D’un mouvement sec, Alessandro brisa la trachée de l’homme de son pouce renforcé, avant de lui assener un coup dévastateur au plexus. Vincenzo s’affaissa contre la vitre, les yeux écarquillés par une agonie silencieuse, avant de glisser lentement sur le sol maculé de débris et de sang. Il eut un dernier spasme, puis son regard se figea pour l’éternité dans la contemplation du néant.

Alessandro resta immobile un instant, reprenant son souffle au milieu des cadavres et des douilles fumantes. Le silence retomba sur le couloir, lourd, pesant, troublé uniquement par les bips réguliers des moniteurs à l’intérieur du bloc.

Il se précipita vers Mateo. Le fidèle lieutenant respirait encore, appuyé contre le mur, comprimant une blessure par balle à l’abdomen.

« Tiens bon », lui dit Alessandro en lui pressant l’épaule. « Les renforts de la police et nos médecins arrivent. Tu ne vas pas mourir ce soir. »

« Le bébé, boss… » murmura Mateo avec un faible sourire teinté de sang. « Allez voir votre gosse… »

Alessandro se releva et franchit les portes du bloc opératoire.

La lumière crue semblait presque irréelle après les ténèbres du couloir. L’équipe médicale était figée, les yeux écarquillés de terreur, observant l’homme qui venait d’exécuter trois personnes de l’autre côté de la vitre. Mais personne ne bougea pour l’arrêter.

Au centre de la pièce, le docteur Hayes tenait un nouveau-né enveloppé dans un linge stérile chauffé. C’était un garçon. Il avait une touffe de cheveux noirs et poussait des cris vigoureux, agitant ses petits poings fermés contre l’air glacial du monde des hommes.

« Et Genevieve ? » demanda Alessandro, la voix brisée, la terreur l’envahissant à nouveau. « Comment va-t-elle ? »

Hayes laissa échapper un long soupir, essuyant la sueur qui coulait de son front d’un revers de manche stérile.

« Elle a perdu beaucoup de sang. Son cœur s’est arrêté pendant quarante-cinq secondes lors de l’extraction. Mais nous l’avons ramenée. L’hémorragie est sous contrôle. Elle dort sous l’effet des sédatifs. Elle va s’en sortir, monsieur Romano. Tous les deux vont s’en sortir. »

Alessandro laissa tomber son arme sur une table d’instruments métalliques dans un tintement retentissant. Il s’avança à pas lents vers le médecin. Ses mains, qui venaient de donner la mort, tremblaient de façon incontrôlable lorsqu’il prit délicatement l’enfant contre sa poitrine.

Le contact de cette peau minuscule et fragile contre ses paumes calleuses fit vaciller tout son univers. Une larme silencieuse coula sur sa joue, traçant un sillon clair à travers la suie et la poussière qui marquaient son visage.

« Bonjour, mon fils », murmura-t-il, la voix étranglée par une émotion indicible.

Il s’approcha du lit où Genevieve reposait. Son visage était pâle comme la cendre, marqué par les cernes et la douleur, mais sa poitrine se soulevait à un rythme régulier et apaisé. L’oxygène sifflait doucement dans son masque en plastique. Alessandro s’assit sur le tabouret de métal à son chevet, gardant l’enfant contre son cœur d’un bras, et prit la main inerte de sa femme dans la sienne.

Il resta ainsi pendant des heures, veillant sur leur respiration commune alors que les premières lueurs de l’aube commençaient à percer la tempête, teintant le ciel de Manhattan d’un rose pâle et froid.

Lorsque Genevieve ouvrit enfin les yeux, le soleil matinal inondait la pièce d’une lumière douce. La confusion dans son regard fit rapidement place à une panique instinctive lorsqu’elle sentit le poids sur ses doigts. Mais en baissant les yeux, elle vit Alessandro, assis au même endroit, le regard brisé mais infiniment tendre.

Dans son autre bras, l’enfant dormait paisiblement, emmailloté dans une couverture blanche.

« Il va bien, Evie », murmura Alessandro avant qu’elle ne puisse parler. « Il est parfait. Huit livres et deux onces. Il a tes yeux. »

Les lèvres de Genevieve tremblèrent sous le masque d’oxygène qu’elle écarta d’une main faible.

« Sandro… » murmura-t-elle, des larmes de soulagement perlant à ses cils. Mais l’angoisse revint aussitôt obscurcir ses traits. « Leo… Vincenzo m’a dit… »

Alessandro secoua doucement la tête. Il sortit de sa poche un téléphone satellite entièrement décrypté, trouvé sur le corps de Vincenzo quelques heures plus tôt.

« Vincenzo est mort, Evie. C’est lui qui a commandité la mort de ton frère. Il avait besoin que nous nous déchirions pour s’emparer de la direction de la famille. Tout était faux. Les messages, les comptes, les voix enregistrées… Il a tout orchestré pour te faire fuir, sachant que je perdrais la tête et que je détruirais nos rivaux pour lui laisser le champ libre. »

Il posa le téléphone sur le lit et plongea son regard dans le sien, sans fard, sans masque, avec une vulnérabilité qu’il n’avait jamais montrée à aucun être vivant.

« Je n’ai jamais touché à ton frère. Je n’aurais jamais pu poser la main sur le sang de la femme que j’aime plus que ma propre âme. Je te le jure sur la vie de cet enfant. »

Genevieve le fixa longuement. Elle chercha dans les profondeurs de ses iris sombres le moindre mensonge, la moindre ombre de duplicité qui avait hanté ses cauchemars durant les sept derniers mois d’exil et de solitude. Mais elle n’y trouva qu’une douleur immense, une dévotion absolue et un amour qui avait survécu à l’enfer.

Un sanglot rauque franchit ses lèvres alors qu’elle resserrait ses doigts fragiles autour de la main de son époux.

« Pardonne-moi… » souffla-t-elle, les larmes inondant ses tempes. « J’ai eu si peur… Je croyais que le monde entier s’était effondré… »

« Tu n’as rien à te faire pardonner », répondit-il en embrassant son front brûlant. « Tu as protégé notre enfant. Tu as survécu. C’est tout ce qui compte. »

Il se pencha et déposa délicatement le nouveau-né sur la poitrine de sa mère. Dès que la peau de l’enfant toucha celle de Genevieve, le bébé poussa un soupir d’aise et s’apaisa, trouvant instinctivement le rythme familier des battements de son cœur. Genevieve ferma les yeux, serrant son fils contre elle dans une étreinte qui semblait vouloir réparer chaque fracture des mois passés.