Un silence pesant s’installa au bout de la ligne. Mateo laissa échapper un juron étouffé.
« Tu plaisantes ? Ce n’est pas possible. La vieille Doña Sofia m’avait juré qu’elle s’était débarrassée de cette fille il y a des années ! »
Paulina tressaillit :
« Quoi ? Tu étais au courant ? »
« Bien sûr que j’étais au courant ! » répliqua Mateo, paniqué. « C’est moi qui avais rédigé la fausse lettre à l’époque sous les ordres de la mère de Diego pour protéger les intérêts de la famille. Doña Sofia m’avait promis cinq pour cent des parts du consortium si Diego épousait une femme de son rang social, comme toi ! Si Diego découvre cela, il ne se contentera pas de nous chasser, il me fera radier du barreau et nous détruira tous les deux ! »
« Alors agis ! » ordonna Paulina, les yeux injectés d’un éclat cruel. « Diego est en bas en train de pleurer sur cette gamine. Il veut parler, il veut comprendre. D’ici ce soir, il exigera un test ADN. Dès que les résultats tomberont, nous serons finis. Il faut faire disparaître la bonne et sa fille. Pas dans un mois. Aujourd’hui même. »
« Qu’est-ce que tu insinues, Paulina ? Je suis avocat, pas un tueur à gages ! »
« Ne sois pas hypocrite, Mateo. Tu connais les types du cartel de Tepito qui blanchissent leur argent à travers tes sociétés-écrans. Fais en sorte qu’elles disparaissent lors d’un prétendu accident ou d’un cambriolage qui tourne mal pendant que Diego est au bureau. Fais-le, ou je dis à Diego que c’est toi qui as détourné les comptes de la filiale hôtelière l’an dernier ! »
Un lourd soupir s’échappa du combiné.
« Donnez-moi quatre heures », répondit finalement Mateo d’une voix sourde. « Prépare le terrain. Fais en sorte que les gardes de la sécurité privée soient envoyés en patrouille à l’extérieur sous un prétexte quelconque. »
Paulina raccrocha, un rictus glacial étirant ses lèvres fardées de rouge. Elle se contempla dans le miroir en pied, réajusta son déshabillé de soie et murmura :
« Personne ne m’arrachera cette maison. Personne. »
Chapitre 3 : Révélations et déchirures
En bas, dans le salon d’hiver, Diego avait fait asseoir Marisol sur l’un des canapés en cuir capitonné. C’était la première fois en quatre années de service qu’elle posait son corps las sur ces meubles de grand prix. Valentina était assise sur ses genoux, fascinée par une boîte à musique en argent que Diego venait d’ouvrir pour elle. La mélodie délicate d’un menuet classique résonnait doucement, apaisant les battements affolés du cœur de la mère.
Diego apporta un verre d’eau fraîche à Marisol, qu’elle accepta de ses doigts encore fébriles.
« Regarde-moi, Marisol », demanda-t-il doucement en s’asseyant sur la table basse face à elle. « Quand ma mère est tombée malade, il y a un peu plus de trois ans, elle a commencé à perdre la tête. Mais avant de sombrer tout à fait, elle m’a dit une phrase étrange que je n’avais jamais comprise. Elle m’a dit : “J’ai sauvé ton sang d’une voleuse, mais les dieux me punissent”. J’ai cru à un délire de fin de vie. Aujourd’hui, tout prend un sens effroyable. »
Marisol but une gorgée d’eau, sentant la gorge moins nouée.
« Diego, je ne voulais rien de tout cela. Je ne suis pas venue ici pour te réclamer ta fortune. Si je suis restée, c’était uniquement pour la sécurité de Valentina. Je pensais que si je partais, sans argent, nous finirions dans la rue, à la merci de gens dangereux. Ici, au moins, elle mangeait à sa faim et avait un lit chaud. Mais maintenant que tout est découvert, je dois partir. Ta fiancée ne nous laissera jamais tranquilles. »
« Paulina ne compte plus », trancha Diego d’un ton sec, sans la moindre hésitation. « Cette femme a montré son vrai visage ce matin. Une femme capable d’insulter et d’humilier un enfant sans défense n’a aucune place dans ma vie, ni dans cette maison. Dès cet après-midi, notre avocat commun viendra pour annuler les bans du mariage. »
« Tu ne peux pas faire ça si facilement », prévint Marisol, angoissée. « Paulina est influente. Ses parents ont des relations politiques. Et ton avocat… c’est Mateo Morales, n’est-ce pas ? »
Diego parut surpris :
« Oui, Mateo est mon cousin. C’est lui qui gère toutes mes affaires privées. Pourquoi ? »
« C’est lui », souffla Marisol en pâlissant soudainement. « C’est lui qui accompagnait ta mère à Oaxaca il y a quatre ans. C’est lui qui tenait la mallette de billets et qui m’a fait signer l’acte de renonciation en me disant que si je refusais, il ferait intervenir la police de l’État pour m’accuser de vol et me jeter en prison où mon enfant me serait arraché dès sa naissance ! »
Un éclair de fureur brute traversa le regard de Diego. L’homme d’affaires venait de comprendre l’ampleur de la trahison. Mateo n’était pas seulement un parent incompétent qu’il avait aidé par pitié ; c’était le serpent tapi au cœur même de son foyer.
Avant qu’il ne puisse formuler une réponse, son téléphone portable professionnel sonna avec insistance. C’était le responsable des chantiers de Santa Fe.
« Monsieur Villaseñor ! C’est une urgence absolue. Une grue principale menace de s’effondrer sur le boulevard principal suite à une rupture de câble. Les autorités exigent la présence immédiate du propriétaire du groupe sous peine de scellés judiciaires ! »
Diego serra le poing :
« Comment est-ce possible ? Les contrôles de sécurité ont été validés hier ! »
« Je l’ignore, monsieur, mais vous devez venir maintenant ! »
Diego raccrocha, le visage assombri par une intuition funeste. Il regarda Marisol, puis Valentina.