Andrés avançait vers moi. Vêtu d’une chemise en lin blanc aux manches retroussées, il n’utilisait qu’une fine canne de bois noir pour soutenir son équilibre. Ses jambes, renforcées par des mois de travail acharné et une volonté de fer que rien ne pouvait fléchir, le portaient désormais sans faillir.
Il s’arrêta à ma hauteur, posa sa canne contre la balustrade et s’assit en face de moi.
— Les marchés viennent d’ouvrir à Londres, dit-il, un demi-sourire aux lèvres. Ton père a validé l’expansion des terminaux nord. Il dit que tu es un négociateur bien plus impitoyable que lui.
— J’ai eu un bon professeur, répondis-je en fermant le dossier pour poser ma main sur la sienne.
Andrés tourna sa paume pour entrelacer ses doigts avec les miens. La bague ancestrale scintillait sous la lumière éclatante du Pacifique, non plus comme le symbole d’un devoir glacial ou d’une vengeance machiavélique, mais comme l’emblème inaltérable d’un pacte d’amour et de souveraineté partagée.
— Tu te souviens de ce que tu m’as dit dans la cathédrale, Valentina ? murmura-t-il, son regard gris adouci par une tendresse qu’il ne réservait qu’à moi.
— J’ai dit : « Puisque votre neveu a décidé d’abandonner ses fonctions, je vous propose quelque chose : épousez-moi. »
Andrés porta ma main à ses lèvres, y déposant un baiser brûlant.
— Ce jour-là, tu croyais me tendre un piège pour sauver ton honneur. Mais en réalité, Valentina, tu m’as sauvé la vie.
Je souris, le cœur en paix, sachant que parmi les trois cents personnes qui nous avaient vus braver le scandale ce matin-là, personne n’aurait pu imaginer que le véritable mariage venait seulement de commencer.