Seul un homme se tenait debout à côté de lui.

L’homme retira son chapeau et son imperméable étanche. Quand la lumière de la lanterne éclaira son visage, je poussai un cri de stupeur retenu.

Ce n’était pas un inconnu.

C’était le Dr Vance. L’homme qui m’avait appelée pour m’annoncer la mort de mon père. Mais pire encore, je reconnus les traits de son visage. C’était l’ancien associé de recherche de mon père chez ValenCorp, l’homme que mon père accusait dans ses journaux intimes d’avoir vendu son âme au plus offrant.

« Bonsoir, Judith. Bonsoir, Robert, » dit Vance d’une voix posée, presque courtoise, tout en manipulant un scalpel étincelant entre ses doigts gantés. « Je vois que vous êtes de bons enfants. Vous êtes à l’heure. »

« Où sont tes hommes ? » demanda Robert en avançant prudemment, les poings serrés.

« Mes hommes ? Ah, ceux qui vous suivaient ? Disons qu’ils ont manqué de professionnalisme en se laissant éliminer par une femme effrayée, » sourit Vance avec un dédain méprisant. « Je suis seul ici. Mais je suis largement suffisant. »

Il fit glisser la lame de son scalpel le long du cou de mon père. Une fine ligne de sang apparut sur la peau flétrie du vieil homme.

« Le dossier rouge, Judith. Pose-le sur le sol et recule. Sinon, je coupe l’artère carotide de votre cher papa avant même que vous n’ayez le temps d’élever votre arme. »

Je m’avançai lentement, le cœur au bord des lèvres.

« Laisse-le repartir avec nous, Vance, » dis-je en essayant de stabiliser ma voix. « Tu as gagné. Le dossier est là. Tout y est : les formules, les noms des décideurs, les rapports d’essais. Prends-le et laisse-nous disparaître. »

« Disparaître ? » Vance éclata d’un rire froid et cynique qui résonna dans la cage d’escalier en colimaçon du phare. « Ma chère Judith… Vous en savez beaucoup trop. Vous avez ouvert la clé USB. Vous avez lu les fichiers. Vous croyez vraiment que ValenCorp va vous laisser vivre confortablement après ça ? »

Il leva son main gauche. Dans l’ombre derrière les escaliers, deux autres silhouettes armées émergèrent, fusils d’assaut braqués sur nous.

C’était un piège depuis le début. Ils n’avaient jamais eu l’intention de nous laisser sortir vivants de ce phare.

Chapitre 6 : Le Sacrifice et la Vérité
« Robert ! Maintenant ! » hurlai-je.

Au même instant, je tirai le revolver de mon manteau et visai non pas Vance, mais la lanterne posée au sol.

BANG !

La balle fit exploser le réservoir d’huile de la lanterne. Une flammèche instantanée jaillit, enflammant le carburant répandu sur le sol en bois sec et poussiéreux. Une vague de feu et de fumée noire s’éleva subitement entre les mercenaires et nous, créant une barrière visuelle et thermique instable.

Les tirs de fusils d’assaut retentirent immédiatement, crépitant sauvagement dans la pièce circulaire. Les balles ricochèrent contre les murs de pierre et les structures en fer.

Robert se jeta héroïquement sur le premier mercenaire, le plaquant au sol dans un choc brutal. Ils roulèrent tous deux dans les flammes naissantes.

Je me précipitai vers mon père. Vance, aveuglé par la fumée et surpris par l’explosion, tenta de me porter un coup de scalpel au visage. Je l’esquivai de justesse, attrapai une barre de fer rouillée qui traînait par terre et lui assénai un coup violent en pleine poitrine.

Vance s’effondra en arrière avec un râle de douleur, lâchant son arme blanche.

« Papa ! Papa, réveille-toi ! » criai-je en coupant ses liens avec le scalpel abandonné.

Thomas Holloway ouvrit péniblement les yeux. Il me regarda, la vision floue, avant de reconnaître mon visage.

« Judith… » murmura-t-il dans un souffle. « La fiolle… La troisième fiole… »

« Quoi ? De quoi tu parles ?! »

« Vance s’est injecté une dose stabilisée de Lazarus-9 il y a dix ans… Il est quasiment insensible à la douleur physique… Il ne s’arrêtera pas… »

Avant que je ne puisse réagir, une main puissante et glaciale me saisit par les cheveux et me plaqua violemment contre le mur de pierre. C’était Vance. Malgré le coup terrible qu’il avait reçu, son visage ne traduisait aucune souffrance, seulement une rage démoniaque.

« Petite imbécile ! » cracha-t-il en me serrant la gorge de sa main libre. « Tu croyais pouvoir me détruire avec un morceau de fer ? Je suis l’aboutissement du projet Lazarus ! Je suis immortel ! »

Je sentais l’air manquer dans mes poumons. Mes yeux commençaient à se voiler de noir. Ma main droite fouilla frénétiquement dans la poche de mon manteau et finit par agripper le boîtier en plastique.

Je sortis la troisième fiole – celle que mon père avait désignée dans son mot.

C’était le concentré pur et non dilué de Lazarus-9. Une dose létale massive capable de provoquer un arrêt cardiaque immédiat par surstimulation cellulaire.

D’un mouvement désespéré, j’enfonçai l’aiguille de la seringue intégrée à la fiole directement dans le cou de Vance.

J’enfonçai le piston à fond.

Vance s’immobilisa instantanément. Ses yeux s’agrandirent de terreur. Le liquide bleu s’infiltra dans ses veines, devenant visible sous sa peau pâle en formant un réseau de lignes sombres et noirâtres qui se propageaient à une vitesse folle vers son visage.

« Non… Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu as fait ?! » hoqueta-t-il.

Il me lâcha. Il porta ses mains à sa gorge, suffoquant, alors que ses muscles se contractaient dans des spasmes incontrôlables. Il essaya de faire un pas en arrière, mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Ses fonctions vitales s’effondraient une à une sous l’impact du poison pur.

Il s’effondra lourdement sur le sol, les yeux grand ouverts, figé dans un masque de terreur éternelle.

Pendant ce temps, Robert avait réussi à désarmer le second mercenaire en le projetant contre l’escalier en colimaçon. Le troisième agresseur, voyant son chef mort et le brasier prendre de l’ampleur dans le phare, prit la fuite par la porte extérieure, s’évanouissant dans la nuit et la tempête.