« Pourtant, tu as signé des documents indiquant que des jeunes avaient reçu une aide qu’ils n’ont jamais touchée. »
Camille se tut.
Adrien poursuivit :
« Maman avait créé cette fondation pour donner une chance à ceux qui n’avaient pas eu la nôtre. »
Il désigna les documents.
« Et toi, tu t’en es servie comme d’un compte personnel. »
Camille s’effondra dans un fauteuil.
Pendant quelques secondes, elle ne fut plus la femme arrogante des réceptions.
Seulement une personne terrifiée par les conséquences de ses propres décisions.
« Si cette histoire devient publique, je perdrai tout », murmura-t-elle.
Adrien répondit :
« Tu aurais dû y penser avant. »
« Tu pourrais régler ça discrètement. »
Il fronça les sourcils.
« Quoi ? »
« Nous pouvons vendre quelques tableaux, rembourser l’argent et faire disparaître les irrégularités. »
Adrien la fixa avec incrédulité.
« Tu me demandes de couvrir une fraude ? »
« Je suis ta sœur ! »
« Et Léa est une innocente que tu as essayé de faire condamner pour un vol imaginaire ! »
Camille baissa la tête.
« Je voulais seulement qu’elle parte avant de parler. »
Adrien sentit son cœur se serrer.
Voilà donc la vérité.
Léa n’avait rien fait pour mériter ce piège.
Elle avait simplement posé une question.
Une question à laquelle Camille ne voulait pas répondre.
Cet après-midi-là, l’expert-comptable présenta un nouveau rapport.
Les montants suspects dépassaient désormais un million et demi d’euros.
Plusieurs factures semblaient avoir été établies pour des prestations inexistantes.
Des aides étudiantes avaient été enregistrées comme payées sans preuve fiable de leur réception.
Et certains versements conduisaient à des sociétés liées à Victor Lemaire.
Adrien demanda immédiatement que les accès financiers de Camille et de Victor soient suspendus dans le respect des procédures internes.
Il fit également préserver les archives et contacter les autorités compétentes.
Mais à vingt-deux heures, le responsable de sécurité l’appela.
« Monsieur Beaumont, deux personnes viennent d’essayer de sortir des cartons d’archives par l’entrée de service. »
Adrien se redressa.
« Qui ? »
« Des employés mandatés par monsieur Lemaire. »
« Empêchez le départ des documents et sécurisez les lieux. J’arrive. »
Lorsqu’Adrien atteignit le couloir des bureaux, Léa se trouvait déjà près de la porte.
C’était elle qui avait remarqué les cartons.
« Monsieur, ils emportaient des dossiers de la fondation. »
Adrien la regarda.
« Comment l’avez-vous su ? »
« J’ai reconnu les boîtes que j’avais aidé à ranger la semaine dernière. »
Il contempla les archives.
Parmi elles se trouvaient des dossiers de bénéficiaires et plusieurs documents financiers originaux.
Adrien comprit que quelqu’un avait essayé de faire disparaître des pièces essentielles.
Pendant ce temps, Camille reçut un message de Victor.
Je ne porterai pas seul la responsabilité de cette affaire. Tu as signé les autorisations. Débrouille-toi.
Elle resta figée.
Victor, celui qui lui avait promis de tout arranger, était maintenant prêt à l’abandonner.
Elle tenta de l’appeler.
Aucune réponse.
Elle recommença.
Messagerie.
Camille jeta son téléphone sur le lit.
Elle avait trahi son frère.
Accusé une innocente.
Compromis l’avenir de dizaines de jeunes.
Et l’homme qui l’avait aidée à organiser les détournements cherchait désormais à se protéger.
Mais elle refusait toujours d’accepter sa défaite.
Le lendemain devait avoir lieu la soirée annuelle de la Fondation Hélène Beaumont.
Des administrateurs, des donateurs et plusieurs journalistes seraient présents.
Camille avait encore accès à certains invités influents.
Si elle parlait avant Adrien, elle pourrait peut-être présenter toute l’affaire comme une manipulation orchestrée par Léa.
Elle ouvrit son ordinateur.
Puis commença à rédiger un discours.
Son dernier mensonge.
Celui qui devait, pensait-elle, sauver sa réputation.
Elle ignorait qu’Adrien venait de prendre une décision.
Cette fois, il ne protégerait pas le nom Beaumont en cachant la vérité.
Il le protégerait en refusant de mentir.
PARTIE 4/5 — LA VÉRITÉ DEVANT TOUT LE MONDE
Le lendemain soir, le grand salon du château était rempli d’invités.
Des entrepreneurs.
Des mécènes.
Des administrateurs de la fondation.
Des représentants d’associations étudiantes.
Tous étaient venus pour célébrer les actions caritatives de la famille Beaumont.
Personne ne savait que la soirée allait devenir l’une des plus douloureuses de son histoire.
Camille entra dans le salon vêtue de sa somptueuse robe vert émeraude.
Ses diamants scintillaient sous les lustres.
Elle souriait.
Mais ses mains étaient glacées.
Adrien avait décidé de maintenir la réunion des administrateurs et des donateurs, tout en annulant les festivités.
Il voulait leur expliquer les irrégularités découvertes avant que de nouvelles aides soient compromises.
Camille tenta néanmoins de prendre la parole la première.
« Mes chers amis, je dois malheureusement vous informer que notre famille traverse une situation extrêmement grave. »
Les conversations cessèrent.
Elle baissa les yeux.
« Une employée du château a récemment été surprise en possession d’un bijou de grande valeur. »
Plusieurs invités échangèrent des regards.
Camille poursuivit :
« Cette personne a ensuite formulé des accusations mensongères contre notre fondation, dans l’espoir de détourner l’attention. »
Soudain, une voix retentit derrière elle.
« Ça suffit, Camille. »
Adrien venait d’entrer.
Il était accompagné de Maître Delmas et du responsable de l’audit indépendant.
Camille se figea.
« Adrien, je suis en train d’expliquer… »
« Non. Tu es en train d’accuser une innocente une deuxième fois. »
Le salon devint silencieux.
Camille tenta de sourire.
« Mon frère est bouleversé par certains événements récents… »
« Je suis parfaitement lucide. »
Il s’avança.
« Et je demande à chacun de ne pas reprendre les accusations qui viennent d’être prononcées contre notre employée. Elles sont fausses. »
Un murmure parcourut l’assemblée.
Adrien expliqua brièvement que les images de surveillance avaient permis d’établir comment le collier s’était retrouvé dans le tablier de Léa.
Il ne diffusa pas la scène devant tous les invités.
Il avait promis à Léa de ne pas transformer son humiliation en spectacle.
Les images originales avaient été conservées et transmises aux personnes habilitées à les examiner.
Il présenta ensuite les premières conclusions de l’audit.
Les opérations financières suspectes.