Celia ricana amèrement, tentant de retrouver un masque de mépris, bien que ses doigts tremblassent de façon incontrôlable. « Tu étais trop jeune, Luca. Tu avais vingt-deux ans. Notre famille était en guerre ouverte avec le clan Valenti. Si la vérité avait éclaté, nous étions anéantis. »

« La vérité sur quoi ? » tonna Luca, perdant enfin son calme légendaire. Le son de sa voix fit trembler les pampilles du lustre.

« Dis-lui, Celia », sanglota Anna en s’avançant, les yeux rougis par une douleur trop longtemps contenue. « Dis-lui qui était le père de Grace. Dis-lui pourquoi tu m’as enfermée dans cette clinique clandestine de Cicero pendant sept mois ! »

Un silence de mort retomba sur la pièce. Le feu de cheminée crépita bruyamment, projetant des ombres dansantes sur les boiseries sombres.

Luca se tourna lentement vers sa sœur. « Anna… de quoi parle-t-elle ? Le clan Valenti ? »

Anna ferma les paupières un instant, comme pour trouver le courage d’affronter un fantôme enfoui depuis plus d’une décennie. « J’aimais Julian Valenti, Luca. »

L’expression de Luca devint pétrifiée. Julian Valenti était le fils aîné du pire ennemi de leur père. L’homme responsable de l’embuscade qui avait coûté la vie au père de Luca quinze ans plus tôt, déclenchant un bain de sang sans précédent dans les rues de Chicago.

« C’est impossible », murmura Luca. « Julian Valenti est mort la même nuit que notre père. Dans l’entrepôt du port sud. On m’a dit… Celia m’a dit que c’était un règlement de comptes interne chez eux. »

« Non ! » cria Anna, s’effondrant sur la table en bois massif. « Julian n’a jamais voulu de cette guerre ! Nous nous aimions en secret depuis deux ans. J’étais enceinte de deux mois quand notre père l’a découvert. C’est Celia qui a tout orchestré ! »

Grace écoutait, les mains plaquées sur la bouche, absorbant chaque mot empoisonné de cette histoire qui détruisait tout ce qu’elle croyait savoir sur son existence.

« Elle ment ! » aboya Celia, la voix étranglée. « Elle salit la mémoire de ton père ! Giovanni ne supportait pas le déshonneur ! Il voulait purger notre nom de cette trahison ! »

« Mon père n’a jamais voulu tuer Julian », rétorqua Anna, relevant la tête avec une fierté soudaine qui transperça ses traits fatigués. « Papa voulait une trêve. Il voulait utiliser notre mariage et cet enfant à naître pour sceller une paix définitive entre les deux familles. Il était fatigué de voir des cercueils défiler. Il avait préparé les accords de cession de territoires. Mais toi… » Elle pointa un index accusateur vers Celia, dont la pâleur était désormais cadavérique. « Toi, tu ne pouvais pas supporter que la paix soit signée. Car la guerre te rapportait des millions grâce aux cargaisons d’armes non déclarées que tu détournais avec ton propre fils, Matteo ! »

Chapitre 3 : La Trahison Dévoilée
Les yeux de Luca se plissèrent. La pièce sembla chuter de dix degrés. « Qu’as-tu fait cette nuit-là, tante Celia ? »

Celia ne répondit pas. Elle fixait la cheminée, le menton levé dans une posture de défi pathétique, mais la sueur perlait à la racine de ses cheveux teints.

« Parle », dit Luca. Le mot était un murmure, mais il contenait la promesse d’un abîme.

Anna continua, les larmes lavant les années d’humiliation et de solitude. « Cette nuit-là, à l’entrepôt, mon père attendait Julian et son père pour signer la trêve. Celia avait prévenu une faction dissidente des Valenti en leur faisant croire à un piège des Moretti. Quand la fusillade a éclaté, mon père a été touché. Mais il n’est pas mort sur le coup, Luca. »

Anna s’avança vers son frère, saisissant ses mains fortes entre les siennes, abîmées par les travaux de ménage et d’usine. « Quand je suis arrivée sur les lieux, affolée… j’ai vu Celia. J’ai vu Celia achever notre père d’une balle dans la gorge pour qu’il ne puisse jamais dénoncer son sabotage. »

Un cri d’effroi étouffé m’échappa. Je reculai contre la porte, saisie d’un vertige absolu. Les détails étaient monstrueux. J’assistais à la révélation du péché originel de cet empire du crime.

« Espèce de sale ingrate ! » hurla Celia, perdant toute retenue. « Ton père était un faible ! Il allait donner la moitié de nos quais à ces chiens de Valenti pour le caprice d’une gamine engrossée ! Il détruisait l’empire que mon mari et lui avaient bâti pendant trente ans ! Oui, je l’ai abattu ! Et j’ai fait porter le chapeau aux Valenti pour que Luca termine le travail et les extermine tous ! Et ça a marché ! Regarde ce que nous possédons aujourd’hui ! »

Luca ne bougeait pas. Il était devenu une statue d’ébène et de glace. Tout son univers venait d’exploser. Toute sa vie d’homme adulte, chaque goutte de sang qu’il avait versée pour venger son père bien-aimé, chaque guerre qu’il avait menée, reposait sur le mensonge abominable d’une femme avide de pouvoir.

« Et Grace ? » demanda Luca, d’une voix si basse qu’elle paraissait venir d’outre-tombe. « Pourquoi l’avoir gardée ? Pourquoi ne pas avoir tué Anna ? »

Anna essuya ses joues d’un revers de manche rugueux. « Parce que notre père avait modifié son testament trois semaines avant sa mort. Il savait que quelque chose se tramait. Il avait placé l’intégralité du patrimoine immobilier familial et les comptes fiduciaires de Zurich au nom de son premier petit-enfant biologique légitime. Si Celia me tuait avant l’accouchement, ou si l’enfant n’était pas reconnue, la totalité de la fortune était gelée et reversée à des fondations caritatives selon les clauses d’un cabinet d’avocats de New York. »

La machination apparut alors dans toute son horreur lucide.