— La prescription ne s’applique pas quand le crime a été dissimulé par des actes de falsification d’état civil et de subornation de témoin, le coupa froidement le vieil homme. Et nous ne sommes pas venus ici pour mendier justice auprès d’un tribunal lent et incertain, Julien.

Un frisson glissa le long de la colonne vertébrale de Claire. L’ambiance venait de basculer. Il ne s’agissait plus seulement d’une confrontation verbale. La tournure des événements devenait mortelle.

PARTIE 4 : LE PIÈGE DE BOUROU
— Qu’est-ce que vous allez faire ? demanda Claire, effrayée par le calme glacial de Sarah et de son père.

Sarah sortit un petit boîtier noir de sa robe. Un voyant lumineux rouge clignotait à sa surface.
— Claire, vous êtes une innocente dans cette histoire. Julien s’est servi de vous comme d’un écran de fumée pour paraître honorable aux yeux du monde. Une belle maison, un mariage bourgeois, une réputation sans tache… Tout cela pour masquer le sang qu’il a sur les mains. Prenez votre voiture et partez.

Claire resta immobile.
— Et vous ? Qu’allez-vous faire ?

— Julien a passé dix ans à croire qu’il avait enterré son secret ici, dit le père de Sarah en ouvrant le dossier de cuir. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la vidéo que vous avez trouvée sur son téléphone, Claire… c’est moi qui vous l’ai fait parvenir de manière anonyme il y a trois jours.

Claire écarquilla les yeux.
— C’était vous… L’enveloppe déposée dans ma boîte aux lettres avec la photo d’époque…

— Je savais que vous étiez une femme intègre, continua l’ancien inspecteur. Je savais que si vous appreniez l’existence de Sarah, vous chercheriez à comprendre. Et je savais que vous amèneriez Julien exactement ici, à l’endroit où il a commis l’irréparable, pour le confronter. Nous vous avons suivis depuis votre domicile.

Julien comprit soudain qu’il était enfermé dans une cage invisible depuis des jours. La panique prit le dessus sur sa raison. Dans un rugissement de bête traquée, il se jeta hors de la boue et bondit vers son épouse. Il attrapa Claire par le cou, l’utilisant comme bouclier humain, et tira un couteau de chasse de sa veste — celui qu’il gardait toujours dans la boîte à gants de sa voiture.

— Personne ne bouge ! hurla Julien, la lame appuyée contre la gorge tremblante de Claire. Vous croyez que vous m’avez piégé ? C’est moi qui contrôle la situation ! Claire, donne-moi les clefs de ta voiture ! Tout de suite !

Claire étouffa un cri. La froideur du métal contre sa peau lui fit prendre conscience que l’homme avec qui elle avait partagé son lit pendant une décennie n’était qu’un sociopathe prêt à tout pour sauver sa peau.

— Lâche-la, Julien, dit calmement Sarah. Son visage n’exprimait aucune panique. C’est avec moi que tu as affaire.

— Tais-toi ! Tais-toi ! cria Julien, les yeux injectés de sang. Tu aurais dû rester morte ! J’ai bâti une vie ! J’ai tout nettoyé ! Tu n’as rien contre moi !

— J’ai ceci, dit le père de Sarah en levant le dossier de cuir. Les preuves des transferts d’argent illégaux de 2016 que tu as cachés dans le faux plafond du hangar abandonné juste derrière toi. Tu es revenu ici il y a six mois pour récupérer les derniers billets, n’est-ce pas ? Nous avons tout enregistré. Les caméras cachées dans le hangar ont capté chacun de tes gestes.

Julien pâlit davantage. Ses mains tremblaient frénétiquement.
— Vous mentez…

— Vérifie toi-même, chuchota Sarah avec un sourire énigmatique.

Instinctivement, Julien jeta un coup d’œil distrait vers la structure délabrée du hangar sombre situé à quelques mètres de la benne à ordures. Ce quart de seconde d’inattention fut sa perte.

Claire, rassemblant tout son courage, donna un coup de coude violent dans les côtes de son mari. Julien hoqueta sous l’impact et perdit son équilibre dans la boue glissante. La lame glissa sans couper la chair. Se libérant de son étreinte, Claire se jeta à terre et rampa désespérément vers Sarah et son père.

Julien tenta de se relever pour la rattraper, mais l’ancien inspecteur Vaneau avait déjà sorti un pistolet automatique de son imperméable. Le canon était pointé directement entre les deux yeux de Julien.

— Ne bouge plus d’un millimètre, Julien, dit le vieil homme d’une voix dénuée de toute émotion.

PARTIE 5 : RÈGLEMENT DE COMPTES
Le silence retomba sur la décharge, seulement troublé par le crépitement de la pluie sur les carrosseries et la respiration haletante de Julien, couché dans la fange.

— Vous… vous ne me tuerez pas, hoqueta Julien en essayant d’essuyer la boue qui lui recourait le visage. Vous êtes un ancien flic, Vaneau. Vous ne gâcherez pas le reste de votre vie pour un monstre comme moi.

— C’est exact, répondit l’inspecteur. Je suis un homme de loi. Mais ma fille… ma fille a souffert pendant dix ans d’une peine pire que la mort.

Sarah s’avança jusqu’à se tenir juste au-dessus de Julien. Elle le regarda avec un mélange de pitié et de dégoût suprême. Elle leva le petit boîtier noir qu’elle tenait toujours à la main et appuya sur un bouton rouge.

Au même instant, des gyrophares bleus illuminèrent au loin les arbres entourant la décharge. Le hurlement strident de plusieurs sirènes de police déchira le silence de la nuit.

Julien resta stupéfait.
— La police ? Vous avez appelé les flics ?

— Ce boîtier était une balise GPS connectée directement au bureau du procureur et à la brigade criminelle, expliqua Sarah. Les preuves de tes détournements de fonds, les enregistrements de tes aveux de ce soir captés par les micros installés sur ma robe, et le dossier médical complet de mon hospitalisation ont été déposés sur le bureau du juge d’instruction il y a deux heures.

Julien comprit alors la terrible ironie du piège. Ils n’étaient pas venus pour se venger par le sang. Ils étaient venus pour l’amener à avouer publiquement son crime devant Claire, pour détruire sa réputation, sa santé mentale et sa liberté en une seule nuit.