Je me tenais debout près de la porte, m’apprêtant à me retirer discrètement pour les laisser en privé, lorsqu’une voix m’interpella.

— Sophie.

Je me suis retournée. Luca se tenait là, sans sa veste de costume, les manches retroussées, l’air fatigué mais profondément reconnaissant. Il s’est approché de moi, marquant un temps d’arrêt.

— Je sais que tu n’étais censée faire que le ménage et servir le thé, a-t-il dit doucement, loin de l’homme de pouvoir menacier de tout à l’heure. Mais ce soir, tu as sauvé la vie de cet enfant… et indirectement, la mienne.

— Je n’ai fait que ce qui était juste, M. Moretti, ai-je répondu modestement en baissant les yeux.

Il a esquissé un léger sourire, un sourire fatigué mais sincère.
— À partir de ce soir, les choses vont changer ici. Tu ne seras plus simple femme de chambre, Sophie, à moins que tu ne le souhaites. Et pour tes dettes, ton loyer, et l’opération de ta mère… ne t’en fais plus jamais. Les Moretti n’oublient jamais ceux qui leur sont loyaux.

J’ai senti une larme de soulagement perler au coin de mon œil. J’ai hoché la tête, incapable de prononcer un seul mot de plus.

À travers la grande fenêtre du salon, la pluie s’était enfin calmée, laissant place à une nuit claire au-dessus de Chicago. L’empire Moretti avait vacillé, ses plus sombres secrets avaient éclaté au grand jour, mais au milieu des décombres, la vérité avait triomphé.