« Promets-moi que tu ne vas pas me détester. »

J’ai retiré mes doigts des siens.

« Je ne te promets plus rien. »

Elle a baissé la tête.

Puis elle a murmuré :

« J’ai menti à papa au sujet de l’argent. »

J’ai relevé les yeux.

« Quel argent ? »

« Celui du mariage. »

Je l’ai regardée sans comprendre.

« Papa a payé le mariage. Je le sais. »

« Pas seulement. »

Elle s’est relevée pour prendre son téléphone dans son sac.

Ses mains tremblaient tellement qu’elle a dû s’y reprendre à deux fois pour déverrouiller l’écran.

Elle m’a montré un relevé bancaire.

Un virement de 38 000 euros.

Effectué en juin.

Depuis le compte personnel de notre père vers le compte d’Adrien.

J’ai froncé les sourcils.

« C’est quoi, ça ? »

« Un prêt. »

« Pourquoi papa prêterait trente-huit mille euros à Adrien ? »

Elle a avalé difficilement sa salive.

« Pour ses dettes professionnelles. »

Je savais qu’Adrien avait créé une petite société d’événementiel deux ans auparavant. Je savais aussi qu’il avait traversé une mauvaise période.

Mais personne ne m’avait parlé de dettes de cette importance.

« Papa le savait ? »

« Je lui ai dit que l’entreprise avait besoin de trésorerie pour honorer plusieurs contrats. »

« Et c’était vrai ? »

Elle s’est mise à pleurer plus fort.

« Pas entièrement. »

Je suis restée immobile.

« Qu’est-ce que tu lui as caché ? »

Elle a pris une longue inspiration.

« Adrien m’avait avoué ses dettes. Il risquait des poursuites à cause de factures impayées. J’ai paniqué. J’ai dit à papa que je me portais garante moralement, qu’Adrien avait des contrats qui allaient rentrer. »

« Et il n’y avait pas ces contrats ? »

« Pas assez pour tout rembourser. »

J’ai porté une main à ma bouche.

Mon père avait soixante-trois ans.

Il avait travaillé toute sa vie comme artisan menuisier. Depuis sa retraite, il faisait des missions ponctuelles pour compléter ses revenus.

L’argent du mariage venait de ses économies.

Je savais à quel point il comptait chaque dépense.

« Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

« Parce que tu m’aurais dit de ne pas demander cet argent. »

Elle avait raison.

Et le fait qu’elle le sache me faisait encore plus mal.

« Mais quel rapport avec le mariage ? »

Léa s’est essuyé les joues.

« Quand j’ai découvert Adrien avec Julien en juillet, j’ai voulu tout annuler. J’ai dit à Adrien que c’était fini. »

Je l’ai regardée.

« Et alors ? »

« Il m’a dit qu’il n’aurait pas les moyens de rembourser papa tout de suite. Qu’il avait déjà dépensé l’essentiel de la somme pour régler des créanciers. »

Elle s’est interrompue.

« Et papa avait déjà payé les acomptes pour la salle, le traiteur, les chambres… »

J’ai compris ce qu’elle essayait de me dire.

Mais je voulais l’entendre de sa bouche.

« Tu as décidé de te marier pour éviter de perdre l’argent ? »

« Au départ, je voulais gagner du temps. »

« Gagner du temps pour quoi ? »

« Pour que l’entreprise d’Adrien rembourse papa. Pour qu’on ne perde pas tous les acomptes. Pour éviter que papa apprenne que je l’avais poussé à prêter ses économies sur la base de promesses qui n’étaient pas sûres. »

J’ai secoué la tête.

« Léa, un mariage ne rembourse pas une dette. »

« Je sais. Maintenant, je sais. »

« Et Julien ? »

Elle a fermé les yeux.

« Je ne savais pas comment te l’annoncer. »

Cette fois, ma colère est revenue d’un seul coup.

« Tu ne savais pas comment me dire que mon mari me trompait ? Alors tu as préféré me laisser vivre avec lui ? »

« Je voulais te parler après le mariage. »

« APRÈS ? »

Elle s’est recroquevillée.

« Camille… »

« Tu m’as regardée à Noël. Tu m’as demandé de t’aider à choisir les fleurs en août. Tu m’as invitée à ton essayage. Et pendant tout ce temps, tu savais ? »

« Je ne savais pas depuis Noël. Je l’ai découvert en juillet. »

« Ça ne change rien ! »

J’ai commencé à marcher dans la pièce.

« Tu sais ce qui me rend malade ? Ce n’est même pas seulement le baiser. C’est que tu as eu trois mois pour venir me voir. Trois mois pour me protéger. Et tu as choisi de protéger ton mariage. »

Léa n’a rien répondu.

Puis elle a dit quelque chose qui m’a arrêtée.

« Papa m’a demandé de ne rien te dire. »

Je me suis retournée.

« Quoi ? »

« Quand je lui ai tout raconté, il a dit qu’on devait d’abord trouver comment récupérer l’argent. »

J’ai senti une douleur sourde derrière les yeux.

« Il t’a demandé de me cacher la vérité ? »

« Il a dit que Julien finirait peut-être par te parler lui-même. Et qu’il ne fallait pas tout faire exploser avant la cérémonie. »

Je suis sortie de la pièce.

Je ne voulais plus entendre personne essayer de me convaincre que cette journée devait se dérouler comme prévu.

Dans le couloir, mon père attendait.

Il a vu mon visage.

« Tu lui as parlé ? »

Je suis allée vers lui.

« Tu savais pour les trente-huit mille euros ? »

Il a baissé la tête.

« Oui. »

« Tu sais qu’elle t’a caché l’état réel de l’entreprise ? »

« Je l’ai appris il y a trois semaines. »

« Et tu as décidé de garder le silence ? »

Il a passé ses mains sur son visage.

« Camille, je voulais éviter une catastrophe. »

J’ai senti mes yeux me brûler.

« La catastrophe, papa, elle est déjà là. »

Il a essayé de prendre mon bras.

Je me suis écartée.

« Tu as demandé à ma sœur de me mentir. »