Grâce à la clé en ma possession et aux fausses procurations rédigées par mon père avant sa capture, j’eus accès à la salle des coffres en moins de dix minutes. Mes mains tremblaient tellement que j’eus du mal à insérer la clé dans la serrure du coffre numéro 408.
Lorsque la porte en acier s’ouvrit, je découvris un épais dossier en cuir rouge estampillé du sceau de ValenCorp, ainsi qu’un petit boîtier en plastique transparent contenant trois fioles remplies d’un liquide bleu fluorescent.
À côté des fioles se trouvait un mot manuscrit de mon père :> “Judith, Robert. Si vous lisez ceci, c’est que le temps m’a rattrapé. Ne donnez jamais le dossier original. Les fioles contiennent l’antidote et le poison de Lazarus. Utilisez la troisième fiole si vous n’avez plus aucun choix. Que Dieu vous protège.”
Je pris le dossier rouge et le boîtier, puis je ressortis en courant vers le véhicule.
Robert m’attendait, le moteur tournant.
« On a le dossier, » dis-je en montant à bord. « Maintenant, direction le phare. »
« Il y a un problème, » dit Robert en pointant du doigt le rétroviseur central.
Derrière nous, à cinquante mètres, une berline noire aux vitres teintées venait de démarrer dès notre sortie de la banque. La même voiture que j’avais vue quitter la maison de mon père le dimanche soir.
Ils nous suivaient.
Chapitre 4 : La Course Contre la Mort
« Attache ta ceinture, » ordonna Robert.
Il écrasa l’accélérateur. Le SUV bondit en avant, le moteur rugissant dans les rues détrempées de la ville.
La berline noire prit immédiatement en chasse notre véhicule, fendant le trafic urbain avec une agressivité redoutable. Les essuie-glaces balayaient furieusement le pare-brise alors que la tempête s’intensifiait. Les éclairs déchiraient le ciel devenu noir comme de l’encre.
« Robert, tourne à droite ! » criai-je en observant la carte GPS. « Prends la route de la falaise, c’est plus étroit, ils auront plus de mal à nous doubler ! »
Robert braqua le volant. Les pneus crissèrent sur l’asphalte mouillé. La berline derrière nous ne lâcha rien. Au contraire, elle accéléra et vint percuter violemment notre pare-chocs arrière.
La secousse fut terrible. L’ordinateur portable valdingua sur le plancher.
« Ils veulent nous faire sortir de la route ! » hurla Robert en luttant pour maintenir la trajectoire du véhicule.
Un deuxième impact, plus violent encore, survint par le côté gauche. La berline essayait de nous pousser vers le ravin qui longeait la route de la côte. En contrebas, cinquante mètres plus bas, les vagues furieuses de l’océan se brisaient contre les rochers acérés.
« Judith ! Dans la boîte à gants ! » cria Robert. « Papa gardait toujours un vieux revolver de service quand il voyageait ! Regarde si la arme y est ! »
Je me précipitai sur le compartiment passager. Je l’ouvris d’un coup sec. En dessous de papiers d’assurance périmés, je trouvai un revolver Smith & Wesson calibre .38, lourd et froid. Il était chargé.
« Je n’ai jamais tiré de ma vie ! » m’écriai-je, paniquée.
« Tu n’as pas besoin de viser l’homme ! Vise les pneus ! »
Je baissai la vitre latérale. Le vent glacial et la pluie cinglante me fouettèrent le visage. À seulement deux mètres de nous, la berline noire s’apprêtait à nous donner le coup de grâce pour nous projeter dans le vide. À travers la vitre teintée du véhicule ennemi, j’aperçus le visage impassible d’un homme au regard vide, les mains agrippées au volant.
Je braquai le revolver vers la roue avant droite de la berline. Je fermai à demi les yeux, retins mon souffle et pressai la détente.
BANG !
Le recul de l’arme manqua de me faire lâcher le revolver. La balle rata sa cible et s’encastra dans la portière.
« Recommence ! » cria Robert.
Je tirai une deuxième fois, puis une troisième.
La troisième balle fit éclater le pneumatique avant du véhicule agresseur. Le pneu explosa dans un bruit de décompression violent. La berline noire perdit instantanément le contrôle, partit en tête-à-queue sur l’asphalte glissant, percuta la barrière de sécurité dans un feu d’artifice d’étincelles avant de s’immobiliser en travers de la route, le moteur en fumée.
Robert n’hésita pas une seconde. Il enfonça l’accélérateur et distança définitivement la menace.
Nous étions vivants. Mais le plus dur restait à faire.
Chapitre 5 : Le Phare de la Pointe Nord
La silhouette sombre du vieux phare abandonné s’élevait comme un spectre noir sur l’éperon rocheux de la pointe nord. Désaffecté depuis des décennies, l’édifice essuyait les rafales d’un vent violent qui faisait gémir les structures métalliques rouillées.
Il nous restait exactement quatre minutes avant l’échéance fixée par les ravisseurs.
Robert gaza le moteur et coupa les phares du SUV à cent mètres du bâtiment pour ne pas être repérés trop tôt. Nous descendîmes du véhicule dans un silence religieux, trempés jusqu’aux os en quelques secondes par la pluie battante.
Je tenais le dossier cuir rouge sous mon manteau imperméable et le revolver de mon père dans ma main droite. Dans ma poche se trouvait le boîtier contenant les trois fioles de Lazarus.
« Écoute-moi bien, » chuchota Robert en se plaçant à côté de moi près de la porte d’entrée délabrée de la tour. « On ne sait pas combien ils sont à l’intérieur. Dès qu’on entre, je fais diversion. Tu récupères papa et tu cours vers le voiture. »
« Pas question que je te laisse seul avec eux ! » protestai-je.
« Judith, c’est toi qui as les cartes en main avec ce dossier ! Sans toi et ces documents, papa est mort de toute façon. Fais-moi confiance. »
Il ne m’attendit pas. Robert poussa la lourde porte en fer forgé. Elle s’ouvrit dans un grincement strident.
Nous pénétrâmes dans la salle circulaire de la base du phare. L’endroit puait le moisi, le sel et la rouille. Au centre de la pièce, éclairé par une unique lanterne posée au sol, mon père était toujours attaché à sa chaise, inconscient, la tête pendante sur sa poitrine.