Elle inspira.
« Madame Camille m’a interdit de vous parler de certains documents. »
Adrien fronça les sourcils.
« Quels documents ? »
« Ceux de la Fondation Hélène Beaumont. »
Le visage d’Adrien se figea.
« Pourquoi ? »
Léa murmure :
« Parce que mon frère figure sur une liste de bénéficiaires. »
« Et alors ? »
Une larme glissa sur sa joue.
« La fondation affirme lui avoir versé huit mille euros. »
Elle leva les yeux.
« Monsieur Beaumont… Simon n’a jamais reçu cet argent. »
Adrien ne bougea plus.
Puis Léa ajouta une phrase qui changea immédiatement la nature de l’affaire.
« Et sur le reçu, il y a une signature qui ressemble à celle de mon frère. Mais ce n’est pas la sienne. »
Un silence terrible suivit.
Adrien regarda la porte.
Sa sœur l’avait-elle accusée de vol pour une simple querelle ?
Ou pour empêcher une jeune employée de révéler quelque chose de beaucoup plus grave ?
À cet instant, le téléphone d’Adrien vibra.
Un message du responsable de sécurité.
« Monsieur, l’enregistrement est intact. Nous avons retrouvé toute la séquence. »
Adrien fixa l’écran.
Puis releva lentement les yeux vers Léa.
Il savait que les prochaines minutes risquaient de détruire l’image qu’il s’était faite de sa propre sœur.
PARTIE 2/5 — LE SECRET DES HUIT MILLE EUROS
Étienne Girard, responsable de la sécurité du château depuis onze ans, attendait Adrien devant les écrans de surveillance.
« Vous devriez voir cela vous-même, monsieur. »
Adrien s’assit.
Étienne lança l’enregistrement.
L’image montrait clairement le salon privé.
Léa arrangeait les objets sur la console en marbre.
Derrière elle, Camille ouvrait délicatement la boîte à bijoux.
Elle prenait le collier.
Regardait autour d’elle.
Puis s’approchait de la jeune domestique.
Adrien retint son souffle.
Sur l’écran, sa sœur glissa le bijou dans la poche du tablier de Léa.
Le geste était rapide.
Précis.
Délibéré.
Quelques secondes plus tard, Camille reculait, souriait et frappait violemment la boîte contre la console.
Puis elle agrippait Léa et commençait à hurler.
Adrien sentit un poids immense lui écraser la poitrine.
« Repassez la séquence », murmura-t-il.
Étienne obéit.
Adrien regarda une deuxième fois.
Puis une troisième.
Chaque détail confirmait la même vérité.
Sa sœur avait fabriqué une accusation contre une innocente.
« Conservez les fichiers originaux et les données permettant de vérifier leur authenticité », ordonna-t-il.
« C’est déjà fait, monsieur. Une copie est protégée chez notre prestataire. »
Adrien se lève.
« Personne ne doit pouvoir détruire ces images. »
Pendant ce temps, Camille s’était réfugiée dans son appartement privé, à l’étage supérieur du château.
Elle marchait nerveusement devant les fenêtres.
Son téléphone sonna.
Un nom apparut.
Victor Lemaire.
Elle décrocha immédiatement.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
« Tu m’avais promis que l’affaire serait réglée ce soir. »
« Il y a eu un problème. »
« Quel problème ? »
Camille ferma les yeux.
« Mon frère veut regarder les caméras. »
Un silence suivit.
Puis Victor répondit froidement :
« Tu m’avais dit qu’il n’y avait pas de caméra dans cette pièce. »
« Je pensais que celle du salon privé était désactivée ! »
« Camille, nous n’avons plus le temps. »
Elle s’assit au bord de son lit.
« Je vais trouver une solution. »
« Tu me dis ça depuis trois mois. »
« Victor… »
« L’audit commence lundi. Si les comptes sont examinés, tout remontera jusqu’à nous. »
Camille serra le téléphone.
« Alors il faut empêcher cet audit. »
Victor soupira.
« Tu ne comprends donc pas ? Ce n’est plus seulement une question d’argent. »
Il baissa la voix.
« Nous parlons maintenant de faux documents et de fonds détournés. »
Camille sentit son cœur s’accélérer.
Puis elle répondit :
« Je ne tomberai pas toute seule. »
Elle raccrocha.
Et pour la première fois de la soirée, elle eut réellement peur.
Quelques mois auparavant, Camille avait ouvert une galerie d’art à Paris.
Elle voulait prouver qu’elle pouvait réussir sans l’aide de son frère.
Elle avait investi énormément d’argent dans des œuvres contemporaines et des expositions privées.
Mais plusieurs ventes importantes avaient échoué.
Ses dettes s’étaient accumulées.
Ses partenaires menaçaient de se retirer.
Et Camille, incapable de supporter l’humiliation d’un échec public, avait commencé à emprunter de l’argent.
Victor Lemaire, conseiller financier de la fondation familiale, lui avait alors proposé une solution.
« Ce n’est qu’une avance temporaire », lui avait-il expliqué.
« La fondation dispose d’importantes réserves. Tu rembourseras après la prochaine exposition. »
Au début, Camille avait prélevé cinquante mille euros.
Puis cent mille.
Puis davantage.
Pour dissimuler les mouvements, Victor avait mis en place des factures fictives et des versements vers des associations intermédiaires.
Sur le papier, les aides étaient destinées à de jeunes étudiants.
En réalité, une partie de l’argent transitait vers des sociétés contrôlées par Victor.
Les mois passèrent.
Les dettes augmentèrent.
Et Camille comprit qu’elle avait dépassé le point où un simple remboursement suffirait à tout réparer.
Léa, elle, ignorait cette histoire.
Quelques semaines auparavant, son frère Simon lui avait annoncé qu’il devait peut-être interrompre sa formation.
« Je ne peux plus payer le logement et les frais », avait-il expliqué.
Léa avait alors contacté la Fondation Hélène Beaumont, qui proposait des aides aux étudiants issus de familles modestes.
Mais l’employée chargée des dossiers lui avait répondu :
« C’est étrange. Votre frère apparaît déjà comme bénéficiaire d’une aide versée. »
Léa avait cru à une erreur.
Plus tard, en aidant à déplacer des archives de la fondation entre deux bureaux, elle avait aperçu le nom de Simon sur un état récapitulatif.
À côté figurait une mention.
Aide réglée : 8 000 euros.
Pourtant, Simon n’avait jamais reçu le moindre virement.
Léa avait immédiatement demandé des explications.
Deux jours plus tard, Camille l’avait convoquée.
« Tu poses beaucoup trop de questions. »
« Je veux simplement comprendre ce qui est arrivé à l’aide de mon frère. »
Camille avait souri froidement.