Emily releva la tête, les yeux brillants de larmes et d’indignation.

« Vous n’avez pas fait appel à une mère porteuse ! Vous avez acheté des jumeaux à un réseau clandestin ! Et la fille… la véritable mère, Elena Flores… elle s’est échappée de votre clinique clandestine la semaine dernière. Vous avez payé cet homme, Vance, pour la retrouver ! Elle est morte dans un fossé près de Waco, Victoria ! Son nom est partout sur les avis de recherche des comtés voisins ! »

Un silence sépulcral s’abattit sur la chambre. Seuls les gémissements sourds des jumeaux troublaient l’air devenu irrespirable.

James recula d’un pas, regardant la femme qu’il avait chérie comme si elle était une étrangère monstrueuse surgie des ténèbres. Les pièces du puzzle s’assemblaient avec une cruauté implacable : les retraits d’argent liquide massifs sur leurs comptes joints que son comptable attribuait à des dons caritatifs, les déplacements secrets de Victoria, ses sautes d’humeur imprévisibles, et surtout cette obsession viscérale d’engager une nourrice isolée, sans attaches familiales dans la région de Dallas.

« C’est un mensonge », balbutia James, cherchant désespérément une échappatoire à ce cauchemar. « Dis-moi que cette fille divague. »

Victoria porta la main à sa poche de manteau. Le geste fut si précis, si dénué d’hésitation, que James comprit immédiatement qu’elle avait tout anticipé. Elle en sortit un petit pistolet de calibre 22, un modèle élégant, aux finitions argentées, qu’elle pointa non pas vers lui, mais vers le torse d’Emily et des enfants.

« Pose ces bébés sur le lit, Emily. Maintenant. »

« Victoria, non ! » cria James en levant les mains, pétrifié à l’idée qu’un coup de feu ne parte. « Baisse cette arme. Nous pouvons régler cela. Parlons. »

« Il n’y a plus rien à négocier », répondit-elle avec une sérénité terrifiante. « Vance est en route. Il sera là dans moins de dix minutes avec un véhicule banalisé. Emily va faire un voyage. Un voyage définitif. Quant à toi, James, tu vas reprendre tes esprits. Tu vas te rappeler qui t’a soutenu lorsque ta société était au bord de la faillite. Nous dirons que notre nourrice a tenté de nous faire chanter, qu’elle a fui avec de l’argent liquide. Personne ne la cherchera. Elle n’a personne. »

Emily serra davantage les enfants contre elle, refusant d’obéir. Les larmes roulaient silencieusement sur ses joues, mais une résolution désespérée brillait dans son regard.

« Vous n’irez nulle part avec eux. Ils méritent de savoir qui était leur mère. »

« Leur mère était une toxicomane sans le sou qui a vendu ses droits pour cinquante mille dollars avant de changer d’avis », cracha Victoria avec dégoût. « Je leur ai offert une vie dorée. Je leur ai donné un avenir dans l’une des familles les plus respectées du Texas. Et toi, petite sotte, tu voulais tout détruire pour un misérable accès de conscience ? »

James fixa le regard d’Emily. Dans cette seconde suspendue au-dessus du gouffre, une communication muette s’établit entre eux. Il n’y avait aucun recours pacifique possible. Victoria était prête à tuer pour préserver les apparences de son statut social et éviter la réclusion criminelle à perpétuité. Si cet homme, Vance, arrivait sur les lieux, Emily serait liquidée sans ménagement, et lui-même deviendrait soit complice d’un meurtre, soit la prochaine victime d’un tragique « accident domestique ».

Il devait agir avant l’arrivée de ce complice.

Faisant semblant de céder à la panique, James porta les mains à sa tête et fit un pas chancelant de côté, vers la commode où reposait une lourde lampe de chevet en céramique.

« Très bien, Victoria… Très bien. Tu as raison. La police ne doit pas intervenir. Pense à ma réputation, pense à notre famille… »

Victoria eut un imperceptible mouvement de menton, satisfaite de voir son mari plier comme il l’avait si souvent fait par le passé. Cette seconde d’autosatisfaction lui fut fatale.

James se jeta sur le côté, saisit la base de la lampe et la projeta de toutes ses forces vers le bras armé de sa femme. Le choc brisa le socle en plusieurs éclats tranchants. Le coup de feu partit dans une détonation assourdissante, la balle se logeant dans le chambranle de la porte, projetant des éclats de plâtre dans la pièce.

L’arme tomba sur le tapis épais. Victoria poussa un cri rauque, une plainte animale de rage plus que de douleur, et se rua pour récupérer le pistolet. Mais James, mû par une poussée d’adrénaline brute, la percuta violemment. Tous deux roulèrent au sol dans un enchevêtrement furieux de membres et d’étoffes.

« Emily, fuis ! Prends les petits et cours ! » hurla James en maintenant les poignets de sa femme contre le plancher.

Victoria se débattait avec une force démoniaque, griffant le visage de James de ses ongles effilés, crachant des insultes venimeuses.

« Lâche-moi, imbécile ! Tu vas tout perdre ! Tu seras ruiné ! »

Emily ne se le fit pas répéter. Rassemblant les deux bébés dans une grande couverture de laine pour les maintenir fermement contre elle, elle bondit hors du lit, enjamba les deux corps qui luttaient sur le sol et s’élança dans le couloir.

« Attrape-la ! » éructa Victoria alors que James parvenait à repousser le pistolet sous une armoire inaccessible d’un coup de pied rageur.

Victoria lui asséna un violent coup de coude dans la mâchoire. Étourdi par l’impact, James relâcha sa prise pendant une fraction de seconde. Victoria se dégagea avec une agilité stupéfiante, bondit sur ses pieds et s’élança à la poursuite de la nourrice.

Le vacarme résonna dans toute la maison. James se releva en chancelant, le goût métallique du sang dans la bouche, et se précipita dans l’escalier à la suite des deux femmes.

Lorsqu’il atteignit le vestibule, il vit Emily lutter désespérément avec la serrure de sécurité de la porte d’entrée. Victoria fondit sur elle par-derrière, attrapant la jeune femme par les cheveux d’une main, tandis que de l’autre, elle tentait d’arracher le pan de couverture qui protégeait les enfants. Les nourrissons hurlaient d’une voix perçante, réveillés par la brutalité du tumulte.