Pour ma part, je n’attendis pas la fin de la procédure pour tourner la page.

La procédure de divorce fut prononcée en procédure d’urgence pour faute lourde et tentative d’homicide. Le tribunal m’attribua la pleine propriété de l’appartement de Chicago, que je m’empressai de vendre au-dessus du prix du marché à un jeune couple qui apporterait, je l’espérais, plus de lumière entre ces murs que je n’en avais jamais connue. Les comptes spoliés ayant été récupérés en grande partie avant leur dilapidation complète, mes droits légitimes sur les biens acquis durant le mariage furent scrupuleusement respectés par les liquidateurs judiciaires.

Je démissionnai de l’hôpital de Chicago. Non pas par fuite, mais parce qu’un nouveau chapitre m’attendait.

Un an plus tard, l’air n’avait plus la morsure glaciale du lac Michigan ni l’odeur métallique du métro aérien.

J’étais assise sur la véranda d’une petite maison de plain-pied nichée sur les hauteurs de Carmel-by-the-Sea, sur la côte californienne. Devant moi, le Pacifique déroulait ses vagues majestueuses contre les falaises de granit, sous une brise tiède chargée d’embruns salés et de senteurs de cyprès.

J’avais accepté un poste de directrice de la recherche clinique pour un institut de biotechnologie marine à Monterey. Je travaillais désormais sur l’utilisation thérapeutique des toxines naturelles pour neutraliser les cellules cancéreuses, transformant la science des poisons en une force de guérison.

Sur la petite table en fer forgé posée à côté de moi reposait un bol de bouillon fait maison, fumant sous la lumière dorée de la fin d’après-midi. Aucun sachet dissimulé. Aucune ombre menaçante derrière les rideaux. Aucune voix empoisonnée murmurant des malédictions dans la pénombre.

Mon téléphone vibra doucement contre le bois. C’était une notification de mon avocat de Chicago, m’informant du rejet définitif du dernier recours d’appel formé par Valerie Peterson. Elle passerait le reste de ses jours derrière les barreaux d’un établissement pénitentiaire de sécurité maximale à Dwight, Illinois, loin des réceptions mondaines, des salons de thé et des héritages fantasmés.

Je posai le téléphone sans même ouvrir la pièce jointe.

Je pris ma cuillère, savourai la première bouchée de mon repas en regardant le soleil couchant incendier l’horizon, respirant enfin à pleins poumons l’air pur et limpide de ma propre liberté.