Alors qu’on lui passait les menottes aux poignets, Hugo releva les yeux une dernière fois vers Lucas. Le contraste était désormais écrasant : d’un côté, un homme en t-shirt blanc délavé, maître de ses émotions et respecté des autorités les plus strictes de la République ; de l’autre, un faux prince en loques, dépouillé de son arrogance, ramené à la réalité de sa propre insignifiance.
Le voiturier du palace, encore pâle de l’incident, s’approcha timidement de Lucas en lui tendant respectueusement un jeu de clés de remplacement pour une autre berline de l’hôtel.
« Votre véhicule va devoir être immobilisé pour les besoins de l’enquête balistique, Monsieur Vance. Notre direction met à votre disposition l’une de nos limousines privées pour vos déplacements de l’après-midi. »
Lucas sourit doucement, refusant l’offre d’un geste tranquille de la main.
« Merci, Marc. Mais aujourd’hui, je crois que je vais simplement prendre le métro. Rien n’égale le calme des choses simples quand le monde devient trop bruyant. »
Glissant ses mains dans les poches de son jean brut, Lucas Vance tourna le dos à l’esplanade dévastée, aux débris de verre et aux gyrophares bleus qui clignotaient contre la pierre noble du Bristol. D’un pas mesuré et serein, il s’éloigna sur le trottoir du Faubourg-Saint-Honoré, se fondant parmi les anonymes, laissant derrière lui le souvenir cuisant d’une leçon que les deux imposteurs n’oublieraient jamais : ce n’est pas le costume qui fait l’homme, et ceux qui ont réellement le pouvoir n’ont jamais besoin de crier pour prouver qu’ils existent.