« Vous n’allez nulle part, jeune homme, » lâcha le garde d’un ton courtois mais ferme.
Lucas s’approcha de Vaneck, le visage fermé. « Qu’est-ce qui s’est passé, Marc ? »
« Il y a dix minutes, avant que votre véhicule ne soit remonté par le voiturier à votre demande, un individu a forcé l’accès au sas de sécurité du niveau moins deux. Nous pensions à une tentative d’effraction classique, mais l’individu ne cherchait pas d’objets de valeur. Il cherchait spécifiquement votre voiture. Les caméras montrent qu’il a glissé quelque chose à bord pendant que le voiturier signait le bon de sortie. »
Un frisson glacial parcourut l’échine de Hugo. Il regarda Chloé, dont le visage venait de virer au blanc spectral. La fille baissa la tête, tripotant nerveusement sa coque de smartphone.
Lucas remarqua immédiatement son geste. Sans un mot, il s’avança vers elle, tendant la main.
« Donne-moi ton téléphone, » ordonna-t-il calmement.
« Quoi ? Jamais de la vie ! C’est ma vie privée, vous n’avez aucun droit ! Hugo, dis-lui ! » cria-t-elle, cherchant un secours qui ne viendrait pas.
« Mademoiselle, » intervint Vaneck d’une voix d’autorité, « vous vous trouvez sur l’esplanade privée du Bristol. Si vous refusez de coopérer, la brigade financière et criminelle sera ici dans quatre minutes. Et croyez-moi, leur interrogatoire ne sera pas aussi courtois que le nôtre. »
D’une main tremblante, Chloé tendit l’appareil. Lucas déverrouilla l’écran, que la jeune fille n’avait même pas eu le réflexe d’éteindre. L’application de messagerie chiffrée était encore ouverte sur un fil de discussion récent. Le dernier message, envoyé cinq minutes plus tôt par un contact nommé simplement « K », disait :
« C’est fait. Le boîtier est logé sous le rail du siège passager. Ne le quittez pas des yeux jusqu’à ce qu’il prenne l’autoroute A1. Le virement de 50 000 euros partira dès qu’il aura passé le péage. »
Lucas lut le message à haute voix, d’un ton d’une régularité terrifiante. Chaque mot résonnait comme un coup de massue sur le crâne d’Hugo.
Le jeune homme s’effondra presque sur le capot, ses jambes refusant de le porter. « Non… non, attendez ! Je ne savais pas ce que c’était ! Un mec m’a abordé ce matin dans un café près de la Concorde. Il m’a dit qu’il me donnerait dix mille balles juste pour faire diversion devant la voiture, faire semblant qu’elle m’appartenait, attirer une foule et faire un scandale pour retarder le propriétaire ! C’était juste pour le buzz, je vous le jure ! Je ne savais pas pour le reste ! »
« Tu as vendu ma position pour un buzz et dix mille euros ? » demanda Lucas, ses yeux fixés dans ceux d’Hugo avec un mépris total.
« C’est Chloé qui a pris les messages ! » hurla Hugo, trahissant immédiatement sa complice dans une panique totale. « C’est elle qui a parlé à ce mec ! »
« Espèce de lâche ! » s’écria la jeune femme en larmes. « Tu m’as dit qu’on allait enfin payer nos dettes ! Tu m’as forcée à le faire ! »
Lucas cessa d’écouter leurs lamentations. L’incident mesquin du début venait de se muer en une tentative d’assassinat ou d’enlèvement prémédité. Il connaissait ce genre de méthodes. En tant que fondateur et directeur technique d’Aegis Dynamics, une entreprise de pointe développant des systèmes de chiffrement quantique pour la défense européenne, Lucas Vance avait des ennemis puissants, des cartels industriels prêts à tout pour s’emparer des brevets avant leur officialisation prévue la semaine suivante.
« Marc, » dit Lucas à Vaneck sans lever la voix, « faites évacuer l’esplanade immédiatement. Personne ne s’approche à moins de cinquante mètres. Faites sortir les démineurs de l’ambassade voisine, ils seront plus rapides que les services publics. »
Vaneck hocha la tête, sortit son talkie-walkie et donna des ordres brefs et précis. En moins de trente secondes, les portiers et agents de sécurité du palace commencèrent à repousser méthodiquement les badauds et les touristes curieux vers les arcades opposées de la rue. La panique commençait à monter, diffuse, silencieuse mais palpable.
Hugo, désormais retenu par deux vigiles, tremblait de tout son corps. Ses lunettes de soleil étaient tombées sur le bitume, piétinées dans la confusion.
« Qu’est-ce qu’il y a dans la voiture ? » supplia-t-il, les larmes coulant sans retenue sur ses joues. « Dites-moi ce qu’il y a dedans ! »
Lucas s’approcha prudemment du côté passager, s’agenouillant sans toucher le seuil de porte en carbone. Utilisant la lampe torche de son propre téléphone, il glissa le faisceau lumineux sous le cuir noir du siège baquet.
Là, fixé par un puissant aimant néodyme au châssis tubulaire, se trouvait un boîtier métallique gris de la taille d’un livre de poche. Deux voyants clignotaient à une fréquence lente et régulière : un vert, un rouge. Mais ce qui fit blêmir Lucas, ce ne furent pas les diodes. C’était le câble fin qui reliait le boîtier directement au bus de communication électronique de la McLaren, via la prise de diagnostic dissimulée sous le tableau de bord.
Ce n’était pas un explosif conventionnel.
C’était un système de piratage à distance des commandes de vol du véhicule. Conçu pour bloquer la direction assistée et désactiver l’assistance de freinage à haute vitesse tout en verrouillant les portes de l’intérieur. Si Lucas avait pris l’autoroute A1 comme prévu pour rejoindre son centre de recherche de Roissy, la voiture aurait été précipitée contre un pilier de béton à deux cent cinquante kilomètres à l’heure, maquillant son élimination en un tragique accident d’excès de vitesse causé par l’arrogance d’un conducteur trop fortuné.
Un chef-d’œuvre de discrétion cynique.
« Ce n’est pas une bombe, Marc, » lança Lucas en se relevant, essuyant machinalement ses doigts avec un mouchoir en tissu. « C’est un coupe-circuit cinétique. S’ils voient la voiture immobile trop longtemps, ils sauront que le plan a échoué. Et ils ne laisseront pas de témoins derrière eux. »