Adrian esquissa un sourire narquois, mais ses yeux trahissaient une rage accumulée pendant des décennies.
— Détruire ? Non, Luca. Je ne fais que réclamer ce qui m’a été volé. Notre père a bâti cet empire sur le sang et les mensonges. Il m’a effacé de l’histoire familiale comme si je n’avais jamais existé sous prétexte que j’étais né du mauvais côté de son lit. Mais le vent a tourné.

Vanessa, en pleurs, s’effondra presque contre le buffet en marbre, se prenant la tête dans les mains.
— Adrian, non… ce n’était pas le plan ! Tu avais promis qu’on éliminerait Thomas, pas qu’on en arriverait là !

— Le plan a changé dès que ce gamin a décidé de jouer les héros avec sa vieille montre en argent, rétorqua Adrian d’une voix glaciale en jetant un regard méprisant vers le petit Noah.

Je serrai le petit garçon un peu plus fort contre moi, sentant ses petits poings serrés trembler de toutes ses forces. Il était terrifié, mais ses yeux restaient fixés sur Luca, comme s’il savait que le chef de la mafia était leur unique bouée de sauvetage.

— Daniel, prononça Luca sans quitter Adrian des yeux.

Le chef de la sécurité sursauta, le visage blafard.
— B-Boss ?

— Tu as laissé entrer le loup dans la bergerie. Tu as laissé cet homme et Vanessa orchestrer l’élimination de Thomas Reed, l’homme qui m’a sauvé la vie à deux reprises.

Daniel fit un pas en avant, les mains levées, implorant presque la clémence.
— Boss, écoutez-moi ! Ils me tenaient par la gorge… Ils ont menacé ma famille ! Adrian a infiltré le cercle fermé des marchés noirs de Chicago, il avait des leviers sur nous tous…

— Tu as trahi le serment des Moretti pour une poignée de dollars et de fausses promesses, coupa Luca d’un ton sec.

D’un geste précis, Luca sortit son arme avec une fluidité déconcertante. Le cliquetis métallique de la culasse résonna comme un coup de tonnerre. Plusieurs invités poussèrent des cris d’effroi et reculèrent en désordre, renversant des chaises et des flûtes de champagne.

— Ne bougez pas d’un centimètre, ordonna Luca aux gardes du corps restés fidèles qui venaient de pointer leurs armes vers Daniel et Adrian.

Adrian, loin de paniquer, glissa ses mains dans les poches de son veston, affichant un calme olympien.
— Tu peux me tuer, Luca. Tu peux vider ton chargeur dans ma poitrine. Mais tu ne sauveras pas Thomas. À l’heure qu’il est, la camionnette garée à l’entrée est-est sur le point de s’emballer… et disons que l’oxygène y est compté.

Le sang de Luca ne fit qu’un tour.
— Où est-il ?

— Dans le coffre du véhicule, au bout de l’allée des cyprès, répondit Adrian avec un sourire mauvais. Vivant… pour l’instant.

Sans hésiter une seule seconde, Luca pivota vers moi.
— Sophie. Emmène Noah dans le bureau de sécurité blindé. Ne sortez sous aucun prétexte.

— Mais, M. Moretti…

— Fais ce que je dis ! rugit-il, la rage peinte sur les traits.

Je n’ai pas cherché à discuter. J’ai attrapé Noah dans mes bras, l’ai soulevé malgré sa résistance et me suis élancée à toute vitesse vers le couloir dérobé menant aux quartiers du personnel, loin du chaos de la salle à manger. Derrière nous, les éclats de voix se sont transformés en une détonation sourde. Quelqu’un venait de tirer.

Le cœur battant à tout rompre, j’ai verrouillé la porte blindée du bureau de sécurité, plaquant le petit Noah contre moi sous le bureau, tandis que les bruits de tirs assourdis résonnaient à travers les murs épais du manoir.

Dans la salle à manger, la confrontation avait atteint son paroxysme.

Luca, le visage crispé par la colère, tenait Adrian en joue, tandis que ses hommes avaient neutralisé Daniel et les complices d’Adrian. Vanessa était recroquevillée sur le sol, sanglotant de terreur.

— C’est terminé, Adrian, cracha Luca en s’approchant lentement. Vingt-neuf ans de mensonges s’arrêtent ce soir.

— Tu crois avoir gagné ? cracha Adrian en toussotant, un sourire sanglant aux coins des lèvres alors qu’un des gardes loyaux venait de le plaquer contre la table des fiançailles. Tu crois que les Moretti sont intouchables ? Regarde autour de toi. Ton propre empire est pourri de l’intérieur.

Luca ne cligna même pas des yeux.
— Mon empire se purgera ce soir.

D’un signe de tête sec, il ordonna à ses hommes d’embarquer Adrian, Daniel et Vanessa.

Mais Luca n’attendit pas les geôles. Accompagné de ses plus fidèles lieutenants, il s’élança sous la pluie battante en direction de la fameuse camionnette noire garée près du portail est. La pluie cinglait son visage, mais il n’y prêtait aucune attention.

Arrivé au véhicule, il tira son arme et pulvérisa le cadenas des portes arrière d’une balle bien placée. Il ouvrit brutalement les portes battantes.

À l’intérieur, ligoté, bâillonné, le visage tuméfié mais respirant encore faiblement, gisait Thomas Reed.

— Thomas ! s’écria Luca en se jetant à genoux pour libérer son fidèle conseiller.

Thomas ouvrit péniblement les yeux, croisa le regard de Luca, et dans un souffle rauque, réussit à articuler :
— Le… le gamin… il est en sécurité ?

Luca sentit une vague d’émotion rare submerger sa carrure de mafieux impitoyable. Il posa une main ferme sur l’épaule de son ami de longue date.
— Il est avec Sophie. En sécurité. Et toi, tu rentres à la maison.

Une heure plus tard, le calme était revenu sur le domaine Moretti, bien que l’atmosphère fût à jamais changée. Les invités étaient partis, exfiltrés sous escorte, et les forces de l’ordre, corrompues ou non, avaient été tenues à l’écart par le réseau impénétrable de la famille.

Dans le grand salon, le feu crépitait dans la cheminée en marbre.

Thomas Reed, bien que blessé, était assis sur un fauteuil, enveloppé dans une couverture chaude. Le petit Noah était blotti contre lui, endormi, épuisé par tant d’émotions, sa petite main serrant toujours la montre en argent devenue le symbole de leur salut.