Elle n’eut pas le temps de l’actionner. Deux fonctionnaires en civil de la Police Ministérielle d’Investigation de Monterrey attendaient dans le couloir, flanqués d’une femme d’une cinquantaine d’années aux cheveux coupés court portant l’insigne doré du ministère public.

« Renata Flores ? » demanda sèchement l’officier de tête. « Et Mauricio Villaseñor ? Vous êtes tous les deux en état d’arrestation pour non-assistance à personne en danger imminent, tentative d’empoisonnement avec préméditation et violences volontaires sur personne vulnérable. Mettez vos mains dans le dos. Tout de suite. »

Mauricio essaya de résister, criant des menaces creuses, invoquant les gouverneurs de l’État, ses relations, des noms d’hommes politiques influents qui fréquentaient son club de golf. Mais les policiers le plaquèrent contre le mur en placoplâtre sans aucun ménagement, le fouillant методиquement sous les yeux de quelques infirmières médusées attroupées dans le couloir.

Les menottes claquèrent avec un son métallique sinistre et définitif.

Lorsqu’on le fit pivoter pour l’emmener, Mauricio croisa une dernière fois le regard de Teresa. La terreur animale qui le dévorait surpassait désormais sa rage. Il savait ce qui l’attendait. S’il allait en prison, il ne serait pas placé dans une aile protégée pour délinquants financiers en col blanc : ses liens avec l’argent du cartel et l’annulation de l’hypothèque d’Altamira faisaient de lui un homme mort dès l’instant où les portes du centre pénitentiaire de Topo Chico ou d’Apodaca se refermeraient sur lui. Ses créanciers avaient le bras long, et la vengeance des hommes d’affaires de l’ombre ne tolérait aucune excuse légale.

« Maman ! » pleura-t-il, les larmes coulant enfin sur ses joues, de vraies larmes de lâche confronté au néant. « Ne me laisse pas ! Pardonne-moi ! Je suis ton fils ! Roberto ne m’aurait jamais abandonné comme ça ! Maman, s’il te plaît ! Dis-leur que c’était un malentendu ! Tu as toujours tout arrangé ! Maman ! »

Teresa ne cilla pas. Elle ne détourna pas les yeux un seul instant tandis que les policiers traînaient son unique enfant hors de la pièce, ses souliers frottant pathétiquement contre le linoléum ciré du couloir d’hôpital, jusqu’à ce que ses cris se perdent au bout de l’aile nord.

Le silence retomba enfin dans la chambre. Lourd, lourd de toutes les tragédies familiales que l’argent et l’orgueil tissent patiemment au fil des décennies.

Arturo Mendoza s’approcha du lit, ramassa le bouquet de roses blanches que Mauricio avait jeté par terre dans sa panique, et le déposa méthodiquement dans la corbeille à ordures près de la porte.

« Tu as tenu bon, Teresa », murmura l’avocat en posant une main douce et fraternelle sur la main droite valide de son amie. « C’était l’épreuve la plus dure. Le juge a déjà signé la mise sous tutelle conservatoire au profit de la fiducie indépendante. Plus personne ne pourra venir troubler ton repos. »

Une larme solitaire, chaude et lourde, s’échappa de l’œil droit de Teresa et glissa le long de sa joue intacte, venant s’écraser sur le col de sa chemise de nuit en coton rude. Ce n’était pas une larme de regret pour l’homme qu’était devenu Mauricio ; c’était la larme d’un deuil définitif pour le petit garçon aux genoux écorchés qu’elle avait bercé quarante ans plus tôt dans leur maison modeste avant que la fortune ne vienne corrompre chaque recoin de leur existence.

« La… rééducation… » parvint-elle à souffler.

« Tout est prêt », répondit Arturo avec un sourire bienveillant. « Le professeur Alatorre t’attend dans la clinique privée de Guadalajara dès que les cardiologues d’ici auront stabilisé ta tension. Tu auras les meilleurs spécialistes du pays. Ceux-là mêmes que ta fondation forme et finance depuis dix ans. »

Teresa ferma les yeux et laissa échapper un long soupir.

Six mois plus tard.

La lumière dorée de la fin d’après-midi baignait le jardin intérieur de la clinique de San Javier, à Guadalajara. Les bougainvilliers en fleurs laissaient tomber de délicats pétales pourpres sur les dalles de pierre polie.

Assise dans un fauteuil ergonomique mais tenant fermement une canne en bois de cerisier sculpté dans sa main gauche — une main encore engourdie, aux cicatrices invisibles mais profondes —, Teresa Villaseñor observait le vol d’un colibri au-dessus des fontaines. Sa rééducation avait été un chemin de croix quotidien, fait de sueur, d’humiliations musculaires et de douleurs fulgurantes, mais sa volonté d’acier avait triomphé des pronostics les plus sombres des neurologues. Elle marchait à nouveau. Elle parlait avec une voix presque normale, où seule persistait une légère raucité qui lui conférait une autorité plus impressionnante encore.

Arturo Mendoza traversa l’allée gravillonnée, tenant sous le bras un exemplaire plié du quotidien financier de Monterrey et une chemise de correspondance judiciaire.

« Comment se porte notre présidente d’honneur aujourd’hui ? » demanda-t-il en tirant un fauteuil en osier pour s’asseoir à côté d’elle.

« Elle est fatiguée de la physiothérapie, Arturo, mais elle est en vie », répondit Teresa avec une étincelle d’ironie dans le regard. « Quelles sont les nouvelles du front ? »

L’avocat ouvrit le journal et pointa du doigt un encadré dans la rubrique des faits divers judiciaires.

« Le tribunal fédéral a rejeté ce matin le troisième pourvoi en appel de Renata Flores. Pour complicité de tentative d’assassinat avec administration de substances nocives, sa peine de dix-huit ans de réclusion ferme au pénitencier pour femmes de Topo Chico a été confirmée sans possibilité de liberté conditionnelle avant au moins douze ans. Ses anciens amis de la haute société ont fait fermer tous ses comptes et sa famille refuse catégoriquement de payer les honoraires de son avocat commis d’office. »

Teresa hocha lentement la tête, sans haine, mais sans la moindre once de pitié. Renata avait sciemment préparé le poison et chronométré son agonie ; elle récoltait exactement ce qu’elle avait semé sur le marbre froid de Monterrey.

« Et Mauricio ? » demanda-t-elle, sa voix baissant imperceptiblement d’un ton.

Arturo referma le dossier avec une solennité mesurée.