La voix résonna, amplifiée par le silence angoissant du couloir. C’était la voix de Vincenzo Moretti. Chaude, paternelle, celle-là même qui lui avait appris à tenir un revolver à l’âge de seize ans, celle qui lui avait juré fidélité sur la tombe de son père.

« Alessandro, mon garçon, ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont », lança l’homme d’une voix posée, résonnant depuis la pénombre de la cage d’escalier. « Tu as perdu la tête depuis qu’elle est partie. Tu as failli détruire la famille pour une femme. Un vrai Don ne brûle pas son empire pour une jupe. Ton père ne l’aurait jamais toléré. »

Alessandro serra la crosse de son arme jusqu’à ce que ses jointures blanchissent.

« Tu as tué Leo », dit Alessandro, sa voix résonnant avec une froideur spectrale. « Tu as manipulé ma femme. Tu l’as poussée à me fuir pour pouvoir me manipuler et déclencher une guerre contre les Costa. »

Un petit rire sec, teinté de mépris, franchit l’obscurité.

« Leo était un idiot inconséquent ! Un petit drogué qui mettait notre argent en péril et menaçait de tout révéler au procureur fédéral pour sauver sa propre peau. Il méritait sa balle dans la nuque. Mais toi… toi, tu étais aveuglé par l’amour que tu portais à sa sœur. Tu ne voyais plus les affaires. Tu ramollissais, Alessandro. Tu devenais vulnérable. Il fallait que Genevieve disparaisse pour que le loup en toi se réveille. Mais tu as été trop loin. Tu as failli tout nous faire perdre. Il est temps qu’un homme d’expérience reprenne les rênes. »

« Viens les prendre, alors », répondit doucement Alessandro.

Le premier mercenaire contourna le comptoir des infirmières, le canon de son arme pointé en avant. Alessandro ne lui laissa pas le temps de respirer. Surgissant de l’ombre de la colonne, il saisit le poignet de l’homme, détourna la trajectoire du tir qui alla se loger dans le faux plafond, et brisa son coude d’un coup sec vers le haut. Avant que l’homme ne puisse hurler, Alessandro logea deux balles de neuf millimètres dans sa cage thoracique. Le corps s’effondra lourdement.

Le second tireur ouvrit le feu en rafale. Les plâtres explosèrent autour d’Alessandro, projetant une poussière blanche suffocante. Alessandro roula au sol, trouvant refuge derrière un chariot de médicaments en acier inoxydable. Les projectiles ricochaient avec des tintements assourdissants, perforant les flacons de sérum et les bouteilles de solvant qui se déversèrent sur le sol.

Un cri soudain retentit depuis le bloc opératoire.

Non pas un cri d’adulte.

Un vagissement aigu, frêle, indécis d’abord, puis rageur, vibrant, plein de vie. Un pleur de nouveau-né qui transperça le vacarme des armes à feu et la fureur de la tempête.

Le cœur d’Alessandro se serra d’une émotion si violente qu’elle lui coupa le souffle pendant une fraction de seconde. Son enfant était vivant. Il avait un fils ou une fille qui respirait à quelques mètres de lui.

« Tu entends ça, Vincenzo ? » cria Alessandro en se relevant d’un bond, profitant du temps de recharge de son adversaire. « C’est la fin de ta lignée. Mais la mienne ne fait que commencer. »

Alessandro fit feu à trois reprises à travers la paroi de plâtre friable. Un cri de douleur retentit de l’autre côté. Le second mercenaire s’effondra, lâchant son arme automatique, une balle logée dans la gorge.

Il ne restait que Vincenzo.

Le vieux consigliere avançait désormais à découvert, son trench-coat ouvert, un Beretta à la main. Ses tempes grisonnantes et son regard dur trahissaient des décennies de trahisons et de sang versé. Il n’avait plus rien du mentor bienveillant. Il n’était plus qu’un prédateur aux abois, acculé par ses propres mensonges.

« Tu as toujours été trop émotif, Alessandro », murmura Vincenzo en pointant son arme vers lui. « C’est ce qui te perdra. »

Au moment exact où le doigt de Vincenzo se crispait sur la détente, la porte battante de la sortie de secours vola en éclats. Mateo, ensanglanté, le visage balafré par un éclat de verre, surgit en hurlant et percuta le vieil homme de plein fouet. Le tir de Vincenzo dévia, pulvérisant le panneau vitré du poste des soins intensifs.

Les deux hommes roulèrent au sol dans un enchevêtrement sauvage. Malgré son âge, Vincenzo se battait avec la rage du désespoir. Il enfonça ses doigts dans la blessure ouverte de Mateo, faisant hurler le jeune homme, et retourna son arme contre son flanc. Un coup de feu retentit. Mateo s’affaissa avec un râle sourd, son étreinte se relâchant.

Vincenzo se remit péniblement debout, le souffle court, réajustant son arme d’une main tremblante.

Mais lorsqu’il releva les yeux, Alessandro était déjà sur lui.

D’un revers fulgurant, Alessandro lui arracha son pistolet qui glissa sur le sol carrelé, loin hors de portée. D’une prise d’une puissance implacable, il saisit Vincenzo à la gorge et le projeta contre la baie vitrée qui donnait sur le vide de Manhattan. Le verre blindé craqua sous la violence de l’impact, dessinant une toile d’araignée opaque face aux lumières scintillantes de la ville noyée sous le blizzard.

« Alessandro… attends… » haleta le vieil homme, ses pieds quittant presque le sol sous l’étau des mains de son Don. « J’ai fait ça… pour l’empire… pour la famille… Ton père m’avait confié la préservation de notre nom… »

« Tu as sali le nom de mon père », répondit Alessandro d’une voix d’un calme effrayant. « Tu as brisé le cœur de ma femme. Tu as essayé de tuer mon enfant avant même qu’il n’ait vu le jour. »

« Tu ne peux pas me tuer ici… les fédéraux… la police… tout est fini pour toi si tu fais ça… »

Alessandro approcha son visage à quelques millimètres de celui du traître. Ses yeux sombres ne contenaient plus aucune colère, seulement le vide absolu d’un jugement irrévocable.

« Tu as oublié une règle fondamentale que mon père t’avait apprise, Vincenzo », murmura-t-il doucement. « La famille passe avant l’empire. Toujours. »