Il écarta quelques livres.
Derrière, une petite serrure.
Il utilisa la clé.
Un panneau s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvait un coffre mural.
Camille sentit son cœur accélérer.
Antoine composa une combinaison.
Le coffre s’ouvrit.
Il en sortit une boîte grise.
Pas de bijoux.
Pas d’argent.
Des dossiers.
Et une enveloppe.
Sur laquelle était écrit :
Pour Camille.
Elle reconnut immédiatement l’écriture de son père.
Le monde sembla se contracter autour d’elle.
« Depuis quand avez-vous ça ? »
Antoine répondit :
« Depuis six ans. »
Elle tourna brusquement la tête.
« Six ans ? »
« Il m’a demandé de ne vous la donner que si la clause dix-sept était un jour déclenchée. »
Camille sentit la colère revenir.
« Et vous avez déclenché la clause volontairement ? »
Antoine ne répondit pas.
C’était une réponse.
Sophie murmura :
« Mon Dieu. »
Camille regarda l’enveloppe.
Sa main trembla légèrement.
Puis elle l’ouvrit.
La lettre commençait simplement.
Ma Camille,
Si tu lis ceci, c’est qu’Antoine a fait quelque chose de suffisamment stupide pour que la clause dix-sept devienne utile.
Malgré elle, Camille eut un petit rire.
C’était exactement son père.
Elle continua.
Je veux d’abord que tu saches une chose : cette clause n’a jamais été écrite parce que je pensais qu’Antoine me volerait.
Elle releva les yeux.
Antoine regardait le sol.
Camille reprit.
Elle existe parce qu’Antoine refuse de demander de l’aide.
Il transforme la peur en projet, la honte en dette et l’amitié en compétition.
Camille sentit quelque chose se nouer dans sa poitrine.
Si un jour il met cette maison en danger, ne regarde pas seulement les comptes. Demande-lui ce qu’il essaie de prouver.
Elle s’arrêta.
Antoine ferma les yeux.
La lettre continuait.
Et si je ne suis plus là pour lui poser la question, ce sera malheureusement à toi de le faire.
Ne sois pas trop dure.
Mais ne sois pas naïve non plus.
Ton père.
Camille baissa la lettre.
Personne ne parla.
Victoire regarda Antoine.
Puis Camille.
Camille murmura :
« Qu’est-ce que vous essayiez de prouver ? »
Antoine ne répondit pas.
Elle répéta :
« Qu’est-ce que vous essayiez de prouver ? »
Cette fois, sa voix n’était plus celle d’une dirigeante.
C’était celle d’une fille qui venait d’entendre son père lui parler après dix-huit mois de silence.
Antoine s’assit.
Et pour la première fois de toute la soirée, il parut vieux.
Pas riche.
Pas puissant.
Vieux.
« Que je pouvais finir ce qu’on avait commencé. »
Camille resta debout.
« Le Mirabeau ? »
Il acquiesça.
« Votre père et moi travaillions sur cet hôtel vingt-cinq ans plus tôt. »
Il regarda la lettre.
« Nous avions promis qu’un jour nous l’achèterions. »
« Pourquoi ne me l’avoir jamais dit ? »
« Parce que c’était notre histoire. »
Camille serra la lettre.
« Et pour cette histoire, vous avez mis cette maison en garantie. »
« Oui. »
« Caché des transferts. »
« Oui. »
« Violé le contrat. »
« Oui. »
Elle le fixa.
« Tout ça pour prouver quoi à un homme mort ? »
Antoine baissa la tête.
Cette question le détruisit plus sûrement que la clause dix-sept.
PARTIE 3 — CE QUE LE CONTRAT NE POUVAIT PAS RÉGLER
La villa redevint silencieuse vers trois heures du matin.
La plupart des invités étaient partis.
Les SUV restaient dans l’allée.
Les portières désormais ouvertes.
Mais personne ne criait.
Personne ne se pressait.
Les équipes juridiques travaillaient à l’intérieur.
Camille s’était changée.
Un pantalon noir simple.
Une chemise blanche sèche.
Ses cheveux encore humides retombaient librement sur ses épaules.
Elle était assise seule sur une marche de la terrasse.
La piscine devant elle.
Victoire apparut.
Elle avait retiré ses chaussures.
Elle tenait ses talons dans une main.
« Je peux ? »
Camille regarda la marche.
« C’est une marche. Elle ne m’appartient pas encore officiellement. »
Victoire eut un sourire gêné.
Elle s’assit à distance.
Silence.
Puis :
« Je suis désolée. »
Camille regarda l’eau.
« Pour quoi ? »
Victoire sembla surprise.
« La piscine. »
« Seulement ? »
Victoire baissa les yeux.
« Non. »
Camille attendit.
« Pour la façon dont je vous ai parlé. »
Silence.
« Et dont je parle parfois aux gens. »
Camille la regarda.
Victoire soupira.
« Je sais que ça sonne très pratique maintenant que je sais qui vous êtes. »
« Oui. »
La réponse fut si directe que Victoire eut presque un rire.
« Vous ne facilitez rien. »
« Je ne crois pas que ce soit mon rôle. »
Victoire hocha la tête.
« Quand je vous ai poussée… »
Elle s’arrêta.
« Je pensais que vous ne pouviez rien faire. »
Camille ne détourna pas les yeux.
Victoire continua.
« C’est ça qui me fait le plus honte. »
« Pas parce que je pouvais vous faire quelque chose. »
« Je sais. »
« Mais parce que vous croyiez qu’il était acceptable de faire ça à quelqu’un qui ne pouvait pas répondre. »
Victoire avala difficilement.
« Oui. »
Camille regarda la piscine.
« C’est au moins un bon début de le comprendre. »
« Vous me pardonnez ? »
Camille haussa légèrement un sourcil.
« Vous allez beaucoup trop vite. »
Victoire sourit faiblement.
« D’accord. »
Elles restèrent assises.
Après un moment, Victoire demanda :
« Vous allez vraiment prendre la villa ? »
Camille regarda l’intérieur.
Antoine était visible derrière une fenêtre, entouré d’avocats.
« Je ne sais pas. »
« Mais vous pouvez. »
« Oui. »
« Alors pourquoi hésiter ? »
Camille pensa à la lettre.
« Parce qu’un contrat peut me dire ce que j’ai le droit de faire. »
Elle regarda Victoire.
« Pas toujours ce que je devrais faire. »
Le lendemain matin, Camille dormit deux heures.
Puis elle retourna à la villa.
Antoine l’attendait dans la bibliothèque.
Sans fumer.
Chemise blanche ouverte au col.
Il semblait vidé.