« C’est un piège ou une terrible coïncidence. Marisol, ne bouge pas de cette pièce. Ne monte pas à l’étage. Je vais emmener Carlos, mon chauffeur et garde du corps personnel, avec moi, mais je vais ordonner aux gardes de la guérite principale de verrouiller le domaine. Je reviens dans moins de deux heures avec la police fédérale et des officiers d’état civil. Personne ne vous touchera. Tu as ma parole d’homme. »
Il se pencha vers la petite Valentina, embrassa son front doux avec une tendresse infinie qu’il n’avait jamais accordée à personne d’autre au monde.
« Prends soin de maman, petite princesse. Papa revient vite. »
Le mot « Papa » résonna dans le cœur de Marisol comme une promesse et un avertissement. Quand la porte d’entrée claqua derrière le colosse, le grand manoir retomba dans une pénombre angoissante.
Chapitre 4 : La tempête éclate
À peine le vrombissement du puissant moteur de la berline blindée de Diego s’était-il éteint dans l’allée que le silence de la demeure devint oppressant.
Marisol se leva, tenant Valentina par la main. Un instinct viscéral, celui d’une mère ayant survécu des années en territoire hostile, lui soufflait que le danger était imminent. Elle devait fuir, non pas pour défier Diego, mais pour mettre sa fille hors de portée avant que le piège ne se referme.
Elle courut vers la chambre de service au fond de l’aile est. En toute hâte, elle jeta dans un vieux sac en toile quelques vêtements de rechange pour Valentina, son carnet de santé et l’unique souvenir de son enfance : une médaille de la Vierge de Guadalupe.
Soudain, l’électricité fut coupée.
Le ronronnement du réfrigérateur s’arrêta net. Les lourds volets de sécurité motorisés du rez-de-chaussée commencèrent à descendre dans un grincement métallique sinistre. La maison se retrouva plongée dans une pénombre glauque.
« Maman ? » chuchota Valentina, serrant son lapin en peluche contre ses yeux. « Pourquoi il fait noir ? »
« Chut, mon trésor. Ne fais aucun bruit. Reste tout près de moi », murmura Marisol en la prenant dans ses bras.
Des pas lourds retentirent sur le gravier de la cour arrière, suivis du bruit sec d’un carreau brisé près de la buanderie. Marisol sentit ses jambes fléchir sous l’impact de la panique. Elle se faufila dans le couloir de service, cherchant à rejoindre la porte coupe-feu qui menait aux jardins suspendus.
À l’intersection du couloir principal, la silhouette fine de Paulina barra le passage.
Elle ne portait plus son déshabillé, mais une veste sombre de voyage. Dans sa main droite brillait un petit revolver chromé de calibre .22. Derrière elle se tenaient deux hommes vêtus de vestes de cuir sombre, aux visages dissimulés sous des casquettes et des foulards.
« Tu pensais vraiment que Diego allait te transformer en châtelaine ? » railla Paulina d’une voix grinçante, méconnaissable d’hystérie. « Regarde-toi, fille de rien ! Tu n’es qu’une souillon ! Tu crois qu’une lignée comme celle des Villaseñor va accueillir le bâtard d’une couturière sans nom ? »
« Laissez-nous partir, Paulina ! » supplia Marisol, reculant pas à pas, son corps faisant rempart devant l’enfant. « Prenez tout ! Gardez Diego, gardez l’argent, nous ne réclamerons rien ! Je prends ma fille et nous quittons le pays ! »
« Trop tard », intervint une voix masculine venant de l’ombre de la galerie.
Mateo Morales s’avança. Il tenait à la main un bidon en plastique jaune dont s’échappait une âcre odeur d’essence.
« Si vous partez vivantes, Marisol, Diego finira toujours par vous retrouver », dit Mateo d’un ton d’un froid calcul d’assassin. « Les hommes comme lui ont des ressources illimitées. Il mettra des détectives privés sur vos traces. Et quand il découvrira que j’ai détourné douze millions de dollars des comptes de Doña Sofia avant sa mort, ma vie sera finie. Alors que là… un incendie tragique, provoqué par un court-circuit dans les quartiers de service où la servante négligente et son enfant ont péri asphyxiées avant même l’arrivée des secours… Diego pleurera quelques mois, Paulina le consolera, et nous préserverons l’empire. »
« Vous êtes des monstres ! » hurla Marisol, les larmes coulant enfin sur son visage.
« Attrapez-les », ordonna Mateo aux deux brutes d’une voix sèche. « Attachez-les dans la cave à vin sous la buanderie. Le feu partira de là. »
L’un des hommes s’élança en avant. Marisol, guidée par l’énergie du désespoir le plus total, saisit un lourd vase en céramique espagnole posé sur une console murale et le projeta de toutes ses forces au visage de l’assaillant. Le vase éclata avec fracas. L’homme poussa un hurlement de douleur en portant les mains à ses yeux ensanglantés.
« Cours, Valentina ! Vers la cuisine ! » cria Marisol en poussant la fillette dans la trappe du monte-plats de service restée ouverte à mi-hauteur.
L’autre mercenaire se jeta sur Marisol, la plaquant brutalement contre le marbre. Sa tête heurta le sol dans un bruit sourd. Un voile noir obscurcit un instant la vue de la jeune femme, mais elle entendit distinctement le cri terrifié de son enfant.
Chapitre 5 : L’étincelle de vérité
Pendant ce temps, sur le périphérique de Mexico, Diego Villaseñor roulait à vive allure. Assis à l’arrière, une sensation d’oppression insoutenable lui broyait la poitrine. En vingt ans de carrière dans le bâtiment, jamais une rupture de câble de grue n’avait nécessité la présence physique du président-directeur général avant même l’intervention des pompiers.
Il composa le numéro de son ingénieur en chef sur son haut-parleur :
« Ramirez, je suis à dix minutes. Où sont les équipes de secours ? »
« Monsieur Villaseñor ? De quoi parlez-vous ? » répondit la voix étonnée de l’ingénieur. « Tout est parfaitement calme sur le chantier de Santa Fe. Nous avons terminé le coulage de la dalle à midi. Il n’y a aucun problème de grue ! »
Diego coupa la communication instantanément. Ses tempes battaient avec violence.