« Les erreurs administratives arrivent. »
« Mais le reçu porte une signature qui n’est pas la sienne. »
Le sourire de Camille avait disparu.
« Tu ferais mieux de t’occuper de ton travail. »
« Madame, je ne cherche pas d’ennuis. »
Camille s’était approchée.
« Alors n’en crée pas. »
Léa avait baissé les yeux.
« Je voulais seulement en parler à monsieur Adrien. »
C’était cette phrase qui avait changé son destin.
Camille avait immédiatement compris que la jeune employée représentait un danger.
Un témoignage provenant d’une domestique respectée pouvait attirer l’attention d’Adrien sur les comptes de la fondation.
Il fallait donc la discréditer avant qu’elle ne puisse parler.
Et Camille avait choisi le bijou le plus précieux de sa collection.
Le collier de diamants hérité de sa mère.
Lorsque Adrien revint dans le petit salon où Léa attendait, elle se leva aussitôt.
« Monsieur… est-ce que vous avez vu la vidéo ? »
Il acquiesça.
« Oui. »
La jeune femme retint sa respiration.
Adrien s’approcha.
« Léa, vous n’avez rien volé. »
Elle porta immédiatement une main à sa bouche.
Ses yeux se remplirent de larmes.
« Vous… vous me croyez ? »
« Les images montrent clairement ce qui s’est passé. »
Léa éclata en sanglots.
Tout son corps tremblait.
Pendant près d’une heure, elle avait eu peur de perdre son travail, son honneur et l’avenir de son frère.
Adrien poursuivit :
« C’est Camille qui a placé le collier dans votre poche. »
Léa ferma les yeux.
Elle n’était donc pas devenue folle.
Elle n’avait pas imaginé le danger.
Tout avait été préparé contre elle.
Adrien baissa la tête.
« Je vous dois des excuses. Je vous ai demandé de vider vos poches devant ma sœur, sans comprendre que vous étiez victime d’un piège. »
Léa essuya ses larmes.
« Je voulais tellement que vous me croyiez… »
« Je sais. »
Il prit une longue inspiration.
« Je vous promets que cette accusation sera officiellement retirée. »
Puis il ajouta :
« Et je veux connaître toute la vérité sur les documents de votre frère. »
Le lendemain matin, Adrien convoqua Maître Claire Delmas, avocate de la famille, ainsi qu’un expert-comptable indépendant.
Ils examinèrent les premiers documents de la fondation.
Au bout de deux heures, l’expert releva la tête.
« Monsieur Beaumont, nous avons un problème sérieux. »
Adrien s’approcha.
« Lequel ? »
L’homme désigna plusieurs lignes.
« Le dossier de Simon Martin n’est pas isolé. »
Il ouvrit une autre feuille.
Puis une troisième.
« Nous avons repéré plusieurs aides enregistrées comme versées, alors que les justificatifs bancaires ne correspondent pas aux bénéficiaires annoncés. »
Adrien sentit son sang se glacer.
« Combien de dossiers ? »
L’expert hésita.
« Il faut encore vérifier, mais les premières anomalies concernent au moins quarante-sept étudiants. »
Adrien reste immobile.
Quarante-sept.
Quarante-sept jeunes dont l’avenir avait peut-être été compromis.
Il regarda les relevés financiers.
Les paiements suspects représentaient déjà des sommes considérables.
Et une même signature apparaissait au bas de plusieurs autorisations.
Celle de Camille Beaumont.
À cet instant, Adrien comprit que sa sœur n’avait pas simplement tenté de faire accuser une domestique.
Elle avait essayé de cacher une affaire capable de détruire la fondation créée par leur mère.
Et le plus terrible était encore à découvrir.
PARTIE 3/5 — LE MENSONGE QUI VALAIT DES MILLIONS
À onze heures du matin, Adrien entra dans le grand salon où sa sœur prenait son café.
Camille portait un élégant ensemble blanc.
Elle semblait parfaitement calme.
« Bonjour, Adrien. Tu as passé une bonne nuit ? »
Il ne répondit pas.
Il posa une tablette sur la table.
« Nous devons parler. »
Camille sourit.
« Encore cette histoire de collier ? »
« Regarde. »
Il lança l’enregistrement.
Camille observa les images.
Son sourire disparut.
Elle se vit prendre le bijou.
S’approcher de Léa.
Glisser le collier dans son tablier.
Puis accuser la jeune femme.
Quand la vidéo s’arrêta, un silence écrasant remplit la pièce.
Adrien demanda :
« Pourquoi ? »
Camille détourna le regard.
« Tu ne comprends pas. »
« Alors explique-moi. »
« Cette fille fouillait dans les documents de la fondation ! »
« Elle cherchait à comprendre pourquoi son frère n’avait jamais reçu l’aide qui lui était destinée. »
Camille se leva brusquement.
« Elle n’avait aucun droit de fouiller dans nos affaires ! »
Adrien la regarda froidement.
« Et toi, avais-tu le droit de placer un collier dans sa poche pour la faire accuser de vol ? »
Camille ne répondit pas.
Il poursuivit :
« Nous avons commencé à examiner les comptes. »
Son visage se décomposa.
« Quels comptes ? »
« Ceux de la fondation. »
Elle recula.
« Adrien… »
« Quarante-sept dossiers présentent déjà des anomalies. »
Camille porta une main à sa poitrine.
« C’est impossible. »
« Ne me mens plus. »
Elle éclata soudain en sanglots.
« Je voulais tout rembourser ! »
Adrien resta figé.
Cette phrase était l’aveu qu’il redoutait.
« Combien, Camille ? »
Elle secoua la tête.
« Je ne sais pas exactement. »
« Combien d’argent as-tu pris ? »
« Au début, seulement cinquante mille euros… »
Sa voix se brisa.
« Puis les dettes ont augmenté. Victor m’a dit qu’il pourrait tout arranger. »
Adrien sentit une colère terrible monter en lui.
« Tu as utilisé l’argent destiné à des étudiants pour sauver ta galerie ? »
« Tu ne sais pas ce que c’est que de vivre dans ton ombre ! »
« Ne fais pas ça, Camille. »
« Toute ma vie, j’ai été la sœur d’Adrien Beaumont ! Jamais Camille ! Seulement ta petite sœur ! »
Adrien la regarda longuement.
« Alors tu as décidé de voler de l’argent pour prouver ta valeur ? »
Elle éclata :
« Je n’ai jamais voulu voler qui que ce soit ! Je pensais pouvoir rembourser ! »
Il répondit doucement :