« J’ai parlé à mes avocats. »

Camille s’assit.

« Et ? »

« Ils pensent que je peux encore contester la valorisation. »

« Probablement. »

« Vous allez exécuter ? »

Camille posa la lettre de son père sur la table.

« D’abord, je veux tout savoir sur le Mirabeau. »

Antoine fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Parce que mon père me l’a demandé indirectement. »

« Il vous a demandé de comprendre. »

« Exactement. »

Antoine resta silencieux.

Puis parla.

Le projet Mirabeau était réel.

Plus réel que Camille ne l’avait cru.

Antoine avait obtenu une promesse de vente.

Mais le prix était trop élevé.

Les banques exigeaient plus de fonds propres.

Il avait refusé de faire entrer un nouvel investisseur.

Il voulait acheter seul.

Pour pouvoir dire que François et lui avaient enfin réussi.

Camille l’interrompit.

« François est mort. »

Antoine baissa les yeux.

« Je sais. »

« Alors vous ne faisiez pas ça avec lui. »

Silence.

« Vous le faisiez contre son absence. »

Antoine la regarda.

La phrase le frappa.

Camille poursuit.

« Vous avez transformé un souvenir en dette. »

Il passa une main sur son visage.

« Peut-être. »

« Combien manque-t-il ? »

Il a donné à la femme le chiffre.

Camille resta surprise.

« Vous n’obtiendrez jamais ça sans vous surendetter encore. »

« Je sais. »

« Alors arrêtez. »

Antoine eut un rire amer.

« C’est facile à dire quand on n’a pas passé vingt-cinq ans à vouloir quelque chose. »

Camille répondit :

« Mon père a passé vingt-cinq ans à vouloir beaucoup de choses qu’il n’a jamais eues. »

Elle se pencha.

« Ça ne l’a pas empêché de vivre. »

Antoine ne répondit pas.

Camille passa les trois jours suivants à examiner le dossier Mirabeau.

Sophie pensait qu’elle perdait son temps.

« La clause dix-sept est claire. »

« Je sais. »

« Exercez l’option. »

« Peut-être. »

« Camille, il vous a caché des transferts. »

« Oui. »

« Il a mis en danger un actif garanti. »

« Oui. »

Sophie soupira.

« Alors pourquoi cherchez-vous une solution pour lui ? »

Camille regarda la lettre de François.

« Parce que mon père connaissait ses défauts et lui faisait quand même confiance. »

« Votre père pouvait se tromper. »

Camille sourit.

« Souvent. »

Puis elle ajouta :

« Mais il avait rarement tort sur les gens. »

Un élément changea tout.

Le Mirabeau n’était pas simplement un hôtel.

Il était aussi en difficulté.

C’est important.

Bâtiment à rénover.

Propriétaires vieillissants.

L’offre d’Antoine était trop ambitieuse parce qu’il voulait tout contrôler.

Mais avec une structure différente, l’acquisition devenait possible.

Camille convoqua Antoine à Paris.

Trois jours plus tard.

Siège de Laurent Patrimoine.

Pas de piscine.

Pas d’invités.

Pas de SUV.

Une table.

Deux avocats.

Sophie.

Antoine.

Camille posa un dossier devant lui.

« Nouvelle proposition. »

Antoine ne l’ouvrit pas.

« Pour la villa ? »

« Pour tout. »

Il fronça les sourcils.

Camille poursuit.

« Laurent Patrimoine exerce la clause dix-sept. »

Son visage se ferma.

« Donc c’est fini. »

« Laissez-moi terminer. »

Il se tut.

« La villa revient au groupe. Votre dette est soldée selon la formule contractuelle. »

Antoine regarda la table.

« Ensuite ? »

« Ensuite, Laurent Patrimoine acquiert cinquante et un pour cent du Mirabeau. »

Il releva les yeux.

« Quoi ? »

« Vous conservez vingt-quatre pour cent. »

« Et les vingt-cinq restants ? »

« Fonds salarié et investisseurs minoritaires. »

Antoine resta silencieux.

Camille poursuit.

« Vous dirigez la rénovation pendant trois ans. »

Il la regarda comme si elle parlait une autre langue.

« Vous me reprenez ma maison pour financer le projet que j’ai essayé de financer avec ma maison ? »

Camille sourit.

« En résumé, oui. »

Sophie retint un sourire.

Antoine ouvrit enfin le dossier.

Il parcourut les pages.

Puis s’arrêta.

« Il y a une clause de performance. »

« Oui. »

« Et une interdiction de nantir mes parts. »

« Absolue. »

Il releva les yeux.

« Vous ne me faites vraiment pas confiance. »

Camille répondit :

« Je vous fais suffisamment confiance pour vous proposer un deuxième contrat. »

Pause.

« Pas suffisamment pour oublier le premier. »

Antoine baissa les yeux.

Il feuilleta encore.

Puis trouva une page.

« Le nom. »

Camille savait.

Projet Laurent-Moreau.

Antoine reste immobile.

« Pourquoi ? »

Camille répondit :

« Parce que je ne veux pas que vous essayiez encore de prouver quelque chose à mon père. »

Elle s’adossa.

« Si vous voulez finir ce projet, faites-le avec moi. Pas avec son fantôme. »

Les yeux d’Antoine rougirent.

Il regarda ailleurs.

Puis demanda :

« Et la villa ? »

« Elle reste au groupe. »

Il eut un sourire triste.

« Vous êtes dure. »

« Mon père m’avait prévenue de ne pas être naïve. »

Antoine rit doucement.

« Ça lui ressemble. »

Il prit le stylo.

Puis s’arrêta.

« Camille. »

« Oui ? »

« Je suis désolé. »

Elle attendit.

« Pour le contrat ? »

« Pour beaucoup plus. »

Camille hocha simplement la tête.

Le panneau.

Mais l’histoire aurait pu s’arrêter là.

Elle ne s’arrêta pas.

Parce qu’une semaine plus tard, Camille reçut un appel de Victoire.

« Je dois vous parler. »

« De quoi ? »

« De mon père. »

Camille se raidit.

« Qu’a-t-il fait ? »

« Je ne sais pas encore. »

Pause.

« Mais Antoine n’était pas le seul à vouloir le Mirabeau. »

Camille ferma les yeux.

« Évidemment. »

Victoire continua.

« Mon père préparait une offre concurrente. »

« Ça, je le savais. »

« Non. »

La voix de Victoire changea.

« Pas avec son fonds. »

Silence.

« Avec une société cachée. »

Camille se redressa.

« Quelle société ? »