlant la ligne de ma mâchoire avec une douceur déchirante.
« Si je ne redescends pas avant l’aube, murmura-t-il d’une voix rauque, tapez le code 9-0-4-2 sur la console rouge. Cela activera le protocole d’extraction privée par tunnel vers la rive du lac. Une vedette rapide vous attendra. L’argent sur votre compte est sécurisé en Suisse. Prenez mon fils, quittez ce pays, et élevez-le loin de ce monde de monstres. Faites de lui un homme bon. »
« Damian, non… vous allez remonter vivant, protestai-je, sentant des larmes brûlantes monter à mes yeux sans pouvoir les retenir. Ne parlez pas comme si vous alliez mourir. »
Un sourire sauvage, magnifique et sombre, étira ses lèvres.
« Je n’ai pas l’intention de mourir ce soir, Emma. Pas maintenant que j’ai trouvé une raison de faire de ce monde un endroit digne de vous deux. »
Avant que je ne puisse répondre, il pressa ses lèvres contre les miennes.
C’était un baiser bref, violent d’urgence, chargé d’une promesse brute, sauvage, désespérée. Le goût de la poudre et de la pluie sur sa peau s’imprima en moi pour toujours. Puis, il rompit le contact, recula d’un pas et appuya sur le bouton de fermeture extérieur.
« Non ! » criai-je en avançant vers le seuil.
Le battant d’acier massif claqua avec la lourdeur d’un verdict sans appel. Les verrous s’enclenchèrent l’un après l’autre dans une série de détonations mécaniques étouffées.
Nous étions enfermés. En sécurité, coupés du monde.
Les minutes qui suivirent furent une torture sans nom.
Dans cette pièce insonorisée, aucun bruit ne filtrait. Aucun cri, aucune détonation. Seulement le souffle court de Luca, pelotonné contre moi sur une banquette de velours, et le bourdonnement discret de la ventilation de secours. J’avais les yeux rivés sur le chronomètre numérique mural.
Trois heures du matin.
Trois heures et demie.
Quatre heures.
Chaque seconde étirait mon angoisse jusqu’au supplice. Mon esprit me torturait avec des visions cauchemardesques : Damian gisant sur le marbre sanglant de sa propre maison, criblé de balles, pendant que les monstres de Moretti fouillaient les gravats. Je serrais Luca si fort contre ma poitrine que je sentais les battements paniqués de son petit cœur contre mes côtes cicatrisées.
Cinq heures et quart.